Les illusions d’Oslo au service du désengagement

Le monde selon Eitan Haber
publié le mercredi 25 août 2004
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Traduction par Ariane Dahan.

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Le 11 Aout dernier, le quotidien Yediot Acharonot, publiait une editorial redige par l’ ancien directeur de cabinet du premiser ministre Ytzhak Rabin, Eitam Haber.

Le texte etait titre « Rien n’est plus important » ; l’auteur plaidait passionement en faveur de la mise en oeuvre du plan de desengagement de Gaza propose par le Premier Ministre Ariel Sharon.

En realite, Eitam Haber nous affirme plusieurs choses assez incroyables.

Traduisons le texte avant d’en proposer une analyse complete.

Voici une traduction de ce court editorial.

De notre point de vue, celui de notre terre pleine de chagrin et de souffrance, rien n’est plus important que la mise en oeuvre du plan de desengagement.
Meme si notre ministre des finances donnait mille conferences de presses - et l’on sait combien il serait difficile de les ecrire - cela n’aiderait pas davantage l’economie du pays que l’evacuation de Gaza. Benjamin Netanyahu le sait mieux que personne.
L’economie, comme la situation politique et securitaire, seront tres certainement ameliorees le lendemin meme du retrait de Netzarim.
C’est triste et ce sera tres douloureux, mais il n’y a aucun autre choix possible.
A partir de maintenant, et ces prochains mois, nous devons porter toute notre attention sur les residents du Gush Katif, dont les maisons seront detruites, sur nos soldats et sur tout le peuple d’Israel dont beaucoup vont vivre un vertiable traumatisme.
A de nombreux egards, le plan d’Ariel Sharon est un point décisif dans l’hisoire de l’Etat d’Israel. Et cela va peut-etre meme remplir davantage les poches des citoyens israeliens que n’importe quel plan economique.
Ce plan de desengagement presente clairement de nombreux dangers, mais il faut avoir conscience que la situation actuelle est beaucoup plus dangereuse.
Des lors les politiques et nos representants a la Knesset doivent mettre de cote leurs divisions politiques et se concentrer sur cet evennement majeur et historique.

Analysons maintenant ce texte, d’abord de maniere litterale puis en profondeur.

1-
Haber parle d’une « terre pleine de chagrin et de souffrance » , empruntant precisement les termes qu’avait utilise Yitzhak Rabin lors de son discours du 13 septembre 1993 ou il avait dit « nous sommes venus d’un pays plein de chagrin et de souffrance  ».
L’auteur reprend en fait de la rethorique d ‘Oslo.

Ensuite, sur le deuxieme paragraphe. Chaque chose doit rester a sa place : le travail de Netanyahu sur le budget est sans comparaison aucune par rapport au plan du premier ministre Ariel Sharon.
De plus, affirmer que meme Bibi « le sait mieux que personne » laisse entendre qu’il est de mauvaise fois dans son travail.

Enfin,voila ce que nous dit Haber : il nous promet une amelioration immediate et radicale de la situation de l’Etat d’Israel, tant sur le plan economique, que politique ou de la defense. Cette amelioration se produirait des le lendemin d’un retrait de Netzarim. Bien sur, ce sera douloureux, mais selon l’auteur il n’y aurait aucun autre choix. Ce sera un sacrifice traumatisant, surtout pour des colons ... Cependant le desengagement restera un evennement crucial dans l’histoire du pays. Mieux il s’agirait d’un pas historique, et central que chacun doit defendre.
L’auteur nous fait des promesses extravagantes : le destin d’Israel changera immediatement, et pour le mieux. La positin d’Israel dans le monde sera meme amelioree.

Il y a onze ans, ce sont ces meme promesses qui avaient seduit les israeliens. Aujourd’hui la societe israelienneen continue d’en payer un prix terrible.

2 -
Golan Lahat, un etudiant en doctorat a l’universite de Tel Aviv nous donne quelques elements pour nous aider a analyser un tel langage.
Dans son etude sur la position de la gauche israelienne par rapport au processus de paix, Lahad decrit l’experience d’Oslo comme l’ exemple de l’echec du mouvement messianique laic a tendance totalitaire.

Pour Lahad, 4 elements permettent de characteriser le mouvement messianique laic : l’opposition a toute situation actuelle, le fait que tout changement doive passer par un revolution et non par une reforme bureaucratique graduelle, la revolution rapide et immediate, et enfin, la certitude que ceci est la seule et unique voie vers la verite.

Celui qui confronte les points de Lahad au texte de Haber comprendra facilement que son auteur souffre de messianisme laic, particulierement dans son desir de creer une realite nouvelle en si peu de temps.

Lahad explique ensuite que tout progres, particulierment le progres du sionisme classique demande de la force, element qui est totalement absent dans le texte.
On est au contraire derange de trouver dans ce texte une expression de faiblesse et de desespoir non fonde (schmertz en hebreux).

L’auteur du doctorat allegue que l’impulsion donnee par Oslo a joue sur la volonte des israeliens de mettre fin a leurs situations d’incertitude.
Pour l’israelien moyen, la Paix ne signigie pas la correction des injustices passees, mais plutot la possibilite nouvelle de partir en vacances, ou d’aider l’un de ses enfants a s’acheter un appartement.
Cette affrimation s’applique parfaitement a l’une des affirmations de Haber selon laquelle le desengagement permettrait aux citoyens de se remplir les poches.

Ce langage et ce mode de pensee sont dangereux, parce qu’ils offrent une representation erronee de la realite et qu’ils rejettent toute pensee raisonnable. Agir en ayant une mauvaise idee de la realite peut facilement avoir des consequences pratiques desastreuses.
Il y a dans ce texte un exemple qui nous aidera a comprendre cette idee : le sacrifice et le traumatisme que Haber semble attendre des « colons » habitants la bande de Gaza, qui rappelons-le sont bien des citoyens israeliens a part entiere.

Le gouvernement Rabin a decide de ne pas repondre a l’explosion du terrorisme palestinien juste apres les accords d’Oslo. Ytzhak Rabin a rationalise l’idee de la perte des vies humaines israeliennens en les qualifiant de « sacrifices pour la paix » (Korbanot ha-shalom), expression qui a sans doute ete inventee apres le meurtre de Ofra Felix le 6 janvier 1995.
En fevrier 1996, apres l’explosiion suscide dane le bus No 18 au coeur de Jerusalem, le premier ministre Shimon Peres declarait « pour faire la paix, il faut aussi donner des vies humaines » (le-shalom yes mechir gam b-nefesh en hebreux).
Selon Golan Lahat, voici le sentiment general des israeliens a l’epoque : si un bel avenir est vraiment a portee de main, il faut accepter ces pertes parce que le pire sera bientot passe et qu’ un nouveau jour va bientot naitre.
Or ce n’est pas ce qui s’est passe.
Pour celui que ca interesse, au printemps dernier, Israel avait deja donne pour la paix d’Oslo 1 213 vies humaines : 256 entre entre Septembre 1993 et Septembre 2000, et 957 entre le 29 septembre 2000 et le 1 Mars 2004.

Nous ne trouvons toujours pas de preuve de ce que les architectes d’Oslo et leurs fervents detracteurs avaient longtemps reflechi avant de prendre position.
Et ensuite, aucun d’eux ne s’est avance pour endosser la responsabilite de toutes ces pertes en vies humaines.

Ces pertes civiles importantes que le gouvernement Rabin et ses successeurs ont choisi d’accepter est une question qui est toujours passee sous silence mais qui devra etre examinee en profondeur de maniere honnete et critique.

On ne peut pas faire commencer une nouvelle periode de l’histoire n’importe comment, juste parce qu’on l’a decide. Dans toute l’Histoire de l’humanite, on ne compte qu’une seule Genese (Bereshit). Proclamer de temps a autre que l’on est dnas une nouvelle periode de l’Histoire est surtout une tres bonne maniere de refuser de se sentir responsable du passe.
Mais il n’y a qu’une Histoire, et le passe fait bien partie de l’Histoire, on doit s’en souvenir.
Parce que ceux qui ont participe a la mesaventure messianique la plus recente d’Israel, le processur d’Oslo, n’ont precisement pas encore accepte qu’ils etaient en partie responsables des nombreuses pertes en vie humaine, il n’ont aujourd’hui aucune autorite morale pour demander a leurs pairs de faire quelque sacrifice que ce soit.



Joel Fishman
Membre du Jerusalem Center for Public Affairs




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