Rosh Hashana, l’heure des rencontres

publié le mardi 17 août 2004
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La tradition de fêter Rosh Hashana, le nouvel an juif, est revenue en Russie à la charnière des années 1980 et 1990. A l’époque soviétique cette fête n’était célébrée que dans les familles très croyantes, passant pratiquement inaperçue chez la plupart des juifs soviétiques.

Cela ne s’explique pas. Le fait que les traditions nationales et religieuses n’aient pas été encouragées en URSS et aient même été interdites à certains moments n’y est pour rien. Impossible d’expliquer pourquoi Rosh Hashana n’était pas célébré, même dans les familles qui, en dépit de tous les interdits, mangeaient du pain azyme pour Pessah et observaient le jeûne pendant la fête du Yom Kippour, dont les jeunes, au risque d’être exclus du Komsomol et de l’institut, allaient danser devant la Synagogue de Moscou le jour de Simchat Torah et où l’on confectionnait des oreilles d’Haman pour Pourim. Tout le monde célébrait le jour de l’An en même temps, indépendamment de sa nationalité et de sa confession, dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier.

Depuis l’apparition d’écoles et de jardins d’enfants juifs, depuis la création de nombreuses organisations juives, les juifs russes ont intégré la célébration de Rosh Hashana à leur vie. D’autant que cette fête s’inscrit très bien dans le mode de vie saisonnier.

Rosh Hashana coïncide pratiquement avec la fin des vacances scolaires et de la période des congés, avec la rentrée scolaire et la reprise de la saison théâtrale, de la vie culturelle en général. C’est l’époque où l’on se retrouve après les séparations de l’été, où l’on a la chance de voir tous ses parents et amis en même temps. Pour ceux que l’on ne voit pas ce jour là, il y aura encore Yom Kippour, Sukkot et Simchat Torah. Au cours des trois semaines que durent les fêtes d’automne, même à Moscou qui regroupe, selon les statistiques officielles, 102 000 des 230 000 Juifs de Russie, il est possible de rencontrer chaque membre de la communauté ou presque. Prières, conférences sur la tradition juive, concerts, discothèques, concours, rencontres avec des juifs célèbres - acteurs, musiciens, écrivains, hommes politiques - la vie bat son plein.

La fête commence à la synagogue. L’un des lieux les plus fréquentés de la capitale est le Centre de la communauté juive (MEOTs) qui relève de la Fédération des communautés juives de Russie que dirige le grand rabbin Berl Lazar. La Synagogue chorale est un autre lieu traditionnel de rencontre au Nouvel An. L’association Hillel organise tous les ans la prière et la traditionnelle distribution de pommes et de miel. En 2002, elle a loué à cet effet la salle de concerts de la mairie de Moscou et, en 2003, celle de la Maison du cinéma. En général, les autres organisations de la jeunesse juive s’y associent. Dans le hall ouvrant sur la salle de prière, des stands sont installés qui présentent les manifestations de l’année naissante.

La célébration de Rosh Hashana organisée par Hillel est l’occasion, pour la jeunesse, de se retrouver. Toute la soirée est programmée. Beaucoup n’entrent même pas dans la salle de prière, certains n’y restent que cinq minutes, le temps d’écouter sonner le schofar.

Après la prière, les jeunes montent en voitures et, par petits groupes, s’en vont faire le tour du "Moscou juif". En 2003, Rosh Hashana a été fêté dans des clubs et des restaurants populaires. La plupart de ces établissements n’avaient jamais été considérés comme juifs mais ils ont décidé d’inclure dans leur programme la fête du Nouvel An juif. Et ils ont bien fait, la clientèle fut nombreuse. Plusieurs groupes de jeunes musiciens juifs, dont certains étaient venus d’Israël et d’autres de la province russe, ont tenté de faire toutes les scènes les unes après les autres. Dans les clubs, on distribuait des kippot en papier, du miel et des pommes, on accolait les tables pour de bruyantes compagnies. Il n’y a pas eu de place pour tout le monde.

A la veille du jour de l’An tout est possible, on peut se retrouver dans une voiture avec des gens hier encore inconnus ou à une table avec d’autres que l’on ne reconnaîtra pas dans la foule le lendemain. On peut aussi y rencontrer son destin. Et, pour beaucoup, c’est une raison de venir à la fête. A Moscou comme dans d’autres villes il existe des clubs juifs de rencontres, des discothèques juives sont organisées régulièrement, mais le Nouvel An est aussi l’occasion de rencontrer son futur époux. En effet, la tradition nationale des Juifs de Russie, qui veut que Rosh Hashana offre la chance de commencer une nouvelle vie, coïncide avec la tradition russe de l’attente d’un miracle la nuit du Nouvel An. Mais l’essentiel est l’ambiance de fête, le sentiment d’appartenir à la communauté.

Rosh Hashana n’est pas fêté aussi largement dans toutes les villes. Mais la joie est toujours au rendez-vous.

Aucun juif de Russie ne peut plus dire que Rosh Hashana n’existe que sur le calendrier. Même ceux qui pour une raison ou une autre ont décidé de rester chez eux respectent la tradition. Quoi de plus simple que de tremper un quartier de pomme dans du miel ! De toute façon il est impossible d’oublier la fête parce que toutes les radiotélévisions fédérales transmettent le message de salutations que le président de la Fédération de Russie adresse à la communauté juive du pays. Son exemple est suivi par de très nombreux maires.

Marianna Belenkaïa





(RIA - Novosti)


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