Parasha ekev 5764

Chabbath 7 août 2004 — 20 AV 5764 - Début : entre 19 h 49 et 20 h 09 - Fin : 22 h 10
publié le mardi 3 août 2004
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Lecture de la Torah : Deutéronome 7, 12 - 11, 25 : Récompenses pour l’obéissance ; dangers de la fortune.

Haphtara : (2ème des consolations) : ISAIE XIL, 14 - LI, 3 : D.ieu n’oubliera pas ISRAEL.


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Commentaire de la Torah :

Poursuivant la récapitulation des mitzwoth, MOISE en vient à parler de la récompense qui attend ceux qui accomplissent une prescription religieuse. La sidra débute par le terme EKEV, qui signifie "parce que" ou désigne le "talon" (origine du nom de JACOB (Genèse 25, 26).

Le Midrash insiste sur la seconde définition en disant que la récompense ne doit pas se trouver sous nos yeux, comme si on la recherchait. Elle est essentiellement fonction des démarches que nous accomplissons pour réaliser une bonne action, autrement dit, des efforts en tous genres que nous consentons pour agir dans le sens du bien. En un mot, la récompense qui doit intervenir doit être la conséquence à laquelle on ne pense pas, elle ne doit pas être le but exclusif de nos préoccupations.

Selon nos commentateurs, en utilisant le terme EKEV pour désigner le TALON, le texte veut nous enseigner que nous ne devons pas fouler les mitzwoth aux pieds. Chaque chose est importante en soi. Il n’y a aucune échelle de valeurs dans les prescriptions religieuses. Il n’est pas possible de dire laquelle d’entre elles a plus d’importance qu’une autre. Tel est d’ailleurs ce que vient nous dire le texte des PIRKE ABOTH, Chapitre deux, michna un, au nom de Rabbi JUDA HANASSI (qui a mis en forme l’ensemble de la MICHNA). Il nous dit en effet : « Sois attentif à l’accomplissement d’une mitzwa d’apparence facile comme celle qui te semble difficile, car tu ne connais pas la récompense qui s’attache à chacune d’entre elles. »

En somme, il faut savoir que la Torah est un ensemble de principes dont on ne saurait dissocier aucune de ses composantes, de la même manière que l’on ne peut théoriquement savoir si telle partie du corps humain est plus vitale qu’une autre pour la conservation et le bon état de l’ensemble.

Il convient surtout de remarquer que notre Sidra contient un verset pouvant nous servir de devise. Il est dit en effet : « Car ce n’est pas de pain uniquement que se compose la nourriture de l’homme, mais l’homme vit de tout ce que produit le verbe du Seigneur. » (Deutéronome VIII, 3).

En clair, cela signifie d’une part, que D.ieu pourvoit toujours à nos besoins matériels, mais que d’autre part, pour la partie spirituelle de notre existence, ce qui compte, c’est de savoir s’inspirer de Sa parole pour suivre la bonne voie consistant à craindre D.ieu, à Le servir de tout notre cœur et de toute notre âme. (Deutéronome 10, 12).

HAPHTARA :

Notre texte, placé au milieu d’un discours émanant de D.ieu, est précédé d’un rappel de la mission universelle d’ISRAEL, destinée à apporter la lumière et la liberté à l’ensemble de l’humanité. Ensuite, on nous annonce le retour d’ISRAEL à SION, car, précise le début de notre Haphtara : "« SION disait : le Seigneur m’a abandonnée, il m’a oubliée. »" (ISAIE 49, 14). En vérité, le prophète veut expliquer que la longueur de l’exil d’ISRAEL n’est pas due à l’oubli par D.ieu de Ses enfants. Ce sont eux, qui par leurs agissements, ont contribué à prolonger cet exil dans lequel ils se trouvent depuis si longtemps, cet exil qui constitue la source de tous leurs malheurs. (MALBIM).

Pour nous donner un aperçu de la consolation que le prophète est chargé d’annoncer, nous pouvons nous référer au texte suivant tiré du chapitre 49, verset 16 : "« Vois donc, je t’ai gravée sur les paumes de mes mains, tes remparts sont constamment devant moi. »" Ces paroles contiennent une forme de consolation inépuisable pour tous ceux qui, à travers le temps, se sont érigés en défenseurs, en remparts de la Torah, pour empêcher qu’elle ne soit oubliée ou méconnue. D.ieu n’a certes pas oublié son alliance avec ISRAEL. Pour ce dernier, sa meilleure protection contre sa disparition tient à la manière par laquelle il respecte la Torah. Ceux qui l’étudient et la mettent ensuite en pratique, sont assurément les meilleurs garants du caractère inaltérable de cette alliance.

Depuis la destruction du Temple dont nous venons récemment de rappeler le souvenir par le jeûne du 9 AB, nous avons connu de très nombreuses persécutions. Le peuple juif les a subies dans sa chair. « J’ai tendu le dos à ceux qui me frappaient, et mes joues aux violences. » (ISAIE 50, 6). A relire ces versets et bien d’autres passages, on ne peut s’empêcher de penser à la sombre période du Moyen-Age et à méditer ainsi sur la difficile condition des Juifs.

Animé d’une confiance inébranlable en D.ieu, ISAIE a subi les épreuves qui lui étaient imposées, qu’elles fussent d’ordres physiques ou spirituelles. Les ennemis d’ISRAEL voulant s’attaquer à la vérité que proclamait le prophète ont alors utilisé des méthodes bien souvent remises en vigueur : frapper les personnes, ou encore jeter le discrédit en forgeant des mensonges. Cela fait partie de l’enseignement du mépris et de l’art de la désinformation si souvent utilisée de nos jours. C’est ce que semble d’ailleurs suggérer le verset 8. Nous en avons quotidiennement bien des preuves.

Nous terminerons par une dernière citation, elle aussi digne d’intérêt. C’est celle que nous offre le chapitre LI, verset 2 : "« Considérez ABRAHAM , votre père, SARA, qui vous a enfantés ; lui seul je l’ai appelé, je l’ai béni et multiplié. »" Ce rappel des origines lointaines d’ISRAEL indique que nous ne devons pas désespérer des promesses divines. Le père de tous les croyants était seul, mais sa descendance spirituelle s’est considérablement multipliée. Nous en sommes tous les témoins vivants.

De la même manière, ISRAEL, seul au milieu des nations, finira par amener d’autres hommes à partager sa croyance dans le D.ieu Unique. D’autre part, de même qu’ABRAHAM et SARA ont eu le bonheur d’avoir un fils, et ce, malgré leur âge avancé, conformément aux promesses divines, ainsi, ISRAEL verra un jour la fin de son long exil, quelles que soient les difficultés qu’il puisse rencontrer sur son chemin (RADAK), même quand celles-ci semblent en apparence aller à l’encontre de toutes les visions prophétiques.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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