Madison, Wisconsin, Etats-Unis : un champ de bataille pour la légitimité d’Israël

publié le lundi 26 juillet 2004
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Joël Fishman MakorRishon 16 Juillet 2004

Traduction Jean-Pierre Bensimon


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A des milliers de kilomètres d’ici, dans la ville universitaire pittoresque de Madison, dans le Wisconsin, il se déroule une importante bataille. Le mardi 6 juillet, le Conseil Municipal de Madison s’est réuni pour examiner une proposition de jumelage avec Rafah, une ville de Gaza. Cette initiative est extrêmement importante, parce que seules quelques rares villes américaines sont jumelées avec des villes palestiniennes, et parce qu’un tel jumelage se traduirait dans un second temps par des campagnes contre Israël. Le Conseil, qui n’a pas arrêté sa décision, réserve son vote jusqu’au 20 juillet. Même si Madison parait être bien loin, la décision qui sera prise fera office de précédent.

Dans les années 60, la ville universitaire de Madison était connue comme un haut lieu de l’opposition à la guerre du Vietnam. Elle est désormais l’une des "capitales des grandes causes" en l’Amérique. Au printemps dernier, un groupe radical pro-Palestinien a proposé de jumeler Rafah avec Madison. Jennifer Loewenstein, qui dirige et représente ce groupe, a séjourné dans un camp de réfugiés de la bande de Gaza entre 2000 et 2002 ; elle appartient à l’Alliance Israël-Palestine pour la Paix et la Justice. Pour ce projet, elle s’est associée, avec le Centre pour les Droits de l’Homme d’Al-Mezan, implanté dans le camp de réfugiés de Jaballia. Bien que ce Centre prétende être une organisation indépendante de défense des droits de l’homme, son activité se résume en un programme de dénonciation violente d’Israël, assorti d’un silence absolu sur le terrorisme palestinien. Al-Mezan a été l’un des acteurs en vue du festival de la haine anti israélienne et antisémite de l’ONU, à Durban, en 2001. Loewenstein veut faire d’Al-Mezan l’interlocuteur privilégié pour nouer des contacts avec les Palestiniens, première étape d’une démarche pour donner la parole aux Palestiniens sur le territoire américain. Au mois d’avril, Steven Morrison, le président du Conseil de la Communauté juive de Madison s’est opposé à ce projet de jumeler Madison avec Rafah. Et le maire de Madison, Dave Cieslewicz a pris la même position, à cause du risque de division des habitants de sa ville. Normalement, la proposition de jumelage aurait eu toutes les chances d’être adoptée. Selon un membre du Conseil, "ce qu’il y a de différent dans ce cas-là, c’est l’opposition massive, chez nous, à ce jumelage."

La communauté juive de Madison, qui compte environ 5.000 âmes, était prête à l’affrontement et bien organisée. Larry Kohn, chargé des enseignements religieux au Temple Beth-El de Madison, a rédigé un compte-rendu des séances de l’Hôtel de Ville. "Les débats ont été ouverts par le promoteur Palestinien de la proposition de jumelage qui a fait une présentation médiocre ; il a été suivi par plus de vingt interventions de notre côté, les seules personnes autorisées à prendre la parole en face étant le Palestinien et Loewenstein. Les intervenants ont présenté des argumentations solides et articulées sur Rafah et ses liens avec le terrorisme, et sur ce qui se arriverait si on mettait le moindre dollar dans cette affaire. Le rabbin Chabad, Yona Matusof, et le rabbin conservateur Kenneth Katz, ont parlé. J’ai parlé, comme des professeurs, des étudiants, des sionistes de gauche et des sionistes de droite, des citoyens ordinaires, des personnes d’obédience réformiste ou conservatrice. Loewenstein était presque la dernière à parler quand on s’est aperçu que quelqu’un de Hadassah avait été oublié, et c’est ainsi que nous avons pu avoir le dernier mot. Nous étions le jour du jeûne du 17 Tammuz, et pourtant le Mur a tenu." La sous commission en charge de la proposition de jumelage s’était déjà accordée pour un ajournement, et le 20 juillet, le Conseil Municipal procèdera à un nouvel examen. Une lutte sérieuse est toujours devant nous, et l’issue n’est pas certaine, mais le compte-rendu de Kohn montre que la communauté juive de Madison et ses dirigeants sont parvenus à un niveau d’unité extraordinaire, inconnu depuis la lutte pour les Juifs d’Union soviétique.

Naturellement, il y a une question plus importante en jeu : quel est le rôle des O.N.G. comme Al-Mezan, et quelles sont leurs activités ? En règle générale, de tels organismes très confortablement financés, s’affirment les tenants de causes généreuses, alors qu’en réalité, ils fournissent une assistance professionnelle, des conseils, un appui et une aide financière aux tentatives des Palestiniens pour délégitimer Israël aux Nations Unies, sur des campus des universités, et dans les médias.

En ce qui concerne Al-Mezan, l’organisme de surveillance des O.N.G. (NGO-Monitor) du Jerusalem Center for Public Affairs a signalé qu’il fait partie des organisations qui utilisent le vocabulaire des droits de l’homme pour refuser à Israël le droit de se défendre contre le terrorisme. En fait, Al-Mezan a employé une subvention $100.000 de la fondation Ford pour promouvoir le thème des "crimes de guerre’’ israéliens. Le directeur de NGO-Monitor, le professeur Gerald Steinberg, a expliqué : "Les masques tombent progressivement grâce aux recherches et aux rapports du projet NGO-Monitor (www.ngo-monitor.org). Ceux qui financent de telles organisations commencent à se rendre compte que leur argent est employé pour favoriser le nouvel antisémitisme, et que les Juifs, à l’instar d’autres groupes, sont décidés à ne pas se laisser faire. À Madison, Wisconsin, une poignée d’extrémistes anti israéliens voulait obtenir l’accord du Conseil Municipal pour « adopter » Rafah. Ils voulaient s’en servir pour une campagne de dénonciation de « la brutalité d’Israël » aux frais du contribuable américain. Leur partenaire palestinien était le chef d’une ONG de Gaza connue sous le nom d’Al-Mezan, un des chefs d’orchestre de la conférence de Durban de 2001 et l’une des sources principales d’incitation à la haine. Cependant, après avoir consulté l’analyse d’Al-Mezan sur le site Internet de NGO-Monitor, beaucoup de citoyens de Madison ont pris conscience de la supercherie, et, dans la proposition de jumelage, tout lien avec cette O.N.G. a été abandonné. Quand le Conseil Municipal se réunira à nouveau le 20 juillet, il pourra créer un important précédent international en dénouant ce qui reste du lien avec Rafah. Neutraliser la propagande d’autres O.N.G. sera plus difficile, mais il y aura eu un précédent."


Ce mardi 20 juillet le Conseil Municipal de Madison, dans le Wisconsin, n’a pas trouvé de majorité pour adopter une proposition visant à faire de Madison et de Rafah des villes jumelles. Le vote du Conseil Municipal a donné neuf voix pour, huit contre, et trois suffrages non exprimés pour cause d’absence ou d’abstension. Il fallait onze voix sur 20 pour adopter la proposition.

Larry Kohn, chargé des enseignements religieux au Temple Beth El a rapporté : "l’autre côté a évoqué des projets humanitaires, mais en faisant sans cesse référence à l’occupation israélienne, aux checks points, aux bulldozers. De notre côté, nous avons paré ces attaques en soulevant la question du terrorisme, des informations du site Internet d’O.N.G-monitor., et de la volonté de l’autre coté de ne pas envisager le choix une ville alternative. J’ai été impressionné par l’importance de la participation des deux côtés : bien que beaucoup de gens ordinaires se soient impliqués dans ce débat, personne n’a reçu de menace, il n’y a pas eu d’affrontement physique, malgré des échanges parfois sévères de part et d’autre. La démocratie est précieuse dans une société fondée sur la loi. Am Israël Haï !"



Joel Fishman
Membre du Jerusalem Center for Public Affairs




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