Parasha matoth-massaï 5764

Chabbath 17 juillet 2004 - 28 Tamouz 5764 - Début : 17 juillet 2004 - 28 Tamouz 5764
publié le jeudi 8 juillet 2004
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Lecture de la Torah : XXX, 2 - fin du livre : Vœux et serments ; victoire sur les Midianites ; RUBEN, GAD et demi-MANASSE ; les étapes ; partage du pays ; villes de refuge. Haphtarah : (2ème des « châtiments) : JEREMIE II, 4 - 28 et III, 4 ; Sephardim, encore IV, 1 - 2 : Péché et retour.

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Commentaire de la Torah :

« MOÏSE parla aux chefs des tribus des enfants d’ISRAËL, en ces termes : « Voici ce qu’a ordonné l’Eternel. Si un homme fait un vœu au Seigneur, ou s’impose, par un serment, quelque interdiction à lui-même, il ne peut violer sa parole : tout ce qu’a proféré sa bouche, il doit l’accomplir. » (Nombres XXX, 1 -2).

Pour terminer la lecture de la fin du Livre des Nombres, nous lisons deux sections : celle de MATOTH et MASSAÏ, car il est d’usage que la suivant, celle de DEVARIM, contenant de sévères paroles de réprimandes prononcées par MOÏSE à l’encontre des Hébreux soit lue le chabbat précédant le jeûne du 9 AB.

Nous limiterons notre réflexion à l’examen d’un passage très important relatif aux vœux. Il nous arrive très fréquemment de prononcer des paroles d’engagement sous forme de vœu ou de promesse. L’étude de ce texte nous montrera quelle en est l’importance et la gravité. Le Midrash insiste beaucoup sur le terme « ZEH HADAVAR - Voici ce qu’a ordonné ». En effet, ce qui intrigue le Midrash c’est que cette expression indique une sorte d’exception, une forme de limitation, voulant signifier que MOÏSE tenait à donner une précision bien définie.

Celui-ci tenait à rappeler aux dirigeants du peuple l’importance de cette règle relative aux vœux. S’agissant à la fois du Sage à qui l’on soumet un cas de ce genre, il n’a qu’une possibilité, celle de délier = HAFER, celui qui a prononcé un vœu qu’il ne voudrait pas tenir. Mais s’agissant de celui qui promet, il doit faire l’objet d’une HATARAH, c’est-à-dire d’un dénouement. Dans le premier cas, cela ne peut être autorisé que dans la mesure où le Rabbin trouve chez son interlocuteur une forme de regret d’avoir prononcé son vœu, n’ayant pas suffisamment réfléchi à la portée de son intention, sans quoi aucune démarche de rétractation ne serait possible.

Nos Sages se sont inspirés d’un verset de l’Ecclésiaste disant : "« Tu ferais mieux de t’abstenir de tout vœu que d’en faire un et de ne pas l’accomplir. » (Ecclésiaste V, 4)." Nos Sages ne voient généralement pas d’un bon œil le fait de prononcer des vœux, sachant que la nature humaine est faible et peut entraîner chez l’homme le non-respect de sa parole. Nous en sommes bien souvent les témoins, en maintes circonstances. Or, nous sommes tenus d’accomplir les préceptes religieux qui nous ont été ordonnés. Nous ne pouvons décider de notre propre chef de les trahir ou de les négliger.

Après le passage relatif aux vœux, la TORAH nous rappelle qu’ensuite MOÏSE reçut l’ordre suivant : « Exerce sur les Midianites la vengeance due aux enfants d’ISRAËL ; après quoi tu seras réuni à tes pères (tu mourras). » (Nombres XXXI, 2). Tout en sachant que sa propre mort serait liée à la victoire sur les Midianites, MOÏSE n’hésite pas à accomplir l’ordre divin, sachant qu’il devait l’exécuter. Un autre que lui aurait peut-être cherché à tergiverser pour tenter de retarder sa propre fin. MOÏSE n’a pas hésité un instant, estimant de son devoir d’obéir sans défaillance à l’ordre divin.

Pour donner l’ordre d’attaquer les Midianites à ses troupes, MOÏSE était donc obligé de passer par les chefs des tribus. Pour quelle raison ne s’est-il pas lui-même placé en tête des combattants. A cela, les TOSSAPHISTES expliquent que MOÏSE a eu un grand scrupule. En effet, il ne voulait pas se montrer ingrat contre le pays qui l’avait abrité dans sa jeunesse, quand il dut s’enfuir d’EGYPTE. C’est là une belle leçon que nous donne nos Maîtres, à travers la personnalité de MOÏSE, et de citer pour cela l’adage bien connu : « le puit d’où tu as puisé l’eau que tu as bue, n’y jette pas une pierre. La reconnaissance pour un bienfait dont nous avons été un jour l’objet, doit toujours se manifester envers le ou les bienfaiteurs d’un acte de générosité ou de solidarité. C’est bien ce que pratique de nos jours l’ETAT d’ISRAËL qui, à travers l’Institut YAD VACHEM honore régulièrement ceux qui parfois au péril de leur vie, ont contribué à sauver des Juifs durant la période de la SHOAH.

Pour en revenir à l’épisode que nous relate notre paracha, il faut rappeler qu’avant de demander aux chefs des tribus de l’aider à battre les Midianites, il a d’abord tenu à enseigner les règles relatives aux vœux, en utilisant l’expression : « voici ce qu’a ordonné l’Eternel ». En fait il ne s’agit pas seulement de respecter sa parole quand on a prononcé un vœu ou pris un engagement. Il s’agit également pour l’homme s’habituer à ne pas affaiblir sa parole par des renoncements. Tenir sa promesse, c’était également sous une forme prophétique ce que MOÏSE voulait dire aux membres des tribus de RUBEN, GAD et la moitié de celle de MANASSE qui lui avaient demandé de ne pas s’installer en Terre Sainte mais de pouvoir rester, tenant compte de leurs nombreux troupeaux en TRANS-JORDANIE où les pâturages étaient propices à leur bétail. (Nombres XXXII). Il n’ont eu l’autorisation de rester, qu’à la condition d’aider leurs frères des autres tribus à la conquête de la Terre Sainte. Ils s’y sont engagés, lorsque MOÏSE leur a déclaré : « vous serez quittes (purs) envers D.ieu et ISRAËL » (Nombres XXXII, 22).

Rav Israël SALANTER, un des maîtres de l’école du Moussar avait l’habitude de dire : « L’homme doit être en règle avec ses semblables comme il doit l’être envers D.ieu ». Devant le Tout-Puissant, rien ne sert de flatter, de mentir, aussi faut-il toujours dire la vérité à ceux que l’on côtoie. Tout est lié. C’est bien ce que veulent nous enseigner les Pirké Aboth au chapitre III - michna 10 : « Celui qui est aimé des hommes est aussi aimé de D.ieu. » Cela ne peut s’appliquer qu’à l’homme qui ne viole pas sa propre parole, qui au contraire la considère comme sacrée.

Nous sommes constamment témoins d’engagements pris et non-tenus, et ce, dans tous les domaines, religieux, sociaux ou politiques. C’est dire la distance prise par les hommes par rapport à ce que nous devrions toujours considérer comme hautement sacré. C’est le non-respect de ces valeurs dont le monde nous offre de nos jours le triste spectacle.

HAPHTARA :

"« Voyez si pareille chose est jamais arrivée, si un peuple a changé ses dieux (et encore ces dieux n’en sont pas !) tandis que mon peuple a troqué sa gloire contre des objets sans valeur !Cieux soyez stupéfaits de ceci, frissonnez, saisis d’une horreur profonde, dit l’Eternel. » (JEREMIE II, 11-12)."

La fidélité des autres peuples à leurs idoles relevait d’un certain sentiment national ; en outre, cette fidélité ne leur demandait qu’un effort relativement facile. Toute religion païenne ayant été réduite à des pratiques purement extérieures ne pouvait imposer à ses fidèles un ordre de vie moral et social, alors que le Judaïsme, s’il est bien compris et pratiqué, nous offre des rites à observer, mais nous invite également à ouvrir nos cœurs à l’amour des autres par toute une série de prescriptions.

Ce que le prophète JEREMIE contemporain de la destruction du Temple veut dénoncer dans ce texte, c’est l’attitude des enfants d’ISRAËL abandonnant leur D.ieu au profit de l’idolâtrie. Il leur reproche de vouloir rechercher un culte pompeux alors que le nôtre tend davantage vers la simplicité. Mais nous savons bien que dans les cultes païens que dénonçait le prophète, rien de particulier n’était demandé, ni effort moral, ni élévation spirituelle. Aucun contrôle de conscience ne s’imposait et l’homme se croyait libre tout en étant livré à la tyrannie de ses instants et à une superstition illimitée. Ce sont les définitions pouvant s’appliquer à nos sociétés contemporaines, dans lesquelles semblent parfois se perdre nombre d’enfants du peuple d’ISRAËL.

La lecture de cette Haphtara nous semble donc justifiée en cette période des trois semaines de deuil, afin qu’elles nous inspirent, à l’invitation de JEREMIE, de revenir le plus près possible de nos traditions les plus authentiques. Selon RADAK, c’est durant ce mois que tenant compte des leçons du passé, nous sommes sur le chemin de la pénitence, les prophètes réussissant par leur discours fort mais chargé d’amour, à trouver le chemin de notre cœur, permettant à ISRAËL de se renouveler spirituellement.

Le dernier verset de notre Haphtara, inspiré des promesses de bénédictions faites à ABRAHAM (Genèse XXII, 1-3) nous en fournissent les conditions : "« si tu jurais par « l’Eternel vivant », en vérité, en droiture et justice... mais les peuples par lui (ISRAËL) se diraient heureux, et par lui se diraient glorieux. (JEREMIE IV, 2)." Nous voyons quelle lourde responsabilité nous devons assumer, vis-à-vis de nous et vis-à-vis de tous les autres.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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