Oraison funèbre de Rav Nissim REBIBO ztsl, par Monsieur le Grand Rabbin J.SITRUK

Hespedim sur le Av Beth Din, Adir Hathora Rav Nissim REBIBO ztsl
publié le mercredi 7 juillet 2004
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(JPEG) Pour le judaïsme de France c’est une catastrophe nationale et je voudrais m’adresser au-delà de tous les présents, à toute la communauté par le relais de toutes les radios de notre communauté pour que tout le monde mesure simplement ce qui se passe ici. Le judaïsme de France s’est bâti peu a peu sur les bases de la Thora depuis quelques années et pour ma part j’ai eu le bonheur et le mérite de demander à Rav Nissim (ztsl) d’être notre Dayan à Marseille et puis ensuite de venir occuper l’éminente place de Av Beth Din au Beth Din de Paris. Mais ça, c’est ce que tout le monde sait, c’est le titre officiel, c’est la fonction qu’il occupait. Ce que peut être trop peu de gens savent c’est qui est Rav Nissim et Moraï Verabotaï je n’ai pas préparé de hesped pour trois raisons. La première c’est que je ne pensais jamais qu’un jour je parlerais de lui au passé. La deuxième, c’est que depuis l’annonce de la terrible nouvelle j’ai vécu tout simplement sans exagérer ce que j’ai vécu lors du deuil de mon père et que je n’étais pas en mesure de le faire. La troisième raison, c’est que Rav Nissim n’aurait pas voulu. בודו של אדם זהו רצונו , on doit honorer quelqu’un comme il veut qu’on l’honore. Il était impossible de son vivant de dire un mot de louange sur Rav Nissim c’est pas maintenant qu’il est dans le monde de vérité qu’on dérogera a cette règle, mais malgré tout qu’il veuille bien m’excuser, ce n’est pas pourיקרא דשבחי ,mais c’est pour יקרא דחיי c’est pour honorer les vivants.

Rav Nissim était assurément un des plus grand Talmid Ha’ham de notre temps dans le monde entier. Mais que la France ait mérité un tel maître qui lui a fait accomplir des progrès considérables dans tous les domaines, qui a donné au Beth Din de Paris des titres de noblesses considérables, est une réalité. Mais au-delà de cette réalité, il y a le Rav, le Talmid Haham que vous ne connaissiez pas, celui qui était tout simplement יומם ולילה en train d’étudier la Thora, on ne l’a jamais vu un instant se lever de l’étude, c’était d’ailleurs sa seule joie dans le monde il n’aimait rien, il n’avait envie de rien, une seule chose le calmait quant il était parfois contrarié c’est de se mettre dans l’étude de la Thora, c’était pour lui littéralement comme l’a dit le roi David תורת שעשועי l’objet de tous les délices et écouter des divreï Thora de sa bouche était pour nous un véritable émerveillement.

Mais,מורי ורבותי le Maître, le Grand le ¨Posek, le Av Beth Din ce n’est pas seulement celui que je pleure aujourd’hui ça voudrait dire que nous avons perdu non seulement un maître qui fait que nous sommes pour ma part en tout cas complètement désarçonner d’ailleurs aujourd’hui même je me suis surpris trois fois dans la journée à dire « je vais demander à Rav Nissim ». C’était un réflexe permanent dans la vie de Rabbin que j’assume, il n’y avait pas une décision que je prenais sans le consulter, il n’y avait pas une halaha que j’appliquais pour le tsibour sans lui demander, il était toujours non seulement de bon conseil mais surtout ב"הparticulièrement éclairé. Au-delà de cette science qui était pour nous véritablement le rayon de soleil de notre vie, nous avons perdu un ami, un frère, un père. Aussi vous me permettrez, parce que je voulais le faire déjà au moment de l’annonce, de procéder à la kéria , la déchirure que l’on fait quand on perd un proche, comme le dit le Choulhan Arou’h son Maître le plus proche on le fait comme pour les parents sur le côté gauche, le côté du cœur je demanderais a quelqu’un de bien vouloir m’aider : « Barouk ata .......dayan haemet ».

Monsieur le Grand Rabbin de Paris vous savez, demain nous conduirons Rav Nissim à côté de votre père. Je me suis promis d’essayer de ne pas pleurer, c’est trop dur. Rabotaï une chose est claire, c’est que nous n’avons pas mérité de le garder, c’était un cadeau qu’Achem nous avait envoyé. Et croyez-moi, Rabbi David peut l’attester comme moi, Rav Nissim souffrait d’avoir un poste parce qu’il prenait trop les choses à cœur quand il était obligé de procéder à un divorce il prenait lui aussi le deuil et il jeûnait. Il savait qu’il y allait avoir dans cette journée-là, hélas, un malheur quant il y avait un cas épineux de ממזרות ou des difficultés qui empêchaient les gens de mieux s’approcher de la Thora. Il en souffrait, croyez-moi j’en suis témoin personnellement. Combien de fois il a été insulté sans rien dire et même, il y avait des gens qui voulaient le frapper. Il y a des gens qui lui ont intenté des procès. Bien sûr, il leur a pardonné, je le sais, mais quelle souffrance et nous pouvons dire aussi aujourd’hui quelle honte pour nous de ne pas avoir su expliquer de son vivant qui était Rav Nissim pour que tout le monde vienne lui embrasser la main. (JPEG)

Car moraï verabotaï, s’il est vrai qu’il était le très grand Maître que nous avons dit en quelques mots parce que je sais que vous êtes la depuis longtemps et qu’il est difficile de rester à écouter des hespedim longtemps, sachez une seule chose : je l’ai vu fier une seule fois dans sa vie. Un jour il m’a montré, parce qu’indépendamment de la relation on dira rabbinique, j’avais le mérite d’étudier souvent avec lui et même nous étions partis à plusieurs reprises en dehors de Paris pour étudier plus tranquillement, une lettre de Rav Moché FEINSTEIN (z’tsl), comme il était fier et c’est sa seule fierté, d’avoir montré au gadol hador une halaha qui avait su lui expliquer et le rav l’avait remercié d’avoir su résoudre le problème que lui même, le plus grand d’entre les grands, n’avait pas été à même de résoudre. Ainsi sont nos rabbanim, nos grands qui n’ont pas honte de dire quand ils ne savent pas et qui remercient ceux qui savent. Je peux vous dire que récemment encore le Rav Ovadia Yossef qui était de passage à Paris à l’occasion du Congrès Rabbinique Européen était tellement heureux de le voir et il est venu près de moi et il m’a dit : « Comment avez-vous mérité un homme pareil pour la communauté juive de France ». Hélas nous n’avons pas mérité de le garder. Rav Moche Chapira qui est un de nos Maîtres disait toujours de lui, et nous l’avons eu au téléphone tout à l’heure, « qu’il est le plus grand Talmid H’aham que nous ayons jamais vu » et il disait la même chose quelle chance pour la France. Et d’autres, tant d’autres, le Grand Rabbin Chalom Messas (ztsl), le Grand Rabbin Chlomo Amar, chlita, connaissaient sa gédoula. Mais moraï verabotaï, il y a une chose que nous devons retenir à mon avis parce que je ne suis peut être pas capable de mesurer sa grandeur par contre j’étais capable de mesurer son humilité. Je ne connais pas un homme qui était aussi humble que Rav Nissim. Il avait une véritable aversion pour les honneurs, impossible de l’asseoir à un endroit qu’il mérite même si on lui disait comme à Chaoul Hamel’h « אם קטן אתה בעניך ראש שבטי ישראל אתה » il refusait, je ne suis pas digne, je ne mérite pas et il ne voulait jamais prendre la parole en public, ce n’est pas parce qu’il n’avait rien à dire c’est parce qu’il ne voulait pas se mettre en avant, jamais. Il s’effaçait toujours, il ne voulait même pas avoir les תכסיססיםdu Talmid Haham il s’habillait comme un simple בעל הבית vous le savez bien, ça tout le monde l’a bien vu. Ici, on voit les paroles des Sages qui disent « plus un homme est humble plus la Thora entre en lui » Alors maintenant qu’allons-nous faire ? Je vous dirai personnellement, à titre personnel, je ne sais pas. Je ne sais pas demain à qui m’adresser pour avoir les réponses de Rav Nissim, si profondes, si intelligentes, qui s’adaptaient au tsibour car un Rav n’est pas un livre ouvert que l’on consulte, ni un ordinateur qui récite, il est un homme qui comprend une situation, qui sait évaluer tous les paramètres qui permettront de prendre la bonne décision et là nous ne l’avons plus, Malheur à nous. Moraï Verabotaï.

Mais je suis venu vous dire surtout que je mesure la responsabilité qui est la nôtre, si bien sûr nous ne devons pas poser de question en disant Achem, pourquoi tu nous a fait ça ? Nous espérions, nous savions bien la gravité de son état encore hier soir et lorsque nous parlions mon épouse et moi avec le rabbinat, eh bien nous étions encore en train de lui insuffler de l’espoir parce que nous ne voulions pas écouter ce que les médecins disaient, qui évidement l’avait condamné, parce que nous nous disions bien « Achem ne peut pas nous le prendre, qu’allons-nous devenir, sans lui nous serons vraiment comme des orphelins » Alors, moraï verabotaï, il faut prendre aujourd’hui, maintenant, alors que son corps est encore là sous nos yeux, devant nous, la décision de prier tous, de prier du fond de notre néchama pour demander à Achem תיגדור את הפירצה הזאת de faire en sorte que cette brèche soit colmatée et que nous ne restions pas des orphelins et queבע"ה il est le מליץ יושר qui demandera à Achem que nous ne soyons pas כצאן שאין לו רועה comme un troupeau sans berger et que vienne la géoula. Maintenant, enfin il est משתעשעil n’éprouve plus ce עול sur ses épaules qu’on appel le עול du ציבור (le joug de la communauté) qui pesait fort sur lui parce qu’il le ressentait. (JPEG) Il doit être avec les מאלכי השרת autour de la Chéhina en train d’être נהנה ומסתקל בזיו השכינה et il doit étudier comme il l’a toujours fait dans le עולם הזה maintenant dans עולם הבא ? Je suis sûr que demain quand on va le transporter en Israël et qu’on aura le bonheur de voir sa קבורה parce que pour lui c’est une délivrance, je suis sûr qu’il aura une longue haie d’honneur qui ira des cieux jusqu’à la terre. Moray Vérabotaï, je vous dis avec une profonde conviction, je suis sûr que Moche Rabenou lui-même se déplacera pour accueillir dans sa yéchiva Rav Nissim. Il mérite que les plus grands de notre peuple depuis la création du peuple juif viennent l’accueillir et lui, une fois de plus, ne voudra pas s’asseoir sur un siège d’honneur mais j’espère que là haut ils seront plus convaincants que nous et qu’ils l’obligeront bien un jour à occuper la place qui est la sienne. Et enfin Moraï Vérabotaï, laissez-moi vous dire à vous la communauté juive de France qu’au-delà de nos prières, nous devons prendre des résolutions quand un Tsadik, un Grand Rav, un Gadol nous quitte ce n’est pas pour rien, tous nous avons une sorte de responsabilité, tous nous avons quelque chose à faire, à améliorer dans notre vie.Il est impossible que ce départ ne soit pas la conséquence de nos œuvres il y a encore plus c’est de mettre du chalom entre nous, de respect mutuel, peut être encore plus d’observance des mitsvoth en cultivant les qualités morales qui sont indispensables pour nous tous. La petite décision que chacun prendra, je suis sûr qu’elle sera נחת רוח pour son âme et בע"ה comme il a été de son vivant aussi bien vaillant pour dire à Achem tu vois ils n’avaient pas besoin de moi, ils ont encore grandi depuis mon départ.

Voilà Moraï verabotaï ce que je souhaite, je voudrais surtout lui demander et je sais qu’il le fera pour son épouse et ses enfants qu’Achem les protége, les fasse grandir dans la Thora et de lui demander de continuer à venir nous éclairer comme d’habitude, chaque jour pour des halahots de toute sorte. Mais בע"ה avec sa lumière d’en haut il continuera de nous éclairer et nous permettra de continuer à suivre le chemin qu’il trace pour nous.

יהי זכרו ברוך ותהיה נשמתו צרורה בגן עדן .אמן.



Grand Rabbin Yoseph Haïm SITRUK
Grand Rabbin de France




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