Parasha houkath 5764

Chabbath 26 juin 2004 - 7 Tamouz 5764 - Début : 20 h 18 - Fin : 22 h 57
publié le jeudi 24 juin 2004
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Lecture de la Torah : Nombres XIX, 1 - XXII, 1 : La vache rousse ; la faute de MOÏSE et d’AARON ; le serpent d’airain ; défaite de deux rois de Transjordanie, SI’HONE et OG. Haphtara : JUGES XI, 1 - 33 : JEPHTE de GALAAD.

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Commentaire de la Torah :

Nous avions pris connaissance, en lisant la semaine dernière le récit de la paracha KORA’H, des méfaits que pouvait occasionner dans un groupe, dans une communauté ou dans la société en général, la moindre dispute pouvant dégénérer, surtout si le motif n’est pas exempt d’intérêts personnels. Aussi, pourrons-nous mieux comprendre l’importance de la paracha de cette semaine. Elle mentionne au passage, l’un des problèmes les plus importants dans l’histoire de l’humanité, celui du sentiment fraternel.

En effet, malgré toutes les déceptions que lui cause ESAÜ dont il était fait mention dans le livre de la Genèse, le peuple d’ISRAËL ne peut oublier le lien fraternel qui l’unit à lui. Sortant d’Egypte, en route pour la Terre Sainte, lui demandant le droit de passage à sa frontière, il s’attend à une manifestation amicale de sa part. Notre histoire millénaire, nous a malheureusement très souvent montré quel lourd tribut nous avions à payer pour être autorisés à franchir une frontière, synonyme de liberté pour des milliers de nos frères à la recherche d’un havre de paix. L’exemple le plus pathétique pourrait être celui de ces anciens déportés, qui, à la fin de la seconde guerre mondiale, furent inexorablement refoulés par les Anglais, aux portes de ce qui était naguère appelée la PALESTINE, peu avant la proclamation de l’ETAT d’ISRAËL en 1948. Nous pourrions encore citer bien d’autres exemples de même nature.

Ainsi, dans le texte de notre paracha, nous lisons ceci : « MOÏSE envoya, de KADECH, des émissaires au roi d’EDOM : « Ainsi parle ton frère ISRAËL : Tu connais toutes les tribulations que nous avons éprouvées. Jadis nos pères descendirent en EGYPTE.... » (Nombres XX, 14-15).

Le message semble amical, la parenté soulignée des deux peuples fait appel à la compréhension des EDOMITES à l’égard des descendants d’ISAAC, l’ancêtre commun. A propos de ce verset, RACHI insiste sur les termes « ton frère d’ISRAËL ». Pour quelle raison ce lien fraternel est-il mentionné ? Selon notre célèbre commentateur, MOÏSE en lançant son message au roi d’EDOM, voulait dire ceci : « nous sommes frères, fils d’ABRAHAM, à qui il a été dit : « Ta postérité séjournera sur une terre étrangère. » Il nous incombait à tous deux de payer cette dette de l’exil. - « Tu connais toutes les tribulations. » Malgré tout, votre ancêtre s’est séparé du nôtre, comme il est dit : « Il émigra vers un autre pays à cause de son frère JACOB », à cause de la dette qui pesait sur eux et qu’il rejeta sur JACOB. »

RACHI estime donc que dans cette perspective, ISRAËL rappelle aux descendants d’ESAÜ ses souffrances et sa destinée, et ce, dans un but précis : bien lui faire comprendre que JACOB et ses enfants ont souffert pour l’humanité et plus particulièrement pour les descendants d’ESAÜ, de la même origine, celle de provenir de la lignée d’ABRAHAM. Si la première partie de la prophétie du commun ancêtre, mentionnée plus haut, s’est réalisée, ils ne devraient donc nullement douter de l’accomplissement de la seconde partie : l’héritage du pays. Selon l’interprétation de notre texte, c’est donc aux EDOMITES, ancêtres des ROMAINS et même des CHRETIENS, qu’incombe en premier lieu de prêter concours aux enfants d’ISRAËL, en les laissant traverser leur pays, afin qu’ils puissent prendre possession de leur héritage. Nous voyons là un épisode de notre histoire biblique ayant incontestablement une portée actuelle.

Mais, pour en revenir à notre texte, quelle sera la réaction d’EDOM à ce message fraternel, en rappelant le sort commun aux deux descendants d’un même ancêtre, ISAAC, fils d’ABRAHAM ? Comme il aisé de l’imaginer, EDOM, ennemi juré de JACOB et de toute sa descendance, répondit : « Tu ne traverseras point mon pays, car je me porterais en armes à ta rencontre. » (Nombres XX, 18). On voit ici surgir l’hostilité classique du peuple d’EDOM envers ISRAËL, l’ancienne animosité de leur fondateur. Pourquoi ne pas dire ici qu’il s’agit bien de ce que nous dénonçons de nos jours à propos de toutes les formes d’antisémitisme dont nous sommes constamment l’objet ? Il ne cesse réellement de se manifester, quelles que soient les formes qu’on lui prête.

Aussi, fidèle à l’enseignement traditionnel, RACHI, contemporain de la première croisade, voit à travers notre épisode, ressurgir l’hostilité du peuple édomite envers ISRAËL comme forme de l’ancienne animosité de leur fondateur, qu’était ESAÜ. Pour sa part, RACHI n’y verra autre chose que la conséquence directe du partage des biens entre les deux fils d’ISAAC : « Car je me porterais en armes à ta rencontre. »

Il poursuit son commentaire en disant : « Vous vous vantez de la parole dont votre ancêtre vous a fait hériter, lorsqu’il disait : « Nous avons imploré D.ieu, et il a entendu notre voix. » (Deut. V, 16). « Quant à moi, je marcherai contre vous avec ce que m’a légué mon ancêtre à moi (ESAÜ) : « Tu ne vivras qu’à la pointe de ton épée. » (Genèse XXVII, 40)

Ainsi, oubliant le conflit qui à l’origine séparait les deux fondateurs de peuples, ISRAËL, dans un moment de grande angoisse quant à son devenir, compte en vain sur le concours d’une nation hostile. Nous voyons que la suite de l’histoire des peuples est bien l’illustration de ce conflit ancien : l’attitude d’EDOM, quel que soit le nom qu’on lui prête, restera jusqu’au bout celle d’un ennemi acharné essayant par tous les moyens, d’empêcher la Maison de JACOB de jouir d’une paix durable. C’est bien ce que nous pouvons constater à propos de la légitimité d’ISRAËL sur sa terre que nombre de nations, chrétiennes ou musulmanes, voudraient lui contester.

A travers notre récit biblique, nous pouvons seulement constater que le devoir d’assister à personnes en danger ou à peuple en difficulté, n’a pas toujours été appliqué selon les principes bibliques dont chacun prétend se réclamer. Nos Sages, ont donc eu raison de stigmatiser la cruauté de ceux qui n’agissaient pas en frères, lorsque le danger pour les enfants d’ISRAËL était à son plus haut niveau, comme le prouve notamment toute l’histoire de la seconde guerre mondiale.

HAPHTARA :

Dans notre texte, nous est relatée l’histoire de JEPHTE. A une période de l’histoire biblique où le peuple d’ISRAËL était gravement menacé par les AMMONITES, le peuple vint chercher JEPHTE pour le place à la tête des armées. Il obtient la victoire. Auparavant, voulant obtenir les faveurs divines pour lui assurer la victoire, il fait le suivant : "« JEPHTE fit un vœu à l’Eternel en disant : « Si tu livres en mon pouvoir les enfants d’AMMON, la première créature qui sortira de ma maison au-devant de moi, quand je reviendrai vainqueur des enfants d’AMMON, sera vouée à l’Eternel, et je l’offrirai en holocauste. » (JUGES XI, 30-31)." Faisant un tel voeu, JEPHTE commettait là une grave faute, puisque les sacrifices humains sont formellement interdits. L’histoire se poursuit avec la victoire qu’obtient JEPHTE. Celui-ci, veut donc réaliser. Pour son malheur, c’est sa propre fille qui est la première personne à e porter à sa rencontre. Il voudrait malgré le caractère cruel de la situation, réaliser son vœu. En fin de compte, selon le Midrash, repris par les commentateurs, JEPHTE ne la mit pas à mort, mais il enferma sa fille dans un lieu isolé, pour qu’elle n’appartienne à aucun homme.

Cet épisode a été sévèrement jugement par la Tradition. En effet, JEPHTE, en tant que chef militaire aurait dû se faire délier de son vœu par PINHAS, le Grand-Prêtre. Aucun de ces deux personnages ne fit la moindre démarche pour aboutir à ce résultat. Nous sommes là en présence de deux situations aussi inadmissibles l’une que l’autre. En effet, d’une part, c’est par ignorance des lois de la Torah que JEPHTE prononça son vœu, dont il pouvait tout naturellement être délié. D’autre part, il était du devoir de PINHAS, en sa qualité de Grand-Prêtre, donc de guide spirituel, d’indiquer à JEPHTE qu’il n’avait pas à réaliser le vœu qu’il avait prononcé.

Aucun ne fit de démarches en ce sens. Ils sont donc tous deux blâmables et condamnables. De là, nos Maîtres tirent l’enseignement suivant : « Malheur à ceux qui détiennent le pouvoir pouvant provoque leur propre perte et sans apporter le bonheur sur terre. » (Seder ELIAHOU RABBA - Chapitre 11). De là on vient également nous enseigner que quiconque a le pouvoir de laisser commettre un forfait ou crime est tenu pour responsable de ce qu’il a laissé faire, sans pouvoir prétendre qu’il ne savait pas ou qu’il ne pouvait rien faire. Chacun doit savoir qu’il est responsable pour l’autre.

C’est là encore une leçon à méditer pour bon nombre de responsables ou de dirigeants, à quelque poste qu’ils soient placés. L’ignorance et l’orgueil sont à condamner formellement, pour que les faits indiqués dans notre Haphtara ne puissent jamais se produire.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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