Parasha korah 5764

Chabbath 19 juin 2004 - 30 Sivane 5764 - Début : entre 20 h 17 et 20 h 37 - Fin : 22 h 57
publié le jeudi 24 juin 2004
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Lecture de la Torah : Nombres XVI, 1 - XVIII, fin : Révolte de KORA’H ; le bâton fleurissant ; prérogatives des Prêtres et des Lévites. Second rouleau : Nombres XXVIII, 9 - 15. Haphtara : ISAÏE LXVI : Chabbat et Roch-Hodech.

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Commentaire de la Torah :

MOÏSE et son frère AARON, pourtant nommément désignés par D.ieu pour occuper respectivement leur fonction de guide spirituel et de grand-prêtre, sont accusés par un de leur cousin, KORA’H, de vouloir usurper le pouvoir. Ce dernier, comme nous le savons, est extrêmement ambitieux, mais son orgueil finira par le perdre, lui et tous les siens. Cette sécession est l’une des nombreuses difficultés que MOÏSE eut à surmonter au long d’une carrière entièrement consacrée au service exclusif de D.ieu, sans recherche d’honneurs ni d’intérêts quelconques.

Pour condamner l’attitude condamnable de KORA’H, nous lisons le texte suivant dans les Pirké Avoth - Chapitre V - michna 17 : « Toute dispute qui s’élève dans des vues pieuses et pures conduit au but qu’on s’est proposé : une dispute de ce genre, c’est celle de HILLEL et de SHAMMAÏ. (Deux chefs d’école talmudique en Babylonie dont les discussions avaient pour but de fixer le vrai sens de la Loi). Mais toute dispute que font naître des motifs impies et intéressés n’aboutit à aucun résultat. Un exemple d’une pareille discussion, c’est celle de KORAH et de ses partisans contre MOÏSE et AARON. »

Considérant la gravité du problème, et ne voulant nullement apparaître comme une personne ne cherchant avant tout qu’à défendre des intérêts personnels et égoïstes, ce qui est pratiquement toujours le cas, MOÏSE veut s’en remettre à l’arbitrage de D.ieu lui-même . En conséquence, il déclare : « Demain, le Seigneur fera savoir qui est digne de lui. » (Nombres XVI, 5). En remettant le jugement des coupables au lendemain, selon l’adage « la nuit porte conseil », il voulait leur laisser le temps de s’amender et de se rendre compte qu’ils avaient choisi une mauvaise voie. (Midrash Rabba).

Après avoir parlé à tous ses adversaires, après leur avoir fait une déclaration calme et froide, il se réserva un dernier entretien particulier avec KORA’H, chef des rebelles, à qui il déclara : « C’est donc peu, pour vous, que le D.ieu d’ISRAËL vous ait distingués de la communauté.... Il t’a donc approché de lui , toi et tous tes frères les enfants de la tribu de LEVI, — et vous aspirez encore au sacerdoce ! » (Nombres XVI, 9 - 10). L’admonestation semble être pressante et bienveillante, surtout au début : « Ecoutez donc, enfants de LEVI (SHIMOU NA)....(Nombres XVI, 8). MOÏSE veut utiliser le langage de la raison en conseillant à KORA’H de ne pas rechercher une dignité réservée et surtout de ne pas contester les droits d’AARON qui ne les avait nullement revendiqués. L’entretien ne contient aucune allusion à une quelconque sanction. Malgré toutes ces précautions oratoires, KORA’H garde le silence. MOÏSE essaie encore d’agir sur DATHAN et ABIRAM, les complices de KORA’H. Son but est de les amener à la repentance et de les détacher du meneur, puisque effectivement KORA’H était le plus influent de la maison de KEHAT, branche sœur de celle de la famille de MOÏSE et d’AARON. (OHR HA’HAYIM).

Le refus de comparaître de ces deux représentants oblige MOÏSE à renouveler l’ordre de se présenter à l’épreuve de la confrontation générale. « MOÏSE dit à KORA’H : « Toi et tout ton parti, soyez devant le Seigneur, toi et eux aussi ainsi qu’AARON - demain ». (Nombres XVI, 16). NACHMANIDE voit dans le fait d’adjoindre AARON à cette rencontre la cause principale de cette redite. Par contre, IBN EZRA considère que les verset 16 et 17 sont une simple reprise, devant servir de transition à ce qui va suivre.

Lors du danger de division menaçant toute la communauté réunie, l’attitude de MOÏSE et d’AARON, malgré leur grande déception, témoigne de leur dévouement au bien commun et de leur sens du pardon. C’est d’ailleurs la première fois qu’AARON, connu pour sa douceur et sa volonté de paix, intervient afin de supplier en commun avec MOÏSE pour ses frères égarés et abusés : « Ils tombèrent sur leur face et dirent : « Seigneur ! D.ieu des esprit de toute chair ! quoi, un seul homme aura péché et tu t’irriterais contre la communauté entière. » (Nombres XVI, 22).

Cet homme ainsi désigné est KORA’H. Celui-ci a voulu intervertir l’ordre divin et a en outre calomnié AARON et MOISE. « Notez que le monde ne subsiste que par la paix. Or, KORAH provoqua la discorde, et quiconque sépare les hommes est aussi coupable que s’il séparait le Nom sacré appelé « PAIX ». (ZOHAR)

La seconde intervention de MOÏSE, exhortant son frère à l’action, advient après une autre déception encore plus grave. La communauté conteste le miracle en tant que tel et ne croit pas dans l’intervention divine contre les révoltés : « Toute la communauté des enfants d’ISRAËL murmura le lendemain contre MOÏSE et AARON, en disant : c’est vous qui avez tué le peuple de l’Eternel ! » (Nombres XVII, 6). Cette fois-ci, la prière est muette, mais l’intervention directe, et MOÏSE fait immédiatement agir le grand-prêtre en faveur des coupables. (Nombres XVII, 13). Tirant un enseignement de cette malheureuse affaire, le ZOHAR dit : « Les hommes sont jugés chaque jour, et quand leurs œuvres déplaisent au Roi, la RIGUEUR (DIN) se porte vers eux. Mais quand il y a un sage dans le monde, il parvient à apaiser la colère. »

Cette grande tâche qu’est la recherche et l’amour de la paix avait été réservée à AARON. Il exerça sa mission en silence, avec le dévouement digne de sa grande personnalité, en se plaçant entre les vivants et les morts, pour tenter de protéger les premiers. On connaît son attitude de simplicité et d’humilité dont le texte biblique nous apporte le témoignage. En effet, lorsque MOÏSE, avant de se rendre auprès de ses frères esclaves en EGYPTE, est en route, la Torah nous dit qu’AARON se porta à sa rencontre, (Exode IV, 14 : « il s’avance à ta rencontre, et à ta vue, il se réjouira dans son cœur. ») Selon le Midrash, AARON se réjouissait de la promotion de son frère, pourtant moins âgé que lui de trois ans. C’est dire combien sa nature de fond était bonne.

Aussi, selon le texte de notre paracha, en brûlant l’encens en dehors du Temple, il courait lu-même un très grand risque, mais il n’en tint pas compte, car il voulut obéir à l’ordre du prophète, à l’ordre de MOÏSE lui enjoignant d’offrir l’encens pour apaiser la colère divine. (OHR HA’HAYIM). On voit ici combien est importante l’intercession du prêtre pour obtenir le pardon collectif.

Cet épisode biblique nous montre à quel point, en cas de crise grave, il faut savoir trouver les moyens de dédramatiser une situation difficile. C’est à cela que se sont employés MOÏSE et AARON. Leur dignité et leur hauteur de vues peuvent encore nous servir de leçon. En tout état de cause, aussi bien dans la société religieuse que civile, l’intervention d’un Sage, de personnes modérées peut aider chacun à trouver ridicule des luttes de prestige, d’honneurs, alors que l’essentiel, à savoir la préservation de la PAIX est beaucoup plus à prendre en compte pour renforcer la cohésion d’un groupe, d’une société, d’une communauté. De nos jours, on parle partout de médiateurs. En somme, MOÏSE et AARON n’ont cessé d’assumer cette difficile fonction.

HAPHTARA :

A un intervalle de quelques siècles, le texte de notre Haphtara soulève le même problème que celui rapporté par notre paracha : la mesquinerie, le manque de confiance de la collectivité par rapport au chef idéal.

Ainsi, MOÏSE, le guide le plus élevé dont la vie n’est qu’une suite de dévouements et de sacrifices, se trouve à un moment donné dans la situation d’un simple accusé qui doit se justifier. Le texte biblique nous dit : « MOÏSE, fort contristé, dit au Seigneur : « N’accueille point leur hommage ! Je n’ai jamais pris à un seul d’entre eux son âne, je n’ai jamais fait de mal à un seul d’entre eux. » (Nombres XVI, 15).

Nous pouvons à ce propos relever deux faits : 1° En rendant ce témoignage à lui-même, MOÏSE ne cherche pas à se justifier face à ses adversaires, mais il tient avant tout à s’adresser à D.ieu, seul juge de toute vérité. 2° Tout en ayant fait preuve de l’abnégation la plus parfaite que l’on ne peut trouver chez nul autre être humain, MOÏSE se contente de dire qu’il n’ai jamais fait de mal à ceux qui l’attaquent. Qui pourrait en dire autant de nos jours ? Le verset cité plus haut témoigne bien de la dignité et de l’humilité du père des prophètes. Ces deux qualités s’allient le plus harmonieusement possible dans cette phrase simple qui dans d’autres contextes aurait pu passer inaperçue.

L’analogie est donc frappante entre le passage cité et le discours du prophète SAMUEL dont parle notre Haphtara. Il veut abdiquer la judicature : "« Eh bien ! accusez-moi, à la face de l’Eternel et à la face de son élu, s’il est quelqu’un dont j’aie pris le bœuf ou l’âne, quelqu’un que j’ai lésé ou opprimé, quelqu’un qui m’ait déterminé, par un présent, à fermer les yeux sur sa faute.... Je suis prêt à vous le rendre. (I Samuel XII, 3)."

Le prophète SAMUEL, malgré tous les services rendus à son peuple, soupçonne, à travers les propos qu’il entend, que le peuple lui cherche des histoires et qu’il veuille demander un roi, sous l’influence d’un parti qui serait ainsi prêt à lui trouver des torts. SAMUEL s’impose donc de faire silence sur les griefs dont il peut être l’objet. Il fait taire son amour-propre et préfère livrer au contrôle du peuple toute sa vie, toute son administration.

Après avoir obtenu satisfaction personnellement, sûr de l’estime dont il pouvait jouir auprès de ceux qu’il avait gouvernés, il les exhorte et rappelle surtout leur permanente ingratitude envers D.ieu dont ils oublient les bienfaits.

La leçon que l’on peut tirer de l’exemple de MOÏSE et de SAMUEL face à leurs détracteurs, nous la trouvons dans un texte important de la Torah. Il est écrit en effet : « vous serez quittes envers D.ieu et envers ISRAËL ». (Nombres XXXII, 22) . Bien que prononcé dans un autre contexte, ce principe édicté par MOÏSE doit trouver une application constante et quotidienne dans le comportement de chaque fidèle, soucieux de vivre en parfaite harmonie avec les principes de la Torah et avec sa conscience. Combien de dirigeants politiques ou religieux pourraient sans honte répondre à cet avertissement ? A chacun de juger en conscience.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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