Comparaison n’est pas raison

Editorial de Connec’Sion
publié le dimanche 13 juin 2004
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Nous vivons aujourd’hui ce que certains de nos parents ou grands-parents ont vécu en Allemagne dans les années 30.

Cette comparaison n’émane ni des organisations juives représentatives ni de la plupart des journalistes juifs. Elle est proférée dans les courriers des lecteurs, dans les émissions de type « ligne ouverte » par les auditeurs.

Comment convaincre ces personnes que ce qu’elles croient être comparable n’a aucune justification historique.

Car heureusement, nous n’en sommes pas là !

Avant 1933, l’Allemagne de la république de Weimar était un pays faible, déboussolé et gangrené par des groupuscules fascistes. Elle n’a pas su et n’a pas voulu se protéger efficacement et les petites bandes désorganisées se sont transformées en quelques années en un puissant parti nazi qui a réussi à prendre le pouvoir démocratiquement.

Après 1933, l’antisémitisme est devenu un élément essentiel de la politique de l’Etat allemand. Il a décrété les lois raciales de Nuremberg en 1935 sur lesquelles il a fondé toutes ses actions antisémitiques qui ont produit ensuite la Shoah. La police allemande à l’époque arrêtait les juifs et non leurs agresseurs.

La situation de la France de 2004 ne souffre pas la moindre comparaison avec cette l’épouvantable période. L’Etat français est fort malgré les petits coups de boutoirs de minorités de tout poil.

Les lois républicaines anti-racistes sont nombreuses. La police protège à défaut de prévenir.

Les partis de gouvernement de gauche comme de droite ont tous une position très claire sur le sujet.

Donc pas d’amalgame, il n’y a pas eu de pogrom, autre expression parfois rencontrée dans la presse juive.

Il n’y a pas de bandes armées, déferlant rue des Rosiers, à Sarcelles ou à Créteil pour ne parler que de Paris.

Arrêtons de dramatiser à l’excès la situation actuelle !

Malgré tout cette situation présente est grave.

Car le seul véritable danger, c’est l’indifférence globale qui règne en France.

Avant 2002, et le gouvernement de Lionel Jospin y compris Jacques Chirac, président de la république, et l’opinion publique étaient tous sourds aux appels de la communauté juive.

Depuis, le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin, sous l’impulsion forte de Nicolas Sarkozy, a pris les mesures les plus urgentes, dont on voudrait d’ailleurs qu’elles commencent à produire quelques résultats.

Mais l’opinion publique n’a pas évolué.

Ce qui devait être une grande manifestation de tous les français (et pas seulement des Juifs) contre l’antisémitisme s’est soldée par un rassemblement assez modeste sans aucune comparaison dans son ampleur avec l’énorme manifestation qui avait suivi la profanation du cimetière de Carpentras.

A l’époque, le président de la République, François Mitterrand, était venu manifester. Quel retour en arrière depuis !

Le danger est là : ce que nous disons n’est plus audible. Et là tout le monde est responsable : les autres et nous. Il faut y réfléchir...







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