Parasha behaalotekha 5764

Chabbath 5 juin 2004 - 16 Sivane 5764 - Début : entre 20 h 09 et 20 h 29 - Fin : 22 h 47
publié le mercredi 2 juin 2004
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Lecture de la Torah : Nombres VIII, 1 - XII, fin : Le Candélabre ; consécration des Lévites ; seconde Pâque : la marche dans le désert ; plaintes et médisance. Haphtara : ZACHARIE, II, 14 - IV, 7 : Vision du Candélabre.

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Commentaire de la Torah :

« L’Eternel parla à MOÏSE dans le désert de SINAÏ, la seconde année de leur sortie du pays d’EGYPTE, le premier mois, en disant : « que les enfants d’ISRAËL fassent la Pâque au temps fixé... Or, il y eut des hommes qui se trouvaient impurs... et qui ne purent faire la Pâque ce jour-là. Ils se présentèrent devant MOÏSE et devant AARON.... Et l’Eternel parla à MOÏSE en ces termes : « Parle ainsi aux enfants d’ISRAËL : si quelqu’un se trouve impur par un cadavre...et qu’il veuille faire la Pâque en l’honneur de l’Eternel, c’est au deuxième mois, le quatorzième jour, vers le soir, qu’ils la feront..... » (Nombres IX, 1 - 11). Le passage que nous venons de citer, se compose de deux parties : 1° Il mentionne le premier anniversaire de la Pâque de la sortie d’EGYPTE. 2° Il nous rappelle l’institution d’une seconde Pâque pour tous ceux qui n’auraient pu célébrer cette solennité à la période prescrite, soit le 14 Nissan au soir. Ces deux faits se suivent chronologiquement. D.ieu devait une nouvelle fois ordonner la célébration générale de la Pâque du désert, afin d’éviter un malentendu pouvant résulter de la première institution. (Exode XII, 25, XIII, 5). Selon ces textes, on aurait pu penser que les règles énoncées ne devaient s’appliquer qu’en Terre Sainte. (IBN EZRA - RAMBAN).

D’autre part, nous sommes là témoins de l’institution de la « seconde Pâque » que nous pourrions considérer comme étant d’ordre individuel. Elle nous donne ici une preuve incontestable et suprême de l’importance que la Loi de MOÏSE attribue à l’individu. Au cas où il serait empêché, pour une raison valable de s’acquitter de ses devoirs, et dans le cas présent, de célébrer la fête de la sortie d’EGYPTE à la date habituelle, D.ieu prend bien soin de lui indiquer une date le concernant et pouvant trouver une solution à son problème. En conséquence, il comprendra dans quelle mesure le Créateur s’occupe de chaque créature dont Il est le Père et le Maître. Bien entendu, il s’agit là d’un enseignement pouvant avoir une portée générale. A l’exception de cas particuliers prévus par la TORAH et devant obligatoirement être soumis à une autorité rabbinique compétente, il ne s’agit pas de se trouver des raisons personnelles pour tenter d’échapper à l’application de tel ou tel précepte de la TORAH.

Pour en revenir à notre texte de référence concernant la seconde Pâque, les avis sont partagés. Selon certains, son mode de célébration ne se limiterait pas seulement aux règles relatives à l’agneau pascal, mais aussi à l’observance de deux jours de fête et à l’abstention de pain levé durant sept jours. (RACHI). Selon d’autres, cette Pâque spéciale n’implique pas l’interdiction du pain levé (MICHNA - PESSA’HIM IX, 3) et n’est célébrée que durant un seul jour. (NACHMANIDE).

Il semble résulter des précisions données dans le verset : « Et ils firent la Pâque au premier mois le quatorzième jour du mois, vers le soir, dans le désert de SINAÏ, exactement comme l’Eternel l’avait prescrit... » (Nombres IX, 5), que les enfants d’ISRAËL n’observèrent plus d’autre Pâque dans le désert. Cette hypothèse est d’ailleurs confirmée par le prophète AMOS disant : "« Est-ce donc que vous m’avez présenté sacrifices et oblations au désert, durant quarante années, ô maison d’ISRAËL ? » (AMOS V, 25)"

Le Talmud n’est pas d’accord avec le SIFRE (texte aggadique sur Nombres et Deutéronome), sur la raison de cette omission. Pour le Talmud, il s’agit d’un cas de force majeure, tandis que SIFRE n’exclut pas une certaine négligence. MAIMONIDE penche pour l’hypothèse la plus favorable en estimant que MOÏSE n’aurait jamais toléré que le peuple commette une violation grave des règles de PESSAH. On peut ajouter une autre raison à la première. En effet, JOSUE nous apprend qu’aucune circoncision ne pouvait être effectuée dans le désert. (JOSUE - chapitre V). Or, nous savons qu’en droit hébraïque, pour être autorisé à consommer l’agneau pascal, non seulement il fallait être soi-même circoncis, mais faire également circoncire ses fils et ses esclaves. (Exode XII, 48-49 - Talmud PESSA’HIM 96 a - YEBAMOTH 70 b). En conséquence, même la génération de ceux qui sortirent d’EGYPTE ne put, légalement, observer la loi pascale que pendant une période très limitée.

Selon OHR HA’HAYIM, le passage relatif à la Pâque inséré à cet endroit, comporte une signification particulière. Il vient compléter l’absolution divine accordée au peuple à la suite du péché du veau d’or. En ordonnant encore une fois d’observer la Pâque, D.ieu leur fit savoir qu’il ne les intégrait pas dans la catégorie d’idolâtres auxquels est refusé le droit de sacrifier l’agneau pascal.

En somme, le but de cette répétition aurait pour objet d’indiquer aux enfants d’ISRAËL, le commencement d’un renouveau moral, afin d’en manifester à D.ieu toute la reconnaissance et d’y puiser des leçons de soumission et d’humilité. Ce sont là des éléments de réflexion dont l’actualité nous concerne tous, car tel est le but essentiel des rites que nous observons et qui nous permettent de nous souvenir constamment tout ce que nous devons à la Providence.

HAPHTARA :

" « Chante et triomphe, ô fille de SION ! car voici que j’apparais pour résider au milieu de toi, dit l’Eternel. Nombre de nations se rallieront à l’Eternel, ce jour-là, et elles deviendront mon peuple ; je résiderai au milieu de toi, et tu reconnaîtras que c’est l’Eternel-Cebaot qui m’a envoyé vers toi. » (ZACHARIE II, 14-15). "

Le début de notre paracha nous parlait du Candélabre qui devait être illuminé dans le Tabernacle et plus tard dans le Temple de JERUSALEM. Notre haphtara nous parle également du Candélabre qui sera à nouveau illuminé, au retour des exilés de BABYLONE. Dans notre texte, nous sommes en présence d’une prophétie visant une période lointaine, à savoir celle de l’époque messianique qui ne pourra être réalisée sans les deux conditions primordiales suivantes : la renaissance complète d’ISRAËL et le ralliement de l’humanité à l’enseignement divin transmis par son peuple élu. Rappelons au passage que ce texte biblique est notamment lu pour le Chabbat coïncidant avec celui de la fête de HANOUKAH.

Cette Haphtara annonce donc qu’un jour viendra où le centre spirituel des Juifs sera situé dans la JERUSALEM restaurée. Même si ce texte a une portée immédiate concernant ZOROBAVEL en tant que chef de la communauté juive à son retour en Terre Sainte, il faut y voir un enseignement d’une portée plus élevée et plus lointaine. En effet, il s’agit là d’une leçon ayant une valeur applicable à tous les temps, et concernant toutes les nations ayant le désir de contribuer au progrès social. Comment ne pas être interpellé et impressionné par ce passage biblique, tiré du prophète ZACHARIE et figurant d’ailleurs au fronteau d’un grand nombre de nos synagogues, dont celle de STRASBOURG ? Nous lisons en effet ceci : "« Ni par la force ni par la violence, mais par mon inspiration, a dit l’Eternel-Cebaot. (ZACHARIE IV, 6)."

Il s’agissait là d’une indication pour le prophète d’avoir à suggérer aux fidèles de son époque de ne pas chercher à se soulever contre l’autorité de tutelle qu’était celle des Babyloniens. Mais en même temps, ce texte souvent cité, a une portée plus large. Il nous fournit une indication selon laquelle la force n’est pas toujours à utiliser, sauf dans des cas bien précis et bien définis. Il vaut mieux parfois utiliser le langage de la douceur, de la diplomatie, pour parvenir à des solutions destinées à préparer l’ère messianique.

Les notions de restauration nationale sur la Terre Sainte, les exigences de pureté et de moralité qui en sont les conditions préalables, sont autant d’impératifs faisant appel à notre sensibilité religieuse et à notre conscience morale. Ce sont les chemins que nous devons emprunter pour construire une société nouvelle digne d’accueillir le Sauveur d’ISRAËL et de l’humanité. C’est donc à cela que le prophète ZACHARIE nous invite à réfléchir.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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