Parasha nasso 5764

Chabbath 29 Mai 2004 — 9 Sivane 5764 - Début : entre 20 h 04 et 20 h 24 - Fin 22 h 40
publié le mercredi 26 mai 2004
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Lecture de la Torah : Nombres IV, 21 - VII, fin : Suite du recensement ; la femme soupçonnée ; le naziréat ; bénédiction sacerdotale ; offrandes des Princes de tribus. Haphtara : JUGES XIII, 2 - 25 : annonce de la naissance de SAMSON.

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Commentaire de la Torah :

Parmi les textes que nous offre la paracha de cette semaine, se trouve un important passage de la Torah , relatif au cas d’une femme soupçonnée de tromper son mari. Par la lecture du septième des Dix Commandements, nous apprenions déjà que la Torah considérait l’adultère comme une faute d’une gravité extrême. Ce texte tenant en deux mots : LO TINAFF, ne commets point d’adultère, ne nous fournissait aucune précision quant au châtiment pouvant frapper les complices d’une telle faute. D’autres passages de la Torah disent clairement que la mort des coupables est la conséquence de leur faute, tel celui-ci : « Si un homme commet un adultère avec la femme d’un autre homme, avec la femme de son prochain, l’homme et la femme adultère doivent être mis à mort. » (Lévitique XX, 10). Nos Sages considèrent une telle conduite comme insensée. Ils prennent donc pour fondement le texte suivant : "« Commettre un adultère c’est être insensé ; qui veut se perdre agit ainsi. » (Proverbes VI, 31)," pour mettre en garde ceux qui laisseraient aller à de tels égarements.

Disant cela, la Torah tient avant tout à nous fournir des règles strictes destinées à la bonne organisation de la société, pour que celle-ci n’en arrive pas à la dépravation des mœurs, nous invitant au contraire à respecter la valeur sacrée du mariage. C’est selon le Judaïsme, la seule manière religieuse pour un homme et une femme d’avoir des relations sexuelles, ayant nécessairement pour objet la procréation, en vue d’établir la famille sur des bases solides, destinées à transmettre non des valeurs matérielles uniquement, mais plus encore, des valeurs spirituelles. C’est d’ailleurs ce qu’a voulu exalter le prophète païen BILEAM, lorsqu’il bénit ISRAËL en disant : « Quelles sont belles tes tentes, ô JACOB ! Tes demeures, ô ISRAËL ! » (Nombres XXIV, 5).

Tout ce que nous venons de rappeler nous amène à parler de l’histoire de la femme soupçonnée par son mari, d’un acte d’infidélité. Notre paracha évoque longuement la question. Elle mérite que l’on s’y arrête. L’époque dans laquelle nous évoluons, nous offre à travers tous les supports médiatiques, le triste spectacle de personnes parlant publiquement de leurs trahisons. Les époux se déchirent, se trompent, ce qui n’est sans doute pas pour faciliter la situation des enfants qui assistent à ces ruptures. Il faut déplorer que nombreux sont les cas d’adultères qui nous sont connus. Certes, la Torah a bien prévu le divorce en cas de mésentente. Quand il n’est plus possible de s’entendre, mieux vaut encore cette solution, à condition que les adultes sachent préserver les aspects psychologiques et affectifs auxquels ont droit les enfants.

Ainsi, pour éviter que des soupçons injustifiés ne viennent assombrir l’atmosphère familiale à laquelle la Torah attache tant d’importance, elle vient nous enseigner que les présomptions les plus graves ne sauraient justifier les soupçons du mari. Il n’y a d’adultère que lorsqu’il y a preuve légale. Si une femme est suspecte d’adultère, sans que son délit puisse être confirmé par des témoins, ce qui justifierait d’office l’obligation pour le mari de répudier son épouse au moyen de la procédure du GUETT, elle est soumise à un cérémonial qui est celui des « eaux amères. » Pour simplifier, en nous référant à la procédure indiquée dans Nombres V, 11-31, la femme devra devant le COHEN, boire une eau contenant un parchemin sur lequel est écrit le nom sacré de HACHEM. Si elle est coupable, elle sera objet de malédiction.

Ce que nous enseigne ce passage de la Torah, c’est qu’il faut deux témoins pour accuser une personne d’un délit. La femme n’est pas obligée de se prêter au cérémonial indiqué, mais alors, elle sera d’office séparée de son mari. En aucun cas, il y aura recours à la torture comme on le voit de nos jours dans certaines sociétés primitives. La justice juive n’est pas basée sur l’aveu. Le Talmud SOTA nous enseigne donc que dans ce genre de situation, l’épouse infidèle ne pourra obtenir aucun dédommagement, au moment où sera prononcée sa séparation avec son mari.

MAIMONIDE estime que l’effet produit par l’eau que l’on donnait à la femme soupçonnée d’adultère (gonflement du ventre) était d’ordre miraculeux et ne peut-être expliqué. Il voit dans ces dispositions autrefois appliquées, une mesure de sagesse extrême afin de préserver la femme de la légèreté et le mari des accès de jalousie irréparables. (Guide des Egarés III, chapitre XLIX). Même si tout cela ne concerne pas le mari infidèle, la Tradition juive a cependant estimé devoir nous mettre en garde contre toute légèreté dans les mœurs, en insistant particulièrement sur la notion de respect que le mari doit témoigner à son épouse, pour que le couple renforcé par un amour sans limites, donne un bel exemple d’équilibre aux enfants.

Si après l’épreuve indiquée dans notre paracha, la femme est reconnue innocente, « la paix revient dans le ménage, et la femme donne naissance à un enfant mâle, la mort de la femme n’est pas causée par le prêtre, mais par le Nom sacré qu’elle a renié. (ZOHAR). Pour faire entrer la Paix dans le foyer, D.ieu va jusqu’à laisser effacer son nom sur le parchemin qui se dissout dans l’eau que doit boire la femme soupçonnée.

Par ailleurs, le ZOHAR estime qu’il y avait dans les « eaux amères » (Nombres V, 18) une allusion aux eaux de MARA - Amertume (Exode XV, 23) qui cachaient des troubles profonds. « Rabbi ELIEZER commença à parler ainsi : « Et ils arrivèrent à MARA et ils ne pouvaient boire des eaux de MARA, parce qu’elles étaient amères. » Je m’étonne que les hommes soient aveugles qu’ils ne voient pas les mystères cachés dans la Loi. Les Egyptiens s’étaient vantés que les enfants nés dans le peuple d’ISRAËL étaient leurs fils, plusieurs Hébreux commencèrent à soupçonner leurs femmes. D.ieu voulut alors ramener la paix dans les ménages et, exerçant lui-même le rôle de prêtre, il indiqua à MOÏSE un morceau de bois à jeter dans l’eau. Su ce morceau de bois était gravé le Nom sacré, comme dans la cérémonie des eaux amères prescrite aux prêtres.

Comme les femmes israélites étaient innocentes et qu’elles n’avaient jamais eu de rapports avec les Egyptiens, elles eurent des enfants dignes, auxquels le Saint béni soit-Il, révéla son Nom, ainsi qu’il est écrit : « D.ieu donna en ce lieu des préceptes et des ordonnances. » (Exode XV, 25). C’est dans ce cadre, que nous devons donc placer le contexte des lois concernant la femme soupçonnée, dont parle notre paracha. Ces lois sont toujours d’une très grande importance et d’une réelle actualité, la nature de l’être humain le conduisant souvent à fauter, mais il peut se racheter par un rapprochement vers les principes de la Torah.

Haphtara :

Dans un grand nombre de passages bibliques, il est fait mention d’un ange s’adressant à tel ou tel personnage. Les exemples sont nombreux. Citons au passage le cas de l’ange qui apparaît à ABRAHAM, lorsque celui-ci s’apprête à obéir à D.ieu qui lui avait demandé de sacrifier son fils unique ISAAC. L’ange l’arrête au dernier moment en lui disant : « Ne porte pas la main sur ce jeune homme, ne lui fais aucun mal. » (Genèse XXII, 12).

Dans le texte de notre Haphtara, il est également question d’un ange. Son apparition ne semble pas surprendre particulièrement les parents de SAMSON. Le père, MANOA’H, insiste même auprès de D.ieu en disant : "« De grâce, Seigneur ! que l’homme divin que tu avais envoyé revienne nous visiter... » (JUGES XIII, 8)." MANOA’H ignorait en fait que c’était un ange de D.ieu, mais croyait avoir affaire à un homme d’inspiration divine. Cette ignorance ne sera dissipée qu’au verset 20 : "Au moment où la flamme s’élevait de l’autel vers le ciel, lange du Seigneur disparut au milieu de cette flamme."

MANAOAH n’a pu s’imaginer être capable de voir une intelligence pure qui, tout en apparaissant sous une forme humaine, n’était en fait pas humaine.

Parlant de l’angéologie, MAIMONIDE relève ce passage, en employant également le terme « mystère » : Voici ce qu’il écrit : « Il s’agit ici d’un grand mystère relatif au prophétisme.... Le terme « MALAK’H (ange) est un nom homonyme qui embrasse les Intelligences, les sphères et les éléments, car tous exécutent un ordre de D.ieu. » Notre auteur souligne la différence existant entre ces forces et les forces corporelles, car les sphères célestes et les intelligences n’agissent pas sans volonté, comme les forces aveugles de la nature sublunaire. « Au contraire, les sphères et les intelligences ont la conscience de leurs actions ». Elles agissent en toute liberté dans le domaine qui leur est confié..... De même, sommes-nous doués de volonté pour agir dans notre sphère. Mais notre régime et notre action sont précédés de privation : nous savons que la puissance précède l’acte, car tout en ayant la faculté d’agir, nous n’agissons pas toujours. Il n’en est pas ainsi des sphères et des intelligences, qui sont toujours en actes. (Guide des Egarés, Livre II, chapitre VIII).

Il s’agit donc là d’un sujet extrêmement complexe. Il nous permet de réfléchir sur la protection mystérieuse dont nous sommes constamment l’objet, grâce aux anges que D.ieu place près de nous, sans que nous en ayant toujours conscience. C’est ce qu’a voulu démontrer MAIMONIDE. Le message divin est bien passé auprès des parents de SAMSON, ce grand héros de notre histoire, qui en son temps, a joué un rôle important pour redonner espoir à son peuple, à un moment où celui-ci se laissait gagner par un relâchement dans ses objectifs religieux. D.ieu devait donc trouver un moyen de faire prendre conscience à ISRAËL, qu’il lui fallait revenir dans le droit chemin. Notre Haphtara, qui est celle de ce chabbat NASSO, nous permet surtout de rappeler la récente fête de CHAVOUOTH, avec les engagements pris par nos ancêtres au pied du Mont SINAÏ, et qu’à notre tour, nous devons sans cesse réactualiser, comme l’ont fait toutes les générations dont nous sommes les continuateurs.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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