Parasha Behar-Be’houkotaï 5764

Chabbath 15 mai 2004 - 24 Iyar 5764 - Début : entre 19 h 50 et 20 h 10. FIN : 22 h 19
publié le mercredi 12 mai 2004
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Lecture de la Torah : Lévitique XXV, 1 - fin du livre : Années sabbatiques et jubilaire. Bénédictions et malédictions ; vœux et dîmes. Haphtarah : Jérémie XVI, 19 - XVII, 14 : Le sort du pécheur et celui du juste.

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Commentaire de la Torah :

Nous sommes à présent dans cette période unique que le calendrier hébraïque connaît sous le nom de la SEFIRAH, autrement dit le « compte ». Il est ainsi fait référence au décompte des jours et des semaines : quarante-neuf jours, soit sept semaines, qui séparent, comme l’on sait, les fêtes de PESSAH de celles de CHAVOUOTH. Dès le deuxième jour de la Pâque juive, à l’époque du Temple de Jérusalem, les israélites étaient tenus d’apporter au Temple, une mesure dite OMER (valeur égale au volume de 43 œufs et un cinquième, mesure prise en compte pour le prélèvement de la pâte, la ’Hala et pour les offrandes). Cette mesure d’orge nouveau était la première offrande offerte pour remercier D.ieu de cette première récolte de l’année. Ce nom de OMER, nous le savons, concerne également la période durant laquelle nous comptons les jours nous séparant des deux premières fêtes de pèlerinage citées plus haut. L’obligation de compter les jours nous permettant de nous préparer à la fête de CHAVOUOTH, celle des semaines, nous a été indiquée dans la paracha précédente, dans Lévitique, XXIII, 15 : « vous compterez chacun, depuis le lendemain de la fête (PESSA’H), depuis le jour où vous aurez offert le OMER du balancement, sept semaines qui doivent être entières. »

La double paracha de cette semaine faisant l’objet de notre étude, débute elle aussi par une même invitation à compter, non les jours, mais les années. Cette ressemblance dans la manière de compter est très frappante. Il est écrit : « Tu compteras chez toi sept années sabbatiques, sept fois sept années, de sorte que la période de ces sept années sabbatiques te fera quarante-neuf ans..... Vous sanctifierez cette cinquantième année en proclamant dans tout le pays la liberté pour tous ceux qui l’habitent. » (Lévitique XXV, 8-10)

Tenant compte de ce que nous venons de rappeler, il conviendrait de poser trois questions : Tout d’abord, quel sens donner à ce parallélisme entre les deux textes nous invitant à compter les jours et les semaines d’une part, les années, d’autre part ? Ensuite, pour quelle raison, les jours séparant PESSA’H de CHAVOUOTH, qui à l’origine, étaient des périodes de joie destinés à se préparer au don de la Loi, ont-ils été transformés en jours de deuil, durant lesquels, comme nous le pratiquons aujourd’hui encore, il nous est interdit de faire couper les cheveux ou se tailler la barbe, et d’organiser des cérémonies de mariages ? Enfin, pour quelle raison, la fête de CHAVOUOTH connue pour être le jour où nous rappelons le don de la Loi au Mont SINAÏ, n’est-elle pas clairement indiquée dans la Torah, avec une date précise dans le calendrier hébraïque, comme c’est le cas pour les fêtes de PESSA’H (15 Nissan) et celle de SOUCCOTH (15 Tichri) ?

La cinquantième année indiquée dans la Bible comme étant l’année du Jubilé, quand le peuple juif vivait en sécurité sur sa terre, signifiait que chaque personne retrouvait sa propriété, sa ferme, tous les esclaves recouvraient leur liberté et toutes les dettes étaient effacées. C’était le présage d’un millénaire nouveau, d’une vision messianique de paix et de sécurité. Notre manière de compter les années sabbatiques pour parvenir aux années jubilaires traduisent notre anticipation optimiste, et l’affirmation de notre espérance d’une société harmonieuse, la Rédemption que D.ieu nous a promise pour être vécue dans la période actuelle.

De la même manière, CHAVOUOTH est la fête des prémices, des premiers fruits, marquant le moment où autrefois, l’agriculteur juif devait apporter et offrir au Temple, les meilleures de ses productions. Cela traduisait une période de bien-être, de tranquillité pour le peuple d’ISRAËL, puisque le Temple était en définitive installé à JERUSALEM. Il a souvent été rappelé que PESSA’H était le commencement de la liberté du peuple juif, grâce à la sortie de l’EGYPTE, cet exode devant cependant conduire les Hébreux vers l’abri dangereux, contestable, étranger, que représentait le désert dans lequel ils séjournèrent durant quarante années.

En conséquence, le décompte des jours séparant nos deux fêtes de pèlerinage reflète notre manière d’anticiper la progression nous conduisant d’une Rédemption débutante vers une Rédemption achevée. Toutefois, une telle anticipation, faite d’anxiété, doit être fondée sur une préparation ardente. Les rêves ne peuvent se réaliser que si nous oeuvrons fortement à les concrétiser. La bonne volonté pour préparer correctement et établir les bases nous permettant d’atteindre notre but, est essentielle. Elle réside simplement dans la différence qu’il y a entre un rêve que l’on fait durant le sommeil et celui que l’on fait quand on est éveillé et actif. C’est là tout l’enjeu de CHAVOUOTH, qui nous invite à sortir du rêve et à mettre en pratique l’enseignement de la TORAH, pour nous permettre de mettre en place la Paix universelle.

Pour bien comprendre cette différence entre les deux formes de rêves dont nous venons de parler, il convient de rappeler la différence existant entre la formule de la bénédiction que nous récitons chaque soir au moment de compter les jours et qui se termine par la formule : LA OMER, et l’expression LAG BAOMER, pour désigner le 33ème jour de cette période triste, rappelant les 33 jours durant lesquels sont morts les élèves de Rabbi AKIBA. La première expression signifie que nous continuons de compter jusqu’au terme des quarante-neuf jours séparant PESSA’H de CHAVOUOTH, tandis que la seconde, nous indique une étape que nous atteignons, à l’exemple de cette dernière fête, terme de notre attente pour recevoir la TORAH.

Nous savons aussi que deux grandes tragédies se sont produites durant les jours séparant PESSA’H de CHAVOUOTH : la mort de vingt-quatre mille élèves de Rabbi AKIBA au second siècle de l’ère chrétienne dont nous venons de parler plus haut, et la destruction de grandes communautés juives tout au long de la vallée rhénane (MAYENCE - WORMS -SPIRE - au moyen-âge). Selon Rav ’HAÏ GAON, (Babylonie - 939-1038), les élèves de Rabbi AKIBA seraient morts durant la guerre que mena BAR KOKHBA contre les Romains. Ils combattirent vaillamment pour défendre la terre d’ISRAËL et JERUSALEM, mais leur combat était obéré par la haine gratuite ou plus exactement le manque de respect qu’ils se portaient les uns au autres, attitude critiquable déjà mentionnée dans le Talmud.

En raison de ses origines Rav Yaacov EMDEN (1696-1776), dans son commentaire sur le Rituel de Prières intitulé « SIDDOUR BETH YAACOV », glorifie le caractère profondément religieux des communautés juives installées durant des siècles tout au long de la vallée du Rhin. Elles ont produit de grands savants dans les premiers siècles du moyen-âge (les Tossafistes, disciples de RACHI par exemple). Mais selon lui, le défaut majeur de ces grands maîtres fut leur apathie pour ce qui concernait l’importance qu’il fallait accorder au pays d’ISRAËL. Or curieusement, ce sont précisément les Croisés en route pour la Terre Sainte pour en chasser les Sarrasins qui ont détruit ces belles communautés.

Quelle leçon tirer de la période religieuse dans laquelle nous vivons avec toutes ces réminiscences historiques ? Notre calendrier ne vient-il pas nous fournir un signal ? En effet, il est clair qu’aujourd’hui plus que jamais, nous devons revivre, à l’approche de CHAVOUOTH, les événements qu’ont vécu les Hébreux à leur sortie d’EGYPTE et leurs lointains descendants en Terre d’ISRAËL. Comme autrefois, nous avons le devoir de nous préparer spirituellement au don de la Loi. Comme toujours, celle-ci doit aussi nous inspirer davantage de sentiments fraternels envers nos coreligionnaires, un plus grand attachement pour la Terre d’ISRAËL, en envisageant d’y séjourner le plus souvent possible ou de nous y installer définitivement. Ce sont les conditions à remplir pour hâter l’avènement du MESSIE.

HAPHTARA :

Le prophète JEREMIE dont nous tirons le texte de notre Haphtara, en rapport notamment avec les bénédictions et les malédictions que nous rapporte notre paracha (Lévitique XXVI, 3 - 46), veut identifier le mal à l’idolâtrie. Il estime que grand nombre de nos malheurs en découlent. Il s’exclame : "« Nos ancêtres n’ont hérité que du mensonge, vanité inutile. Les hommes pourraient-ils se créer des dieux ? Non, certes, ce ne sont pas des dieux. » (Jérémie XVI, 19-20)." Toujours dans ce même passage, le prophète flétrira l’attachement au culte inutile dont ses contemporains n’ont pas hérité et qu’ils désirent pourtant léguer à leurs descendants.

MAIMONIDE s’arrête sur le verset 19 et met l’accent sur l’appel du prophète à lutter contre les mensonges nuisibles : « Tu comprendras combien tout cela est pernicieux et si ce n’est pas là une chose qu’il fallait cesser à tout prix. » (Guide des Egarés, Livre III, chapitre XLIX). A lire cette remarque, on se rend compte de nos jours combien d’entre nous se sont laissé séduire par des idéologies érigées en forme de culte et de divinisation, et l’on sait combien ont été déçus et ont chèrement payé leurs erreurs d’appréciations.

Notre grand maître voit donc dans les commandements divins le seul et unique remède. En cela, il ne s’éloigne guère de la conception du prophète, lequel s’adressant à D.ieu l’implore en disant : "« Guéris-moi, Seigneur, et je sera guéri ; sauve-moi et je serai sauvé, car tu es l’objet de mes louanges. » (verset 14)." Nous savons que ce verset, mis au pluriel, a été introduit, en raison de sa profondeur et la simplicité de sa forme, dans notre prière de la AMIDA, récitée trois fois par jour.

Nous croyons pouvoir ajouter qu’il ne doit pas seulement être question ici de maladies physiques à propos desquelles nous supplions D.ieu de nous accorder la guérison, à nous-mêmes et à nos proches. Cela concerne également les maladies de l’esprit, les défauts qui nous aveuglent dans nos jugements et nous écartent de la voie droite que représente pour nous le chemin de la Torah. Le fanatisme, la haine de l’autre, sont autant de maux dont souffre actuellement notre société. Leur guérison nous semble très longue à obtenir. L’on ne se rend pas toujours compte des dangers de mort que court notre époque. Il n’est pas moins clair que le Judaïsme est d’une grande richesse spirituelle. Entre la vie terrestre et la vie céleste, entre la santé physique et la santé spirituelle qui vont bien ensemble, bref, dans nos choix de vie, la Torah nous propose de sérieuses possibilités d’existence.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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