Profaner au nom de la paix

publié le mercredi 5 mai 2004
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Communiqué émanant des associations suivantes : L.I.C.R.A. (Ligue Internationale Contre le Racisme et l’Antisémitisme), Comité Français pour Yad Vashem, Bn’ai Brit France, E.E.I.F, (Eclaireuses et Eclaireurs Israélites de France), Sassoun (association arménienne d’amitié entre les peuples).

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> Après les profanations perpétrées dans un cimetière juif alsacien le 30 avril dernier, c’est dans un élan unanime que les autorités politiques nationales et les représentants des cultes juif, chrétiens et musulman ont exprimé leur indignation, leur dégoût et leur volonté de lutter contre toutes les formes d’antisémitisme, a-fortiori lorsque l’on bafoue la mémoire des défunts.

> Le 25 avril 2004, à Nanterre, dans le cadre de la journée nationale du souvenir de la déportation et de la résistance, s’est déroulée une cérémonie au cours de laquelle un acte qui peut être qualifié de profanation a été publiquement révélé. Or, il semble qu’aucune des autorités publiques municipales présentes n’y ait vu matière à s’indigner.

> En présence de Mme Fraysse, maire de Nanterre, d’un adjoint et de quelques membres du conseil municipal, étaient rassemblés des associations de déportés politiques, de résistants et d’anciens combattants, sept élèves et leurs parents et des enseignants d’un collège de la ville.

Ce jour était inaugurée une plaque à la mémoire des " déportés nanterriens ", sous cette plaque fut scellée une urne. Une urne rapportée d’Auschwitz-Birkenau, au cours d’un voyage scolaire financé par la mairie de Nanterre, par quelques collégiens du collège concerné accompagnés de leurs enseignants et d’un ancien interné-déporté politique appartenant à l’association Mémoire Vive.

> Le contenu de deux urnes qui leur furent remises fut publiquement annoncé ce dimanche 25 avril : "de la terre prélevée au block 11 d’Auschwitz et des cendres humaines prélevées sur les terrain des bûchers de Birkenau". Le conservateur du Musée d’Auschwitz-Birkenau (site classé en 1979 par l’Unesco, patrimoine mondial de l’humanité) a été le premier relais de cet acte de profanation consistant à souiller puis usurper la mémoire de ceux qui furent précisément privés de sépulture car leurs assassins les jugeaient indignes de ce dernier signe d’humanité.

> Nous rappelons aux acteurs volontaires et témoins silencieux de ce morbide "projet pédagogique" que ces deux urnes contiennent les cendres de femmes, d’enfants, de vieillards, d’hommes qui ne connurent pas l’enfer du monde concentrationnaire puisqu’ils furent directement conduits vers les chambres à gaz pour y être exterminés. En utilisant leurs cendres, les promoteurs directs et indirects de ce projet se sont inscrits dans la continuité du déni d’humanité de ces victimes.

> A qui fut demandé l’autorisation de profaner leurs tombes immatérielles ? A leurs descendants quand il y en eut ? Aux associations qui oeuvrent quotidiennement afin que la mémoire des victimes soit respectée ?

> Dans un retournement idéologique qui s’apparente à une volonté de rapt mémoriel, une association d’internés-déportés politiques et des enseignants de l’Education nationale induisent dans l’esprit des élèves - qu’ils prétendent former - un amalgame entre camps de concentration et camps d’extermination. Cette confusion vise notamment à exclure toute réflexion sur la spécificité de la Shoah.

> Au cours de cette cérémonie "commémorative", à aucun moment ne fut évoquée la Shoah, Auschwitz-Birkenau a semblé être un camp où était indistinctement déportés et tués les opposants des nazis. De plus, personne dans l’assistance ne parut choqué d’entendre des collégiennes expliquer que "ces urnes représentaient leurs espoirs pour un avenir de paix " et qu’elles en feraient donc "des ambassadrices de la paix".

> Comment la mort des déportés gazés puis brûlés à Birkenau peut-elle être un signe de paix, donc de vie ? Comment ose-t-on profiter de l’immatérialité de ces millions de sépultures (préméditée par les nazis) pour profaner leur restes et leur mémoire ?

> La première urne a été scellée à la mairie, mais que deviendra la deuxième ? Elle sera promenée comme un spectacle de lieu en lieu ?

> Qui oserait ouvrir les caveaux des anciens combattants de la Grande guerre pour promener leurs ossements en les qualifiant d’ambassadeurs de la paix ? A quand des projets "pédagogiques" dans les charniers bosniaques ou rwandais au nom des droits de l’Homme et du " rejet de la guerre " ?

> Oui, comme l’on dit ces jeunes collégienne la "paix est la grande morale internationale à suivre" mais est-ce en violant les sépultures qu’on la défend ? Est-ce en mêlant la mort à un projet d’espoir pacifique que l’on agit pour le bien de l’humanité ? La culture de ceux qui sont morts à Birkenau célèbre la vie. Leurs descendants directs ou indirects, les gardiens de leur mémoire n’ont jamais usé de leurs restes comme de reliques auxquelles on vouerait un culte. La Shoah n’est pas une religion.

> La Shoah appartient à la mémoire universelle et cela n’induit en aucune manière le droit de l’instrumentaliser. Ses lieux de mémoire sont des espaces de recueillement solennel, de réflexion individuelle et intime et non des parcs d’attraction d’un nouveau genre desquels on revient avec des "souvenirs".

> Nous refusons au nom de la dignité humaine et de la mémoire des êtres défunts de voir utiliser le crime d’Auschwitz, qui plus est en l’habillant d’un discours faussement humaniste.

> Nous appelons donc la municipalité de Nanterre qui a soutenu financièrement le projet, ainsi que la direction de l’établissement scolaire qui l’a encouragé, à s’exprimer publiquement sur cet acte que nous considérons comme une profanation.

> Nous demandons que ces urnes soient remises au Comité Français Yad Vashem qui se chargera de les rapporter là où elles furent indûment prélevées, dans le silence et le respect qui s’imposent à ceux qui savent ce que signifie honorer la mémoire des morts.

> Pour contact : Melle LEFEBVRE (06.60.70.87.66.) membre de la LICRA (commission Education)

ECRIVEZ AU MAIRE DE NANTERRE


Mme le Dr. J. Fraysse

Maire de Nanterre

92000 Nanterre

J’ai appris que le 25 avril, à Nanterre comme à Herrlisheim, on a profané des sépultures juives, dans une cérémonie de commémoration à laquelle vous assistiez.

Des cendres juives et de la terre ont en effet été ramenées d’Auschwitz par des enseignants, et une urne a été scellée devant votre Mairie. La plaque commémorative et les discours auraient mentionné la déportation, sans faire allusion au fait que ces personnes ont été assassinées parce qu’elles étaient juives, sans faire la différence entre camp d’extermination et camp de concentration.

Madame le Maire, je vous prie de bien vouloir faire ramener ces cendres avec précautions à Auschwitz, par une association juive de préférence qui saura quelle dignité accordée à ces restes humains profanés, afin qu’on laisse en paix les morts du plus grand cimetière du monde.

Veuillez croire, Madame, à l’expression de ma profonde émotion.

Signature



David Levy
webmaster




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