Parasha Emor 5764

Chabbath 8 mai 2004 — 17 Iyar 5764 - Début : 19 h 42 à 20 h 02 - Fin : 22 h 08
publié le lundi 3 mai 2004
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Lecture de la Torah : Lévitique XXI, 1 à XXIV, fin : Les prêtres, les sacrifices, les fêtes. Haphtara : EZECHIEL, XLIV, 15 - fin : Les prêtres du temple futur.

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Commentaire de la Torah :

« Gardez mes commandements et pratiquez-les : je suis l’Eternel. Ne déshonorez (profanez) point mon saint nom, afin que je sois sanctifié au milieu des enfants d’ISRAËL, Moi l’Eternel, qui vous sanctifie, qui vous ai fait sortir du pays d’Egypte pour devenir votre D.ieu : je suis l’Eternel. » (Lévitique XXII, 31-33).

Le premier de ces versets de la Torah cités, nous indique, selon le commentaire de RACHI, qu’il s’agit d’abord d’étudier (OUSHEMARTEM = vous observerez, vous garderez), et ensuite de faire, de réaliser, (VAASSITEM = vous ferez). On peut donc aisément comprendre le sens de cette remarque de RACHI, car, comme le dit HILLEL : « L’ignorant ne peut être véritablement pieux. » (ABOTH II, michna 5). En conséquence, cette expression de « vous garderez », sous-entend l’obligation pour nous d’étudier la Torah pour en comprendre le mieux possible tous les enseignements.

De son côté, IBN EZRA, pratiquement de manière identique, tient à ajouter la mention « BE LEV - dans le cœur. » Il veut ainsi nous rappeler combien il est important de ne jamais perdre de vue l’importance de ce que veut nous enseigner la Torah. Il nous invite donc à ne jamais cesser d’étudier la Torah. Le Talmud dans KIDOUCHINE 40 b nous en fournit la motivation en précisant : « L’étude mène à l’action. » Ce texte talmudique nous rapporte en effet une discussion qui eut lieu entre Rabbi TARPHONE et les Sages de son époque, discussion au terme de laquelle on adopta le principe selon lequel l’étude primait sur l’action puisqu’elle permettait d’y parvenir. Un des maîtres du Talmud, Rav HAMENOUNA dit en effet qu’au jour du Jugement dernier, l’homme sera mis en question pour son implication dans l’étude, selon le texte de Proverbes XVII, 14 disant : « Le début d’une dispute, c’est comme une écluse qu’on ouvre. » Il est question ici d’eau, qui par principe désigne toujours la TORAH. Si l’on tente de bien comprendre le sens de la TORAH, on parvient à éviter les disputes, les confrontations, car elle nous permet de réaliser de bonnes actions.

Pour sa part, NACHMANIDE, connu sous les initiales de RAMBAN, est d’avis que notre verset cité plus haut s’applique aux sacrifices dont il est beaucoup question dans nos lectures hebdomadaires. Selon lui, la recommandation formulée par la TORAH d’avoir à observer ses commandements, s’applique en effet aux sacrifices auxquels il convient d’apporter une très grande attention, de sorte que l’animal offert ne comporte au défaut au risque d’être disqualifié, tout comme le seraient d’ailleurs les prières que nous récitons. Si elles ne comportaient pas la ferveur requise, elles n’auraient aucune valeur.

Pour bien comprendre l’observation de RAMBAN, nous devons nous replacer dans la situation de celui qui autrefois avait commis une faute qu’il devait réparer au moyen d’un sacrifice. Selon cet exégète, pour éviter de commettre une faute, il convient donc d’être très attentifs à nos devoirs religieux. Toute l’existence juive doit être marquée par une vigilance absolue à l’égard de notre Torah. Elle seule nous sert de guide. Partant de cette remarque, on peut dire que si l’on néglige la Torah, il ne faut pas s’imaginer pouvoir réparer ses erreurs par le simple fait d’apporter des sacrifices permettant d’obtenir le pardon des fautes commises. A cet égard, IBN EZRA, déjà cité, fait remarquer à propos de notre verset : « VASSITEM OTAM - vous les réaliserez, complété par la formule ANI HACHEM - je suis l’Eternel », que cette dernière mention signifie que D.ieu est seul en mesure de scruter le cœur de l’homme pour tout ce qu’il fait.

Ce que nous venons de dire se rattache aussi avec la suite des versets où nous lisons : « Ne déshonorez point mon saint nom ». Sur ce verset, il est intéressant de rappeler que Rabbi YOHANAN, dans le Traité de YOMA, pose la question suivante : « A quoi peut ressembler une profanation ou le déshonneur de HACHEM ? » Et de répondre : « Par exemple, si je parcours une distance de quatre coudées (environ deux mètres) sans étudier la Torah ou sans porter des TEPHILINES (à l’époque où l’usage était de porter les TEPHILINES toute la journée). Ce Maître voulait surtout mettre l’accent sur le fait de risquer de négliger l’étude de la Torah. Sur ce passage talmudique, RACHI fournit le commentaire suivant : « personne ne sait que je suis fatigué durant mes recherches, et personne ne comprendra la raison pour laquelle je n’étudie pas, car je me suis affaibli. En me voyant, tous penseront que l’on peut donc négliger l’étude. » Il s’agit là d’une belle remarque de l’un de nos grands maîtres, connu pour sa simplicité et son assiduité à l’étude.

Mais ce qui est très important pour un juif, c’est de pouvoir réaliser la seconde partie du verset disant : « Je serai sanctifié au milieu des enfants d’ISRAËL. » (Lévitique XXII, 32). C’est en effet sur ce passage que nous nous fondons pour comprendre l’importance du KIDDOUCH HACHEM, la sanctification du nom divin, faisant dire à MAIMONIDE que cela concerne l’ensemble de la communauté. On peut noter à cet égard qu’au cours de l’histoire, tous ceux qui ont refusé d’abjurer la Foi d’ISRAËL, au péril de leur vie, ont ainsi sanctifié le nom divin. Pour notre époque, cela vaut bien entendu pour nos millions de martyrs de la SHOAH, victimes d’une folie meurtrière, pour le seul crime d’être nés juifs. Il s’agit en général de l’abnégation absolue de sa personne (MESSIROUTH NEFESH) que doit faire un juif pour glorifier D.ieu. C’est ce qui donne toute sa signification à cette notion de KIDDOUCH HACHEM. Mais cela prend tout son sens quand on agit au milieu des enfants d’ISRAËL, comme nous le verrons un plus loin..

Il est particulièrement intéressant de noter de quelle manière RACHI met l’accent sur cette notion de KIDDOUCH HACHEM. Commentant la première partie du verset disant : « Ne déshonorez point mon nom », il considère qu’il y a là une interdiction d’agir de telle sorte que l’on risque de provoquer une profanation du nom divin, en transgressant volontairement les paroles divines. Mais, considérant que ce n’est pas suffisant, RACHI poursuit en disant : « puisqu’il est écrit « je serai sanctifié au milieu des enfants d’ISRAËL », cela s’applique au juif menacé de mort s’il ne veut pas commettre les trois fautes graves que constitue « l’idolâtrie, la débauche sexuelle et le meurtre. » Selon notre Tradition, nous devons fermement refuser de commettre ces catégories de fautes. RACHI, encore une fois, insiste en disant : « Livre-toi au martyre et sanctifie mon nom, sous condition que toute la communauté d’ISRAËL se sente menacée « BETOKH BENEÏ ISRAËL ». La sanctification n’aurait pas la même portée si l’on se trouvait tout seul, avec l’espoir de voir se réaliser un miracle pour un seul individu. Le martyre de nos six millions de morts durant la SHOAH reste donc profondément gravé dans notre mémoire. Il est l’exemple tragique de ce que nous enseignent nos Maîtres.

C’est donc une allusion très claire sur la manière de défendre le Judaïsme. Rares sont les êtres d’élites capables de témoigner d’une attitude héroïque. On en a eu cependant de nombreux exemples durant la période de la SHOAH et la guerre d’Indépendance de l’Etat d’ISRAËL. Aussi, tous les commentaires s’appliquent-t-ils à dire combien il est important de réaliser le KIDDOUCH HACHEM, dans le peuple d’ISRAËL, quand la collectivité est menacée. Pour parvenir à témoigner de cette grande vocation du peuple juif, il ne faut pas oublier l’importance de la recommandation biblique : « Vous observerez mes commandements. » (Lévitique XXII, 31).

Car c’est bien la TORAH qui constitue notre seul moteur d’énergie, la source de toute notre action. Ceux qui auraient tendance à l’oublier ou à la négliger, passeraient sans nul doute à côté de l’essentiel. C’est pour le respect de la TORAH, que les HEBREUX sont sortis d’EGYPTE. C’est grâce à notre mise en pratique de ses préceptes que tout au long de l’Histoire, nous avons bénéficié d’une protection particulière de la part de D.ieu. D’ailleurs, avant de nous enseigner l’importance du CHABBAT et des fêtes, il est bien précisé : « Moi, l’Eternel, qui vous sanctifie, qui vous ai fait sortir du pays d’Egypte pour devenir votre D.ieu : je suis l’Eternel. » (Lévitique XXII, 33). La sortie d’Egypte et toutes ses conséquences sur le devenir du peuple juif n’avaient d’autres justifications que celles de faire de nous des êtres responsables, dignes d’appartenir au peuple élu.

HAPHTARA :

Le début de notre paracha nous parlait des règles que devaient observer les prêtres (COHANIM) dans leur vie personnelle. Elles sont toujours en vigueur de nos jours, malgré l’absence du Temple de Jérusalem. Le COHEN doit notamment observer l’interdiction de pénétrer dans un cimetière ou dans une maison où se trouverait une personne décédée n’appartenant pas à sa famille proche (père, mère, épouse, enfants, frères ou sœurs non-mariées). Il y a donc là des règles spécifiques de pureté qui lui sont imposées. De plus, il ne peut contracter n’importe quelle union. Ainsi, il ne peut épouser une femme de mauvaises mœurs, (prostituée), déshonorée (issue du mariage d’un COHEN avec une personne qui lui serait interdite), ou une femme divorcée. Il lui est également interdit d’épouser une femme non-juive même si elle est convertie selon la HALAKHA. Comme référence à ce qui vient d’être dit, il convient de se reporter à Lévitique XXI, 1 - 15).

C’est donc en complément à ces interdits, que nos Maîtres ont adopté pour texte de la Haphtara devant être lue ce chabbat, selon le rite sefarade, le texte du prophète EZEZCHIEL XLIV, 15 à 31.

Nous commenterons ici le verset 24 disant : "« Ils observeront mes doctrines et mes statuts pour toutes mes solennités, et ils sanctifieront mes sabbats. »" Il ne s’agit pas ici du degré d’observance des jours fériés, comme certains le supposent, car la TORAH est à ce point de vue la même pour le simple israélite comme pour le COHEN. Selon RADAK, il faut lire : « Ils observeront mes fêtes et mes sabbats, sous le rapport des sacrifices et autres offrandes dont la responsabilité leur est confiée. » En acceptant cette interprétation, on pourrait comprendre ceci dans le sens suivant : « Dans toutes mes solennités, ils observeront mes doctrines et mes statuts. », seulement dans les solennités, mais pas dans d’autres circonstances. Aussi, tout en soulignant le rôle qu’ont à jouer les prêtres, EZECHIEL veut aussi mettre l’accent sur le fait que l’observance des fêtes et des solennités religieuses nous incombe à tous, sans distinction.

Une autre interdiction de droit commun vient particulièrement s’adresser au prêtre : "« Tout animal mort ou déchiré, soit volaille soit quadrupède, les pontifes ne pourront en manger ». (verset 31)." Déjà dans la TORAH, dans notre paracha de EMOR (Lévitique XXII, 8) il était écrit : « Une bête morte ou déchirée, il (le COHEN) n’en mangera point ; elle le rendrait impur : je suis l’Eternel ». La fin de ce verset souligne la conséquence de cette transgression pour le pontife. IBN EZRA, sur ce verset précise : « La souillure attachée à cette consommation a pour le prêtre une gravité particulière, en ce qu’elle l’exclut momentanément de l’exercice de ses fonctions. Cette défense est donc spécialement intimée aux prêtres, à cause de l’impureté résultant de sa violation, impureté qui le concerne plus que personne.

Cependant, n’oublions pas que le Judaïsme ne connaît pas de pompe pontificale. Nous sommes tous une nation de prêtres. Dans l’exercice du culte, il n’est pas nécessaire de faire appel à des ornements extérieurs comme marque d’orgueil devant la grandeur de D.ieu. En somme, les prêtres aussi bien que tous les fidèles doivent trouver leur raison d’être dans une existence mise au service de D.ieu, en conformité avec Sa Loi. Les prêtres doivent simplement considérer qu’ils ont plus de devoirs que les autres, et ils doivent s’efforcer de s’en montrer dignes.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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