Rencontre avec Marc Lévy

Article paru dans Actualité Juive, le Jeudi 29 avril 2004
publié le jeudi 29 avril 2004
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(JPEG) Associé dans un cabinet d’architecture, Marc Lévy est devenu écrivain pour son fils, juste pour lui dire qu’il faut aller au bout de ses rêves. Le succès planétaire de son premier livre : « Et si c’était vrai », le projette dans les hautes sphères de la littérature. L’engouement du public pour son style d’écriture se confirme avec les deux romans suivants. Son nouveau livre : « La Prochaine fois » est déjà numéro un des ventes. Mystérieux et avare de mots lorsque l’on lui demande de parler de lui, il s’adresse à la communauté juive de France pour parler de sa foi, de son espoir de Paix entre les peuples et de son amour pour l’Humanité.

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Actualité Juive : Vous avez un parcours atypique, vous n’êtes pas comme le héros de votre nouveau livre : vous n’attendez pas la réincarnation suivante pour changer de destin ! ?

Marc Lévy : Non. Je n’attendrai pas la prochaine fois, la prochaine vie pour réaliser les choses qui me tiennent à cœur. J’ai été tout d’abord secouriste à la Croix rouge puis j’ai créé une société, spécialisée en images de synthèse. J’en ai créé une autre aux Etats-Unis, mais j’en ai perdu le contrôle et je suis rentré à Paris, ruiné. Avec des amis, j’ai développé un cabinet d’architecture qui a fonctionné. Puis, il y a eu mon premier roman « Et si c’était vrai » motivé par le besoin d’écrire à l’homme que deviendrait mon fils. Je voulais lui dire qu’il faut toujours aller au bout de ses rêves et ne jamais laisser personne l’en empêcher. Avec ce succès inattendu et l’achat des droits de mon premier livre par Spielberg, j’ai réalisé non pas un rêve de succès, mais un rêve de liberté. Je ne pouvais pas ne pas prendre le risque d’aller jusqu’au bout, cela aurait été mentir à mon fils. Alors j’ai continué à écrire.

A.J. : Avez-vous tenté de c ! omprendre ce succès qui traverse les frontières ?

M.L. : Non, ce serait dénaturer mon travail. Je me pince et j’avance. Pour la sortie de chacun de mes romans, je me prépare toujours à l’échec.

A.J. : Comment décririez-vous ce nouveau roman ?

M.L. : J’ai été possédé par cette histoire. C’est une grande aventure amoureuse, un voyage dans le temps et dans le monde de la peinture. C’est pour moi, mon meilleur livre.

A.J. : Que ferez-vous la prochaine fois ?

M.L. : Si je me réincarne ? J’essayerai de retrouver les gens que j’aime.

A.J. : Vous abordez dans ce roman, le thème de la réincarnation, croyez-vous, comme dans la Kabbale, que toutes les âmes sont soumises aux épreuves de la transmigration ?

M.L. : Dans mon livre, le thème de la réincarnation n’est pas une croyance personnelle. C’est une métaphore utilisée pour parler de l’éternité du sentiment.

A.J. : Votre vision de l’amour est très féminine, romanesque...

M.L. : J’ai une grande admiration pour les femmes. Elles ont une vision plus pure, plus idéaliste de l’amour. Les hommes sont cyniques et leurs attitudes détruisent la force des sentiments. Le cynisme est un arôme au goût trop amer que je ne pratique pas.

A.J. : Vous ne parlez pas beaucoup de vous, de votre judaïsme, de vos croyances...

M.L. : Pour moi, il y a une grande différence entre la croyance et la religion. La religion est une interprétation collective de la foi qui reste à mon sens très individuelle. La religion donne des règles et des lois établies par les hommes, pour gérer et diriger les hommes. Les religions sont sources de guerres et d’enfermement de la pensée. Il y a des Sages magnifiques dans la religion juive, mais pour moi la foi est avant tout une question de liberté. Lorsque mon fils est né, j’ai planté un olivier dans un pot que je transporte partout, il représente l’Arbre de vie. La tradition prend souvent racine dans des valeurs symboliques et c’est peut-être ma façon ! d’être juif.

A.J. : Vous vivez en Angleterre, mais vous devez être au courant de la multiplication des actes antisémites en France... Quelle vision en avez-vous ?

M.L. : Il y a en Angleterre, un calme général, une nonchalance qui est très agréable. C’est un pays où l’on continuait à boire le thé pendant que les bombes tombaient. En France, tout le monde parle beaucoup d’antisémitisme et très peu d’autres formes de xénophobie liées à la différence. Lorsque j’étais à l’école primaire dans le Sud de la France, j’étais traité de sale juif au moins deux fois par jour, je pensais que mes copains de classe étaient antisémites. Plus tard, j’ai appris que j’étais le seul juif et qu’ils ne savaient pas ce que c’était. Il faut dissocier la bêtise et la culture de l’antisémitisme. Toutes les communautés minoritaires sont victimes de l’agression gratuite des gens incultes. Dès que l’agressé est sémite, il y a une coloration plus forte et plus douloureuse mais mon optimisme me pousse à croire qu’une grande partie des antisémites ne savent pas de qui ils parlent. Je pense que le traitement de ce fléau ne se fera jamais par la colère mais par la connaissance et le savoir.

A.J. : Que ressentez-vous au sujet du conflit israélo-palestinien ?

M.L. : Personne ne connaît la clé de la Paix, mais Jérusalem doit être une terre de partage. C’est une terre embryon de plusieurs religions et cette ville devrait être un symbole d’intégration dans le monde, au lieu d’être une terre telle qu’elle est. Je pense que les extrémistes religieux sont tous coupables. Cette guerre n’aura pas de solution tant que le peuple d’Israël et le peuple de Palestine n’auront pas eu le courage politique et social de faire taire les extrêmes d’un côté comme de l’autre, alors les réunions de la Paix ne seront pas interrompues systématiquement par des poseurs de bombes.

A.J. : Croyez-vous encore que la paix est possible ? M.L. : Je vais vous raconter une histoire qui m’ est arrivée, il y a quelques mois. Comme vous le savez peut-être, je suis fils d’un grand résistant déporté, mes grands-parents ont été déportés à Auschwitz. L’année dernière, je faisais ma tournée de promotion en Allemagne dans la librairie située dans la gare de Leipzig, la plus grande gare d’Europe. C’était une lecture payante. Il y avait devant moi 300 personnes qui m’écoutaient et qui souriaient. Une traductrice lisait des passages de mon livre en allemand. J’avais le dos tourné à la vitrine et j’entendais le haut-parleur annoncer les départs de train. Dans toutes les vitrines, il y avait mes livres avec le nom de Marc Lévy. J’ai repensé alors à mon père, il y a cinquante ans qui en descendant du train s’était pris un coup de crosse dans le visage parce que sa tête ne revenait pas au soldat SS qui gardait son convoi. Je me suis demandé ce qu’aurait pensé mon père si on lui avait dit qu’un jour, les Allemands paieraient pour acheter le livre de son fils. Alors que ceux qui me di ! sent aujourd’hui que la réconciliation entre les peuples n’est pas possible se taisent. Je crois fondamentalement à la possibilité d’une grande amitié future entre le peuple juif et le peuple de Palestine. Je ne suis ni politicien, ni militaire, les problèmes sont difficiles à régler, mais il faut réussir à redonner un espoir à ces enfants, nourris par la haine depuis vingt ans.

A.J. : Peut-on dire que Marc Lévy est un idéaliste ?

M.L. : Oui, je suis un idéaliste et très heureux de l’être resté.







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