Discours de M. Nissim ZVILI, Ambassadeur d’Israël en France à l’occasion de la journée de Yom Hashoah organisée par le MJLF

publié le lundi 19 avril 2004
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Mesdames, Messieurs,

Je suis très touché de venir sur cette Place du Vélodrome d’Hiver.

Très ému de remettre les pieds dans cet endroit, de sinistre mémoire, où les juifs de France ont été parqués comme des bêtes.

Mais ils avaient été raflés, sous le Gouvernement de Vichy, à une époque où l’état d’Israël n’existait pas encore.

A une époque où les juifs du monde étaient seuls.

Ils n’avaient personne pour les représenter.

Aucun refuge, aucun foyer national. Ils étaient vulnérables, fragiles, incrédules.

Jamais ces femmes, ces vieillards, ces enfants de France n’auraient pu imaginer l’horreur de la cruauté qui allait les mener dans les chambres de la mort et les réduire en squelettes, avant même de mourir vraiment.

Plus de 76.000 juifs de France sont partis de France pour ne plus revenir.

Disparus en fumée dans les cheminées d’Auschwitz.

Evaporés.

Le MJLF s’en souvient cette année encore pour que jamais nul n’oublie.

Pour que jamais, plus jamais, aucun juif ne soit traité de la sorte.

Plus jamais.

Israël existe.

Israël veille à la sécurité, non seulement de ses concitoyens mais du peuple juif tout entier.

Je dois vous dire que, chez nous, on s’est souvent posé la question suivante, une question difficile, une question terrible :

« Est-ce que la Shoah a été nécessaire pour que puisse naître l’Etat d’Israël ? »

Naître sur les cendres de tant de victimes !

Et pourtant c’est une question que l’on se pose, que l’on ne peut pas ne pas se poser et à laquelle on ne peut pas répondre.

Que dire aux enfants qui nous la posent ?

Si ce n’est que nous vivons le présent avec, en nous, la mémoire du passé.

La Shoah fait partie intégrante de nous-mêmes, que nous le voulions ou pas.

Elle est un traumatisme pour nous tous, même pour les enfants qui ont vécu en Israël.

Mais ils ont vécu avec leur histoire.

Elle leur colle aux tripes.

Ils l’ont étudiée dans les livres, ils entendent les derniers survivants leur en parler et ils relèvent la tête parce qu’ils vivent dans un pays libre auquel il manque l’indispensable, à savoir La PAIX.

Mais c’est en gardant en tête le terrible enseignement de la Shoah que nous parviendrons un jour à cette paix que tout le monde croit inaccessible.

On ne peut vivre sans y croire.

C’est avec le passé qu’on construit le présent.

La Shoah est ancrée dans nos consciences, elle nous guide pour construire l’avenir.

Elle nous guide pour espérer bâtir la Paix sur ses décombres.

Un jour. Bientôt. Pourquoi pas demain ?

On dit qu’en Israël on ne parle que de Sécurité.

Cela paraît même exagéré vu de l’extérieur.

Oui c’est vrai on parle de sécurité, on ne vit que pour préserver la sécurité de nos concitoyens.

Chaque attentat est un nouveau traumatisme et nos ennemis le savent.

Alors on se protège comme on peut.

On construit même une « barrière de sécurité » pour se protéger.

« Pour ceux qui ont connu les ghettos » disent certains, « c’est un comble » ....

Mais quel autre peuple au monde, plus que le peuple juif, doit avoir en tête ce principe de protection.

Le problème de sécurité, que tous les pays du monde prennent enfin en compte aujourd’hui, est crucial pour Israël.

Et aujourd’hui, ce problème prend une dimension toute particulière.

Le peuple juif a toutes les raisons au monde d’être vigilant, de ne jamais oublier ce qui lui est arrivé et de tirer des leçons de l’Histoire pour aller de l’avant.

Israël ne peut se permettre le luxe d’une minute d’inattention.

Le traumatisme de la Shoah nous a rendus vigilants à tout jamais.

Heureusement, la France d’aujourd’hui est loin de ressembler à la France de Vichy.

Mais l’ampleur du phénomène de la banalisation des actes antisémites, que traverse actuellement la société française paraît de plus en plus inquiétant. Parce que ce sont les esprits les plus fragiles qui s’en emparent, qui s’en imprègnent.

Il y va de l’avenir des nouvelles générations.

Les incidents sont quotidiens, souvent inquantifiables.

Un mot, une insulte, une gifle, un coup.

Trois fois rien

Trois fois trop.

Certes la banalisation est difficile à combattre.

Nous savons à quel point les mots seuls peuvent tuer mais je tiens à saluer ici la politique française de lutte contre l’antisémitisme.

Elle sera efficace à moyen terme.

La France est le seul pays d’Europe à avoir pris des décisions pour lutter contre ce fléau et à les avoir appliquées.

On sait que la tâche est longue et difficile mais on fait confiance à la démocratie française pour rétablir la barre.

Le Président Jacques Chirac a lui même donné l’exemple ici-même en Juillet 1995 en rejetant avec force ce que fut l’antisémitisme, ce que fut la France de Vichy, rendant ainsi justice et honneur à la République Française.

La parenthèse était ainsi refermée mais pas pour autant oubliée.

Heureusement, la France ne fut pas toute noire. D’un côté les collaborateurs certes

Mais de l’autre ceux qu’on a appelé « les Justes des Nations », ces gens, souvent humbles et modestes qui ont sauvé des juifs au mépris de leur vie et à qui je remets la médaille des Justes, au nom de l’Etat d’Israël, toujours avec la même émotion.

Il faut que les jeunes sachent.

Car l’enseignement de la Shoah est primordial.

Il faut montrer pour dire l’indicible.

C’est ce que font d’anciens déportés courageux qui, inlassablement, conduisent les jeunes issus des cités difficiles de banlieue à Auschwitz où sont amoncelés des monceaux de cheveux, de chaussures, de lunettes, où l’on sent un mélange indéfinissable d’odeur de mort, où l’on entend les aboiements des chiens,

où l’on imagine plus qu’on ne voit.

Où l’on imagine l’inimaginable qui était pourtant la réalité.

Cette réalité c’est en la montrant qu’il faut la faire ressentir aux générations futures.

Ils reviennent de ces voyages transformés.

Les déportés qui les ont accompagnés nous l’ont dit.

Il faut qu’ils sachent.

On sait trop à quel point l’ignorance mène à l’horreur.

On sait à quel point l’homme peut devenir une bête.

En Israël, au musée Yad Vashem, se trouvent 6 millions de sépultures virtuelles alors que le pays compte près de 6 millions d’habitants

C’est lourd à porter pour un pays qui a vécu dans la guerre alors qu’il n’a qu’un désir : la PAIX.

Car il n’y a pas d’avenir sans la Paix

Il faut y croire.

On n’a pas le choix.

Le chemin sera encore long, douloureux, difficile. Mais il suffit qu’il soit pavé de bonnes intentions.

Israël est prêt à tout pour parvenir à la paix, sauf à sacrifier sa sécurité. Les concessions n’ont jamais fait peur à l’état d’Israël, même si elles s’effectuent pas à pas.

Mais la seule chose qui compte, ce qui est primordial pour nous tous c’est l’avenir de nos enfants, de tous les enfants de la région dans la paix et la sécurité la plus totale.

Je le répète : nous voulons y croire, nous y croyons, nous y parviendrons.

Qu’Israël soit né sur les décombres de la Shoah ou pas, qu’importe. L’essentiel est qu’Israël soit là aujourd’hui et que plus jamais son existence ne soit remise en question.

Plus jamais, sur le sol de l’Europe, ou ailleurs, une telle horreur ne pourra se reproduire.

Avec la force de nos convictions, avec la mémoire de notre passé, animés d’une volonté inégalable, inébranlable, croyez-moi nous y veillerons.

Je vous remercie.

Nissim Zvili



Nissim Zvili
Ambassadeur d’Israël en France




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