Parasha chemini 5764

Chabbath 17 avril 2004 - 26 Nissan 5764 - Début : entre 19 h 19 et 19 h 39 - Sortie : 21 h 33
publié le lundi 19 avril 2004
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Lecture de la Torah : Lévitique IX, 1 - XI, fin : Entrée en fonction des prêtres, animaux purs et impurs. Haphtara : II Samuel VI, 1 - VII, 17 : (Sephardim, jusqu’à VI, 19) : Transfert de l’Arche sainte à la Cité de DAVID.

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Commentaire de la Torah :

« L’Eternel parla ainsi à ARON : « Tu ne boiras ni vin ni liqueur forte, toi, non plus que tes fils, quand vous aurez à entrer dans la Tente d’Assignation, afin que vous ne mourriez pas : règle perpétuelle pour vos générations ; et afin de pouvoir distinguer entre le sacré et le profane, entre l’impur et ce qui est pur, et instruire les enfants d’ISRAEL dans toutes les lois que l’Eternel leur a fait transmettre par MOÏSE. » (Lévitique X, 8 à 11).

Par ce texte, nous constatons que D.ieu adresse la parole à ARON sans l’intermédiaire de MOÏSE et sans même l’y associer, ce qui est tout à fait exceptionnel. Selon IBN EZRA, ce serait là la preuve du don prophétique d’ARON. En outre, D.ieu lui parle en une période de deuil où, d’habitude, une personne affligée est privée d’inspiration (voir MAIMONIDE - Guide des Egarés II).

Rappelons ici que le deuil qui venait de frapper ARON en la personne de deux de ses fils, NADAB et ABIHOU, tragiquement disparus lors de l’inauguration du Tabernacle, serait lié au fait qu’ils auraient été ivres dans ce moment de grande joie collective, selon une opinion de nos Rabbins. Nos Maîtres nous fournissent d’autres raisons quant à cette disparition brutale de ces deux fils d’ARON.

Mais, pour nous en tenir à l’opinion selon laquelle ils se seraient enivrés dans ce grand moment d’enthousiasme, on peut se demander si les lois de sobriété recommandées par le texte cité en introduction, sont imposées aux prêtres en vertu de leurs fonctions sacerdotales ou éducatives, les deux, faisant partie de leurs missions de Cohanim ?

KELI YAKAR trouve dans ce passage adressé à ARON une preuve de son grand mérite personnel, tel qu’il est exprimé au verset 3 : « Et ARON garda le silence. » Cela signifie qu’il ne se laissa pas gagner par la tristesse, malgré l’épreuve affective qu’il venait de subir. Bien au contraire, il sut garder son sang-froid, surmontant sa peine, pour communier avec l’Eternel dans la sérénité qu’exigeait le grand moment, tant attendu de l’inauguration du Tabernacle. On peut alors comprendre qu’en raison d’une attitude aussi digne, malgré le malheur qui venait de le frapper, ARON mérita l’inspiration divine, lui permettant de recevoir le message particulier qui lui était adressé. Par son comportement exemplaire, ARON témoigne mieux que jamais et mieux que quiconque, combien il était digne de la prêtrise. En effet, celle-ci exige, plus que toute autre fonction, des qualités d’abnégation et de renoncement hors du commun.

A cet égard, nous avons personnellement le souvenir de nombreux chefs spirituels, qui, durant la sinistre période de la SHOAH, n’hésitèrent pas, au péril de leur vie, ainsi que bon nombre de nos coreligionnaires, à tout mettre en œuvre pour tenter de sauver des vies humaines, en les cachant pour les soustraire à l’ennemi. Nous connaissons également beaucoup de fidèles, qui malgré un deuil cruel, sont parvenus à surmonter leur douleur pour continuer leur action au service de l’humanité. Nous avons le devoir de rappeler tout cela ici-même, à quelques jours de la célébration annuelle du YOM HASHOAH ayant lieu le 27 Nissan. Aucune explication possible à cette tragédie de notre peuple, mais nous constatons que parmi ceux ayant contribué à la Renaissance et à la construction de l’Etat d’ISRAËL, il y eut de nombreux rescapés des camps de la mort. C’était la réponse moderne de ce que la Torah nous enseigne à propos du silence qu’observa ARON après la mort de ses deux fils, et malgré cette lourde peine, il continua d’assumer sa mission sacerdotale.

Pour en revenir à notre sujet, le prêtre ne s’appartient pas, pas plus que le rabbin ou une autre personne acceptant d’assumer des fonctions publiques. Comme nous l’avons déjà indiqué, le prêtre a pour mission de se consacrer à ses fonctions sacerdotales et éducatives. Les une complétant les autres, elles ne forment en réalité qu’un tout. Il accomplit sa double mission en tant que délégué du peuple qu’il est chargé d’instruire en tant que messager divin. Cela explique par conséquent qu’il est tenu à un genre de vie plus austère et plus strict qu’un savant agissant en tant que maître.

RACHI dira à propos du verset « et instruire les enfants d’ISRAËL dans toutes les lois..... » (Lévitique X, 11), que cela nous enseigne qu’un homme qui s’enivre n’a pas le droit d’enseigner. La Torah va très loin dans cet enseignement, puisqu’elle laisse entendre qu’un maître en état d’ébriété est également passible de la peine capitale, car il est spécifié : « toi et tes fils....afin que vous ne mouriez pas... (Lévitique X, 9). Ceci vient nous apprendre que seuls les prêtres, lors de leur service, sont passibles de la peine de mort, en cas d’enivrement, mais non les savants lorsqu’ils dispensent leur enseignement. Toutefois, même si les savants ne sont pas menacés de peine de mort lorsqu’ils sont en état d’ébriété, ils ne doivent pas se laisser aller à la dégradation de leur comportement moral et physique, ni à tenir des propos incohérents indignes de l’image qu’ils doivent offrir à leurs élèves.

Toujours sur cette question, Rabbi YEHOUDA nous enseigne : « Nous inférons de ce passage (de l’interdiction des boissons fortes, que NDAB et ABIHOU s’étaient enivrés, puisque D.ieu a jugé nécessaire de donner ce commandement immédiatement après leur mort. » (ZOHAR sur CHEMINI).

Ainsi, la sobriété indispensable au service divin, est aussi nécessaire à celui qui pour mission d’enseigner la loi divine et de distinguer le pur de l’impur. C’est donc ARON qui a été chargé de faire connaître les animaux dont les enfants d’ISRAËL pouvaient consommer la chair « parce que c’est le prêtre qui a toujours pour mission de distinguer entre ce qui est pur et ce qui est impur. » (ZOHAR) C’est ce personnage important de notre tradition religieuse qui en premier lieu, doit préserver son peuple des impuretés dont les détails nous sont rappelés au cours de nos prochaines lectures hebdomadaires. Grâce au prêtre, le COHEN, et de nos jours à moindre degré, grâce aux rabbins nos maîtres, le peuple doit être guidé de manière à atteindre son but essentiel, à savoir, devenir saint à l’image de son Créateur, comme il est écrit : « Soyez saints, car je suis saint, moi l’Eternel ». (Lévitique XIX, 2)

Dans un monde qui ne semble plus comprendre ces notions de pureté, d’impureté, de sobriété, de pondération, l’enseignement de notre paracha revêt une très grand importance, pour nous rappeler combien sont importantes les recommandations de la TORAH, trop souvent banalisées, malgré leur très grande valeur morale et spirituelle.

HAPHTARA :

Le début de notre Sidra se situait au moment de l’inauguration par MOÏSE et ARON, en présence de tout le peuple en liesse, du Tabernacle construit dans le désert. Nous avions déjà indiquée la place essentielle qui occupait l’Arche Sainte. C’est encore d’elle que nous entretient notre Haphtara. Elle nous relate en effet l’entrée de celle-ci dans JERUSALEM. L’événement était important et constituait un moment essentiel dans notre Histoire. L’Arche était alors revenue du pays des PHILISTINS après avoir capturée par ces ennemis traditionnels d’ISRAEL, ce dernier ayant démérité de la protection divine en raison de ses déviations religieuses.

Notre texte cite les lieux où séjourna l’Arche lorsqu’elle fut enfin rendu à ISRAËL. C’est à la suite de tout cela que le Roi DAVID prit la décision de son transfert vers la ville où il avait préparé une tente, destinée à l’abriter. Pour ce faire, il fallait procéder à un rappel sérieux du caractère élevé et sacré de la Loi. Comme dans notre Sidra où nous avons pris connaissance de la mort tragique de deux des fils d’ARON, coupables d’avoir négligé certains aspects sacrés de la Torah, nous assistons dans notre Haphtara à la disparition brutale de OUZZA, coupable uniquement d’avoir touché l’Arche, alors qu’en toute sincérité, il l’avait touché de crainte qu’elle ne tombe. Dans les deux situations décrites, la sincérité de NADAB et ABIHOU d’une part, et celle de OUZZA ne faisait aucun doute. Leur intention de bien servir l’Eternel était pure, mais par un léger écart de conduite non conforme au caractère sacré de l’Arche, ils avaient commis un crime de lèse-divinité.

Devant la mort de OUZZA, le roi DAVID fut fortement impressionné. Il était plus que tout autre, conscient de ses limites et de ses droits. Il craignait sans cesse de n’être pas assez digne devant D.ieu. Ses doutes étaient motivés par le fait qu’il avait pris l’initiative de faire venir l’Arche à JERUSALEM sans en recevoir l’ordre formel de la part de D.ieu. Il avait conscience de la responsabilité qu’il prenait de vouloir vivre à proximité de l’Arche. En sa qualité de roi, il se considérait comme étant le premier serviteur de cette Loi, de devoir la respecter totalement, sachant que c’est d’elle qu’il tenait son pouvoir royale. C’est bien ce qui ressort de notre lecture biblique.

Nous, simples fidèles, à l’image de nos grands maîtres, de nos rois, nous devons également éprouver des sentiments d’humilité lorsque nous assumons nos responsabilités pour respecter la Torah. Dans ce domaine de haute spiritualité, il n’existe pas de différence entre le rang que l’on occupe dans la société, ni au niveau de l’intelligence dont nous sommes pourvus par la grâce de D.ieu. L’essentiel réside en définitive dans la manière par laquelle nous respectons aujourd’hui l’esprit et la lettre de la Torah, qui seule, nous rappelle l’Arche Sainte accompagnant ISRAËL dans ses déplacements.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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