France : Karmitz refuse de programmer "La Passion du Christ" / Le film fait un tabac en Syrie

publié le dimanche 28 mars 2004
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1. Karmitz refuse de programmer "La Passion du Christ" qu’il juge "fasciste"

2. Un deuxième spectateur meurt en regardant « La Passion du Christ »

3. L’arrivée en France du film de Mel Gibson embarrasse les responsables religieux

4. "La Passion du Christ" autorisé en Egypte, mais pas pour les mineurs

5. "La Passion du Christ" connaît un succès au Liban, fait un tabac en Syrie


1. Karmitz refuse de programmer "La Passion du Christ" qu’il juge "fasciste"

jeudi 25 mars 2004, 20h19 PARIS (AFP) - Marin Karmitz, patron de la société MK2, a refusé de programmer dans son réseau de salles "La Passion du Christ" de Mel Gibson, qu’il juge "fasciste", "antisémite" et "d’une violence inouïe", dans une interview jeudi à l’AFP.

"Voir un homme torturé pendant deux heures avec un pot de pop corn à la main, est quelque chose qui me révulse", a-t-il déclaré.

Le film sur les dernières heures de la vie du Christ, qui approche les 300 millions de dollars de recettes aux Etats-Unis, sort le 31 mars en France dans plus de 520 salles. La Commission de classification a recommandé une inter-diction aux moins de 12 ans.

Dans une interview à Télérama, qui a suscité un flot de mails d’insultes mais aussi de félicitations, Marin Karmitz affirmait que derrière cette Passion, "on peut apercevoir toute une internationale de l’intégrisme religieux, un martyrologue fondé sur la violence, le mépris des corps et la haine de l’humain".

"Le danger de cette violence et son fascisme" vient de "la disparition de la parole, dit-il à l’AFP. C’est un film aphasique. Si on doit le résumer, c’est l’histoire d’un pauvre homme qu’on pique dans une forêt, et qu’on torture pendant deux heures. On ne sait rien d’autre de lui. Il ne dit rien. On entend des vociférations et des cris".

"Pour moi et les gens qui travaillent avec moi, le cinéma ne peut pas être un instrument de propagande fasciste. Je ne souhaite pas me prêter à ce type de manipulation".

"Dans le fascisme, il y a plusieurs éléments, précise-t-il. Le premier est la violence en tant que spectacle, la banalisation de la violence. Cette atteinte au corps est pour moi quelque chose d’extraordinairement nuisible et pernicieux". "Le deuxième aspect, c’est le révisionnisme. Des spécialistes plus compétents que moi ont relevé des erreurs. On voit une caricature de Romains et, évidem-ment, des juifs. Un détail qui m’a surpris, dit-il, c’est comment la couronne d’épines se transforme en couronne de fils de fer barbelés".

Le troisième aspect, c’est l’antisémitisme "car les responsables de cette violence sont très nettement désignés. Ce sont les juifs dans leur ensemble puisqu’on voit le peuple,hurlant et caricaturé, demandant la peau de ce pauvre homme aux Romains. Donc on désigne un bouc émissaire, responsable de ce massacre". Enfin pour Marin Karmitz, ce film est "lamentable sur le plan du cinéma".

Il souligne que ce n’est pas la première fois qu’il refuse de sortir des films, citant "Féroce", "Yamakazi", Wasabi" ou "Fight Club", même s’il a programmé les sulfureux "Irréversible" et "Baise-moi".

"Ils étaient interdits aux moins de 16 ans et il y avait une discussion possible. Il n’y a aucune discussion possible sur "La Passion", c’est à prendre ou à laisser. Depuis le début, les distributeurs mènent campagne en disant : "nous sommes censurés, nous sommes des martyrs". C’est une campagne très proche de celle que mène Le Pen". _____________________________________________________________________________

2. Un pasteur brésilien meurt en regardant « La Passion du Christ »

23 mars 2004 10:01 RIO DE JANEIRO - Un pasteur brésilien est décédé d’une crise cardiaque en pleine projection du film polémique de Mel Gibson « La Passion du Christ ». Il était âgé de 43 ans. Il s’agit du 2e cas de ce genre dans le monde depuis le lancement du film. Le pasteur est décédé pendant les scènes qui montrent le chemin de croix de Jésus. L’église presbytérienne de Belo Horizonte avait réservé toute une salle de cinéma pour que 270 fidèles puissent voir le film lancé vendredi dernier au Brésil et qui retrace les 12 dernières heures de Jésus. La cause du décès a été un « infarctus fulminant », a relaté un pasteur. Mais les amis du défunt estiment que sa mort est une « fatalité », sans rapport avec les scènes du film qui montrent la mutilation du corps de Jésus par les soldats romains. Il s’agit du second décès enregistré dans le monde pendant une projection de ce film polémique de Mel Gibson. Lors de son lancement aux Etats-Unis, à la fin du mois dernier, une femme de 57 ans, s’était évanouie pendant les scènes de crucifixion lors d’une séance à Wichita (Kansas). Transportée à l’hôpital, elle était décédée peu après, apparemment d’une crise cardiaque. 230957 mar 04

SDA-ATS _____________________________________________________________________________

3. L’arrivée en France du film de Mel Gibson embarrasse les responsables religieux

PARIS, 24 mars (AFP) - 24/03/2004 17h57 - "La Passion du Christ" de Mel Gibson, resté plusieurs semaines en tête du box-office nord-américain, arrive le 31 mars en France, provoquant un certain embarras parmi les responsables juifs et chrétiens, qui veulent éviter toute polémique à propos de ce film controversé.

Le film sortira simultanément dans 520 à 530 salles, a précisé mercredi à l’AFP Quinta Communications, la société de production de Tarak Ben Ammar, chargée de la distribution en France.

Des représentants de l’Eglise catholique et de la Fédération protestante ont déjà découvert "La Passion" lors de projections organisées spécialement à leur intention, "selon les recommandations de Mel Gibson", a indiqué Michel Pascal, porte-parole de Quinta communications. Vendredi, ce sera au tour de membres du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France).

Plusieurs évêques (dont le cardinal Jean-Marie Lustiger, archevêque de Paris) ainsi que des théologiens et des animateurs du dialogue avec le judaïsme ont vu "La Passion", qui retrace à grand renfort d’hémoglobine les douze dernières heures de la vie du Christ, de son procès et sa condamnation à mort jusqu’à sa mise à mort sur la croix.

Le film, alors encore en cours de réalisation, avait été soupçonné d’antisémitisme, alimentant une vive polémique aux Etats-Unis. Catholique ultra-conservateur - il s’est entouré durant le tournage de prêtres célébrant la messe en latin - Mel Gibson s’est toujours défendu de ces accusations qui ont baissé en intensité après la sortie du film..

Depuis, tout et son contraire a été dit au sujet de ce film : l’archevêque américain John Foley, conseiller de Jean Paul II pour les médias, a ainsi estimé qu’il n’y avait "rien d’antisémite".

En revanche en Allemagne, les Eglises chrétiennes et le Conseil central des juifs ont estimé que "l’interprétation du film risque de relancer les préjugés antisémites".

Le cardinal Lustiger, l’un des principaux artisans du dialogue judéo-chrétien, n’a pas souhaité pour l’instant s’exprimer sur le film lui-même. Lors d’une émission spéciale qui devait être diffusée mercredi soir sur la chaîne catho-lique KTO, il s’est contenté de souligner les limites de la représentation cinématographique de la Passion, comparée au sens de la liturgie chrétienne.

"L’amour de Dieu et la profondeur du pêché ne se mesurent pas en litres d’hémoglobine", souligne-t-il notamment.

La conférence épiscopale laisse entendre qu’il ne devrait pas y avoir de position officielle de l’Eglise de France. Selon des témoins, les réactions des premiers spectateurs ont été très partagées. Certains ont été bouleversés, d’autres ont détesté. Dans l’hebdomadaire La Vie, le jésuite Paul Valadier se dit "atterré" par un film "obscène", "profondément antihumain et antichrétien".

Le pasteur protestant Paulette Marquet a déclaré en revanche à l’AFP que "par rapport à d’autres films sur Jésus, celui-ci n’est pas indigne". _____________________________________________________________________________ 4. "La Passion du Christ" autorisé en Egypte, mais pas pour les mineurs

LE CAIRE, 24 mars (AFP) - 24/03/2004 13h41 - "La Passion du Christ", le film controversé de Mel Gibson, accusé par des organisations juives d’alimenter l’antisémitisme, a été autorisé en Egypte, a annoncé mercredi un des propri-étaires de la société qui a obtenu les droits de diffusion dans ce pays.

"La Passion du Christ" sera projeté à partir du 31 mars au Caire puis à Alexandrie (nord) et dans d’autres villes, mais il sera interdit aux mineurs, a précisé Gaby Khouri à l’AFP. La loi égyptienne autorise l’entrée de cinq copies seulement pour chaque film étranger.

La direction du contrôle cinématographique a expliqué la restriction qu’elle a imposée pour les mineurs par la violence de certaines scènes.

Le film sera sous-titré en anglais et en arabe. La version originale est en araméen, la langue utilisée à l’époque du Christ.

Des copies médiocres du film en cédéroms étaient en vente depuis plusieurs semaines au Caire au prix dérisoire de 5 livres égyptiennes (0,8 euros).

L’Egypte compte une communauté chrétienne forte d’environ 5 millions de membres, selon les statistiques officielles, et de 10 millions, selon les estimations de l’Eglise copte. ______________________________________________________________________________ 5. "La Passion du Christ" connaît un succès au Liban, fait un tabac en Syrie

BEYROUTH, 25 mars (AFP) - 25/03/2004 09h47 - Le film controversé de l’Austra-lien Mel Gibson "La Passion du Christ" connaît un succès dans les salles de Beyrouth, mais c’est à Damas qu’il fait un tabac, selon une enquête de l’AFP.

Projeté depuis une semaine dans plusieurs salles à Beyrouth, et à travers le pays, le film semble très apprécié du public, d’autant plus que l’église maronite l’a jugé "impressionnant" et "pas antisémite".

"Le public vient nombreux voir "La Passion", mais il n’y pas un rush exceptionnel. Il a le même succès qu’un autre film à succès", a indiqué à l’AFP le responsable d’une grande salle de la capitale.

Au nord de la capitale, dans la région de Jounieh à prédominance chrétienne, le film se vend bien, surtout le week-end.

A la question de savoir si des spectateurs quittent la salle en raison de la violence du film et de la cruauté de certaines images, le préposé au guichet d’une salle a eu pour seule réponse : "Est-il imaginable qu’on sorte d’un film pareil ?".

Le film est toutefois interdit aux moins de 15 ans.

Au Liban, le film a été visionné en avant-première par le président libanais Emile Lahoud qui l’a beaucoup apprécié.

Le cardinal Nasrallah Sfeir, chef de l’Eglise maronite, la plus importante communauté chrétienne du Liban, a jugé vendredi que le film n’était pas antisémite.

C’est un film "très douloureux, extrêmement impressionnant, nous n’y avons pas vu de l’antisémitisme", a déclaré le patriarche maronite après avoir vu le film dans une salle de Jounieh, au nord de Beyrouth.

Mais c’est surtout à Damas, que le film semble faire un tabac depuis sa sortie en salles le 17 mars.

Les premiers jours, la projection du film dans une grande salle de la capitale syrienne était réservée aux associations caritatives.

En raison du succès du film, une séance a été ajoutée aux trois séances quotidiennes, et les spectateurs achètent souvent les billets dès le matin pour être sûrs d’avoir une place. Beaucoup y vont en famille.

"En sortant du film, projeté en araméen et en latin avec des sous-titres arabes, j’ai vu beaucoup de gens pleurer, mais j’ai trouvé les scènes de torture excessives", raconte Fayez Wehbé.

L’araméen, qui était la langue utilisée à l’époque du Christ, est encore parlée dans certaines villes de Syrie comme Maaloula et Saadnaya, près de Damas.

"Une partie du public ne cachait pas son émerveillement en entendant certaines expressions proches de l’arabe, telle "Ya Ilahi" (Mon Dieu)", selon ce spectateur.

"Le fait que le film soit projeté dans le contexte actuel de conflit au Proche-Orient, opposant Israël et Arabes, n’est pas étranger au grand succès du film", estime un autre spectateur.

Le film est accusé par des organisations juives d’alimenter l’antisémitisme.

Ailleurs dans le monde arabe, le dirigeant palestinien Yasser Arafat a visionné "La Passion" dans son QG à Ramallah (Cisjordanie), et l’a trouvé "émouvant".

Le Qatar, une monarchie musulmane du Golfe, a commencé dimanche la projection du film.



Centre d’Information et de Documentation
Centre d’Information et de Documentation sur la Démocratie au Moyen-Orient (Bruxelles)




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