Parasha vayikra 5764

Chabbath 27 mars 2004 - 5 Nissane 5764 - Début : 18 h 58 - Fin : 19 h 59 (dans la nuit, changement pour l’horaire d’été.
publié le jeudi 25 mars 2004
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Lecture de la Torah : Lévitique I, 1 à V, fin : Préceptes sur les sacrifices. Haphtara : ISAIE XLIII, 21 - XLIV, 23 : L’inutilité des idoles : « Ce peuple que j’ai formé pour moi, qu’il proclame ma gloire ! »

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Commentaire de la Torah :

Avec ce troisième livre de la Torah, appelé TORATH KOHANIM, la Loi des Prêtres, puisqu’un grand nombre de règles contenues dans ce Livre s’appliquent à eux, nous aborderons des textes variés. Ils sont tous en rapport avec les sacrifices, les lois de pureté, les règles alimentaires et l’énoncé des fêtes religieuses. Tout le début de VAYIKRA, appelé LEVITIQUE va donc nous fournir des renseignements importants sur les sacrifices, leur nature, leur raison d’être, leur sens profond. C’est dans ce cadre que les prêtres ont une fonction essentielle à exercer. Bien entendu, nous savons que de jours, en l’absence du Temple, les COHANIM ont vu leurs prérogatives suspendues. Néanmoins, certaines lois telles que les unions qui leur sont permises restent toujours en vigueur. Nous mentionnerons également que s’applique à eux l’interdiction de pénétrer dans un cimetière ou d’être en relation avec une personne décédée qui ne soit pas directement membre de leur famille.

Ceci dit, nous allons tenter de mieux approfondir la notion des sacrifices aujourd’hui non appliquée comme nous venons de le suggérer dans notre introduction. Pour comprendre le sens des textes qui nous sont proposés pour les semaines à venir, nous croyons utile de citer le premier verset de notre paracha.

Il est écrit : « L’Eternel appela MOÏSE, et lui parla, de la Tente d’assignation (OHEL MOËD.... » (Lévitique I, 1). Sur ce verset, RACHI se fondant sur le Midrash, nous dit que l’expression « l’Eternel appela MOÏSE, et lui parla » nous indique que la voix divine ne parvenait qu’à MOÏSE, mais non à AARON ni au peuple d’ISRAEL. D’autre part, en spécifiant que c’est de la tente d’assignation, c’est pour bien souligner que cette voix divine et céleste ne se faisait entendre qu’à l’intérieur de ce lieu sacré qu’était la Tente d’assignation, mais non à l’extérieur.

On peut comprendre ces restrictions, car seul MOÏSE avait les qualités supérieures lui permettant d’entre le message divin à l’intérieur du Tabernacle. On peut se poser la question de savoir pour quelle raison seul le plus grand des prophètes qu’était MOÏSE était susceptible d’entendre ce message ? Un de nos commentateurs le BEER MOCHE explique que l’expression VAYIKRA - il appela, est une invitation à la TECHOUVA, le repentir, et que seul MOÏSE pouvait en comprendre l’importance et la signification. Notre auteur cite le texte des PIRKE AVOTH, chapitre 6, michna 2, disant au nom de Rabbi YEHOCHOUA ben LEVI : « Tous les jours une voix céleste proclame cette parole du haut du mont HOREB : « Malheur à ceux qui infligent la honte à la Torah., car celui qui ne s’occupe pas de la Loi est un homme méprisable. »

A ce propos, le BAAL CHEM TOV (fondateur du Hassidisme moderne) demande si une telle voix résonne dans le monde, pourquoi ne l’entend-t-on pas ? A cela il répond qu’il s’agit là de la voix de la conscience qui s’éveille journellement parmi les hommes. Il n’est pas de jour durant lequel l’homme n’entende cette voix céleste faisant appel à notre conscience, à notre sens de la Techouva. Lorsque l’homme comprend grâce à son intelligence, qu’il doit changer d’attitude en tentant de réparer ce qu’il a pu causer de mal, alors on peut dire qu’il a réellement entendu cette voix céleste. Lorsque nous relisons ces chapitres relatifs aux sacrifices autrefois apportés au Temple, en expiation des fautes commises, on doit se dire que si ceux-ci sont pour le moment abolis, les sentiments de culpabilité pour des fautes commises envers D.ieu ou envers ses semblables, n’ont guère changé, malgré les époques, et l’on peut alors comprendre l’interpellation lancée par notre Michna, citée plus haut.

Ce sentiment de faute nous invitant à réparation, nous l’éprouvons de nos jours dans nos maisons d’études, nos synagogues, et autrefois la Tente d’assignation, partout où règne la CHE’HINA, la présence divine. Nos Maîtres nous enseignent que D.ieu est présent partout, il nous attend, mais nous ne sommes pas toujours présents, ainsi que l’exprime le prophète ISAÏE (L, 8) en disant : "« Pourquoi suis-je venu et n’ai-je trouvé personne, Pourquoi ai-je appelé et nul n’a répondu ? »" L’appel divin à la pénitence est en fait un cri de révolte, de souffrance qu’éprouve l’homme. Si celui-ci en comprend le sens, alors il peut trouver la voie au repentir.

Quel était donc dans notre paracha le motif de l’appel lancé par D.ieu à MOÏSE ? En effet, il est écrit : « Si quelqu’un d’entre vous veut présenter au Seigneur une offrande de bétail » (Lévitique I, 2). Or, quelle que soit la nature de l’offrande apportée, l’essentiel est que cela se fasse « au seuil de la Tente d’assignation, pour être agréable au Seigneur. » (Lévitique I, 3). Dans ces passages où il est question de sacrifices et qui font appel à notre sens de la Techouva, il s’agit de l’homme acceptant librement de faire une offrande. Si tel est le cas, c’est alors la preuve qu’il a compris la nécessité de réaliser une telle action pieuse.

L’on comprend alors le sens de l’explication de RACHI tentant d’élucider la contradiction entre le fait que le sacrifice soit imposé en cas de faute, mais que l’homme l’apporte de sa propre volonté. Certes, l’homme a une pensée l’entraînant à faire Techouva, car il a voulu répondre à la voix céleste se faisant entendre en lui, mais ensuite, il a éprouvé une certaine retenue au moment d’offrir le sacrifice. C’est ce que semble suggérer RACHI.

Pour revenir au début de notre commentaire où nous avons montré que seul MOÏSE avait entendu la voix céleste, mais non ISRAËL, on peut envisager l’hypothèse selon laquelle le peuple n’avait pas encore toute l’intelligence capable de lui faire comprendre l’importance de l’appel divin. Pour parvenir à ce degré suprême d’intelligence et de compréhension, qu’avait atteint MOÏSE en se tenant près de D.ieu durant quarante jours et quarante nuits pour comprendre toute la Torah, ce n’était pas suffisant pour lui permettre d’entrer dans le Tabernacle. Il lui fallait attendre l’invitation que lui adressa D.ieu de pénétrer dans ce lieu sacré.

Il fallait d’abord que MOÏSE entende la voix céleste. C’est alors seulement que D.ieu lui a confié les ordonnances relatives aux sacrifices qu’auraient à apporter les fidèles, lorsque ceux-ci auraient compris qu’il ne s’agissait pas d’actes purement formels, mais qu’ils seraient la conséquence d’une volonté consciente de réparer des fautes.

Si de nos jours, une telle procédure n’est plus envisagée, puisque le Temple n’existant plus, les sacrifices sont momentanément suspendus, il n’en reste pas moins que nous ne sommes guère différents des fidèles ayant directement entendu le message divin au pied du Mont SINAÏ, et sans pouvoir apporter des sacrifices, nous sommes toujours invités à faire Techouva, et à réparer les fautes que nous aurions commises, pour répondre ainsi à la voix céleste qui se fait entendre chaque jour dans notre conscience.

HAPHTARA :

Dans sa recherche d’un idéal, l’homme qui s’est éloigné de la source de vérité, qui a perdu le contact avec son Créateur, s’expose au ridicule en adorant les formes plastiques du paganisme comme nous en avons bien des exemples dans l’histoire. Aussi, nul mieux que le prophète ISAÏE, n’a exprimé cette forme d’erreur humaine. Après avoir tracé un tableau de la vanité de l’idolâtrie et de la perversité des « fabricants d’images » (ISAÏE XLIV, 9), on pourrait à ce propos penser à toutes les formes modernes, telles que les modes, les films ou autres moyens artificiels de futilités et d’inepties, notre prophète dit : "« Certes, tous ses adeptes seront confondus, les artisans (les fabricants d’idoles) eux-mêmes ne sont que des mortels. Qu’ils s’assemblent tous, qu’ils comparaissent ! Ils seront terrifiés et confondus ensemble. » (ISAÏE XLIV, 11-19)."

Ainsi, le prophète dont nous tirons le texte de notre Haphtara de cette semaine, flétrit la bêtise humaine, la force du préjugé qui entraîne la masse aux pires absurdités sans qu’elle ait la force de comprendre et le courage de s’affranchir des stupidités par lesquelles il se laisse tenter.

Dressant son réquisitoire contre les hommes en général, ISAÏE s’en prend encore davantage à ISRAËL en lui disant : "« Songe à ceci, JACOB, et toi, ô ISRAËL, car tu es mon serviteur ; je t’ai formé expressément, toi, pour être mon serviteur.... ISRAËL, ne m’oublie point : » (ISAÏE XLIV, 21)." Cette dernière expression LO TINASHENI - ne m’oublie point, est comprise par RADAK dans le sens de : « ISRAËL, tu ne seras pas oublié par moi. »

Cette explication peut se justifier à la lecture des versets suivants où il est question du pardon divin et de la renaissance de la nature et de l’univers, lorsque éclatera la nouvelle selon laquelle : "« l’Eternel a délivré JACOB (de l’idolâtrie), et s’est rendu glorieux en ISRAËL » (verset 23)." Avec un peu de réflexion, nous pouvons comprendre le sens de ce message. Il nous invite simplement à croire à la vérité du message des prophètes et non à celle que de faux messagers, notamment dans le domaine de la politique, tentent de nous faire croire.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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