Parasha Vayakhel-Pekoude 5764

Chabbath 20 mars 2004 - 27 Adar 5764 - Début : 18 h 48 - Fin : 19 h 48
publié le mercredi 17 mars 2004
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Lecture de la Torah : Exode XXXV, 1 - fin du livre : Construction et achèvement du Tabernacle. 2ème rouleau : Exode XII, 1 - 20 : Institution de la Pâque au premier mois. Haphtarah : EZECHIEL XLV, 16 - XLVI, 18 : (Sephradim : XLV, 18 - XLVI, 15 : Sacrifices dans le Temple de l’avenir.

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Commentaire de la Torah :

Nous lisons cette année les deux sections de VAYAKHEL et PEKOUDE ensemble. Ces textes constituent la fin du Livre de l’Exode (CHEMOTH) et nous rapportent une dernière fois la description de la construction du Tabernacle, des objets qui s’y trouvaient et la manière scrupuleuse par laquelle MOÏSE a rendu compte au peuple de toutes les sommes d’argent et de l’inventaire de tous les matériaux ayant servi à la réalisation de ce lieu sacré.

C’est dans ce but que le premier verset de PEKOUDE nous offre la formulation suivante : « Telle est la distribution du tabernacle, résidence du Statut, comme elle fut établie par l’ordre de MOÏSE ; tâche confiée aux Lévites, sous la direction d’ITHAMAR, fils d’AARON le pontife. » Sur ce texte, RACHI commente en disant : « Voici les comptes » : « Dans ce passage sont énumérés les poids de toutes les offrandes du Tabernacle, argent, or, et airain et tous les objets sont énumérés avec le culte qui s’y rendait. » En disant cela, RACHI rappelle que ce verset ayant répété le terme MISHKANE - Tabernacle, à deux reprises, cela signifie qu’il y a aussi une allusion à la construction ultérieure de deux Temples, car au lieu de lire MISHKANE, on pourrait lire MASHKONE signifiant « gage », comme pour nous faire comprendre que D.ieu a considéré chacun des deux Temples, le premier et le second, comme devant servir de gage pour les fautes qu’ont commis les enfants d’ISRAËL, à des périodes précises, et pour des motivations diverses.

Le décompte précis donné pour tous les matériaux et toutes les sommes d’argent confiés à MOISE, qui juge indispensable d’en redonner tous les détails, est pour toutes les générations futures, un enseignement important. Il indique clairement à tous les dirigeants communautaires et à tous ceux qui assurent une responsabilité associative, d’avoir à rendre des compte à leurs mandants. Et pourtant, nul n’aurait pu suspecter l’honnêteté foncière de MOÏSE, dont la Torah elle-même dit : « MOÏSE est mon serviteur ; de toute ma maison c’est le plus dévoué. » A cela, le Midrash, cite d’ailleurs un verset pouvant s’appliquer à MOÏSE et disant : "« L’homme loyal est comblé de bénédictions ; qui a hâte de s’enrichir n’échappe pas au malheur. »(Proverbes XXVIII, 20)"

La récompense de sa loyauté ne se fait d’ailleurs pas attendre. Elle lui est accordée presque immédiatement ? Le Midrash nous indique en effet que les artisans affectés à l’édification du Tabernacle étaient nombreux, mais aucun d’entre eux ne réussit à le mettre en place. Cet honneur revint finalement à MOÏSE. Lui seul fut capable de mettre la dernière main à ces travaux.

Nous savons que le Tabernacle devait servir d’expiation à la faute du veau d’or. En conséquence de cette œuvre, D.ieu accepta à nouveau de résider au milieu du peuple d’ISRAËL. Le mérite en revenait à MOÏSE exclusivement. En fait, c’est par une sorte de miracle que le Tabernacle se dressa de lui-même, ainsi qu’il est dit : « le Tabernacle fut érigé » (Exode XL, 17). Cette œuvre extraordinaire porte donc le nom de MOÏSE, car c’est lui qui parvint à le mettre en place, selon le principe talmudique selon lequel « une mitzwa n’est attribuée qu’à celui qui la termine. »

Nous comprenons ainsi la raison pour laquelle le premier verset cité comprenait la répétition du terme MISHKAN, résidence du témoignage, pour nous indiquer d’une part que D.ieu avait pardonné la faute du veau d’or, et que d’autre part, c’est grâce à MOÏSE que fut érigé le Tabernacle. Il existe une autre raison encore pour nous expliquer que nul autre que MOÏSE a pu réaliser cette œuvre, au moment précis indiqué dans notre paracha, ainsi qu’il est écrit : « L’Eternel parla à MOÏSE en ces termes : A l’époque du premier mois, le premier jour du mois, tu érigeras le Tabernacle de la Tente d’assignation (OHEL MOËD). Tu y déposeras l’arche du Statut, et tu abriteras cette arche au moyen du rideau. » (Exode XL, 1-3).

Les commentateurs expliquent que la Torah a voulu désigner le Premier Jour du premier mois (NISSAN) comme étant le jour ayant reçu dix couronnes. Le Midrash nous rappelle que le Tabernacle était déjà prêt dès le premier du mois de Teveth, soit trois mois auparavant. Pourquoi alors avoir attendu tout ce laps de temps ? La réponse nous est fournie par le passage suivant de la Torah : « Ce mois-ci est pour vous le commencement des mois ; il sera pour vous le premier des mois de l’année. » (Exode XII, 2)

Nous comprenons ainsi que l’inauguration du Temple a coïncidé avec la néoménie (ROCH HODECH) du mois de NISSAN dans lequel nous célébrons la Pâque. Cela s’est produit lorsque D.ieu a montré à MOÏSE la lune dans son renouvellement. En entend les mots « ce mois-ci », MOÏSE n’a pas compris le sens. La MEKHILTA nous enseigne qu’il a fallu que D.ieu lui montre dans le firmament la nouvelle lune lorsque le croissant de lune est tout petit, ce que confirme RACHI sur notre passage biblique.

Le peuple d’ISRAËL avait constaté qu’après avoir été achevé depuis trois mois, le Tabernacle n’était pas encore inauguré et entré en fonction. Pour répondre à son interrogation, MOÏSE lui a garanti que le jour de cette inauguration avait été fixé par D.ieu comme devant se situer le premier jour de NISSAN. Le peuple a donc compris que seul MOÏSE était capable de le savoir avec précision. Il connaissait le jour précis du début du mois et aussi la manière d’introduire la CHE’HINA, la présence divine, dans le Sanctuaire. Il fallait que celle-ci reste en permanence au milieu du peuple d’ISRAËL et que ne se reproduise plus la faute qui avait suivi la Promulgation de la Torah, celle du veau d’or, oubliant vite ce à quoi ils avaient pourtant tous assisté, le don de la Loi qui interdit justement toute forme de divinité païenne.

En somme, l’inauguration du Tabernacle après son érection et la sanctification du nouveau mois de NISSAN se sont effectuées par l’intermédiaire d’une seule et même personne, celle de MOÏSE. Cela nous permet aussi de comprendre que parfois, comme cette année, la paracha PEKOUDE que nous venons de commenter puisse coïncider en même temps que le Chabbat que nous appelons HA’HODECH, parce que nous y relisons le passage par lequel nous était enseigné les lois de la fête de Pâque, que nous célébrerons prochainement.

HAPHTARA :

En raison de ce que nous venons de rappeler, la Haphtara de cette semaine n’est pas celle ordinairement lue pour accompagner les sections de VAYAKHEL-PEKOUDE, mais celle que nous devons lire pour le Chabbat Ha’hodech, qui va nous préparer à la fête de Pâque, et tirée, une fois de plus, du Prophète EZECHIEL.Nous savons que la fête marquant le point de départ de la naissance du peuple d’ISRAËL se situe le 15 NISSAN. C’est donc la Pâque.

Tout a réellement commencé pour notre peuple, quand autrefois en EGYPTE, dans chaque maison, avant la délivrance annoncée, on s’est compté pour participer au sacrifice de l’agneau pascal, en signe évident de la confiance qu’ISRAËL mettait en D.ieu. Mais la véritable maison où devait se dérouler le culte divin, ce fut, durant de longues années, le OHEL MOED, la tente d’assignation.

Selon le Prophète EZECHIEL, au chapitre XLV, verset 18 de son livre, dans les temps futurs, ce sera encore le 1er Nissan que sera consacré pour l’Eternité, le Troisième Temple, qui lui, ne sera plus jamais détruit. Ce faisant, ce prophète nous laisse entrevoir un lointain avenir, qui éclairera notre route après une marche obscure et semée d’embûches durant des millénaires. Pour nous y préparer, EZECHIEL consacre pratiquement les derniers chapitres de son Livre à la description du culte tel qu’il sera pratiqué dans le Temple de l’Avenir. Par les précisions rituelles qu’il nous fournit, il veut raffermir notre confiance en D.ieu, car Il est le guide Tout-Puissant dirigeant notre Histoire.

Malgré l’ignorance et l’incompréhension que nous pouvons manifester en relisant ces textes prophétiques, il nous faut nous convaincre de leur véracité et ne pas douter de la réalité de la parole divine. Elle est destinée à nous faire dans l’espérance de jours meilleurs, dans un monde pourtant troublé. Notre mission est de croire, d’espérer en ces lendemains lumineux jusqu’à ce que le dessein de l’Eternel finisse par l’emporter. (Proverbes XIX, 21)

Quel que soit le temps que cela mettra, et face à l’éternité, le temps n’a qu’une importance relative, un jour viendra où sera réalisée ce Troisième Temple, cette maison universelle où résonneront les prières émanant de tous ceux qui souhaitent ardemment la venue du Messie et l’avènement d’une ère de paix établie pour toujours.

Notre Prophète contemporain de la destruction du premier Temple, vivant après cela en exil à BABYLONE, cherchait à travers ses contemporains, à nous faire comprendre l’imminence du retour du peuple sur sa terre en CANAAN. Notre génération, comme je l’ai déjà rappelé récemment, a eu le privilège de ce moment du retour sur la terre ancestrale. Il serait impossible de ne pas y voir la main de D.ieu. Si dans le passé nous avons connu des malheurs, nous pouvons en raison de cela, admettre et croire que les autres promesses de bonheur formulées et annoncées par les prophètes de la Bible trouveront, elles aussi, au temps fixé, le moment propice à leur réalisation. C’est ce que nous nous devons ressentir en célébrant la fête de PESSA’H, que nous souhaitons à chacun, joyeuse et remplies de bénédictions.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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