Enfants juifs en danger

Un cri d’alarme contre les incidents antisémites qui se multiplient dans les collèges.
publié le jeudi 11 mars 2004
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Libération, le 10/3/04

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Hélène Ahrweiler,ancien recteur de l’Académie de Paris, Etienne-Emile Baulieu,président de l’Académie des sciences, Georges Charpak,prix Nobel, Claude Cohen-Tannoudji, prix Nobel, Jean Dausset, prix Nobel, et François Jacob, prix Nobel

Dans une classe de sixième d’un « grand » lycée parisien, un élève a été, pendant des mois, insulté, humilié, et brutalisé par deux garçons de son âge, des « camarades », au motif qu’il était juif. La terreur le rendait muet. Son calvaire est, trop longtemps, resté ignoré. Ni ses professeurs, ni le directeur de son établissement, n’ont su le protéger de la haine de ses agresseurs, faute de comprendre ou de reconnaître la nature de son agression.

Dans un collège du XXe arrondissement de Paris, un élève juif, physiquement menacé au nom « de tous les enfants palestiniens tués par sa famille », a dû quitter précipitamment son établissement, sur demande de la responsable de celui-ci, qui ne s’estimait plus en mesure d’assurer sa sécurité.

Dans un collège du nord de Paris, une jeune fille a été jetée à terre et rouée de coups par une vingtaine d’élèves, aux cris de « sale juive ».

Faut-il rapporter d’autres agressions dans des collèges de banlieue, dont le nombre suffit à ôter tout caractère anecdotique ?

La portée historique et morale de ces événements récents, qui sont, hélas, symboliques, ne doit pas être atténuée : depuis l’époque de Vichy, nous ne pensions pas qu’en France des enfants juifs puissent être harcelés, de fait interdits d’école et en danger dans l’espace public.

Ni le conflit israélo-palestinien, ni les blocages de l’intégration sociale des jeunes issus de l’immigration, ni la confusion intellectuelle ambiante ne peuvent expliquer cette terrible régression.

Par une vigilance alertée, constante, infaillible, regardons l’antisémitisme bien en face quand il se manifeste. Par une action intransigeante, sanctionnons fermement ses auteurs, et non leurs victimes, qu’il est de notre devoir de protéger.

Gravement inquiets, nous nous adressons solennellement aux enseignants, aux chefs d’établissement, aux surveillants des écoles, collèges et lycées de France : ne laissons pas l’antisémitisme gangrener l’école républicaine.

Nous les appelons :

­ à se concerter et s’organiser pour dénoncer collectivement et punir publiquement les actes et propos antisémites dont ils seraient les témoins ou les juges, afin que chacun, dans les établissements scolaires et au dehors, mesure leur détermination dans ce combat pour l’égalité civique, dont nous ne doutons pas ;

­ à ne rien céder dans les enseignements, à quiconque et sous aucun motif, de la mémoire de la Shoah, qui est aussi la mémoire nationale ; mais au contraire à transmettre avec une vigueur redoublée sa douloureuse leçon marquée d’horreur et d’inhumanité à notre jeunesse qui, plus que jamais, doit la connaître pour la faire sienne à son tour ;

­ à faire respecter chaque élève, quelles que soient ses origines, sa nationalité, sa religion ou ses opinions, au sein de la République française.



David Levy
webmaster




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