Antisémitisme : l’Europe peut mieux faire !

Le Figaro [18 février 2004]
publié le vendredi 20 février 2004
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L’Europe a été créée au sortir de la Seconde Guerre mondiale parce que les Européens étaient épuisés par tous ces conflits qui avaient coûté la vie à des dizaines de millions d’Européens. L’Europe aujourd’hui ne rêve que de paix, de tranquillité. Elle veut devenir une bonne grosse province prospère et pacifique. Elle n’a pas envie de se battre.. A preuve, la faiblesse des budgets des forces armées européennes. Comment peut-on faire entendre la voix de l’Europe dans le monde sans une force armée puissante ? L’Europe n’a pas envie d’être mêlée à des conflits. Et s’il y a des violences, elle préfère ne pas les affronter. Il reste à espérer que la situation actuelle n’a rien de commun avec la période de Munich.

Or, soixante ans après la Shoah qui a décimé la moitié de la population juive européenne, l’Europe est à nouveau le siège d’une vague de violences antisémites.

Certes, cette vague est de nature fort différente. Les auteurs de violences sont essentiellement des jeunes issus de l’immigration arabo-musulmane. Elle se développe dans toute l’Europe depuis trois ans à l’ombre d’un conflit qui se situe à près de 4 000 km de nos frontières, le conflit israélo-palestinien, qu’elle importe en mêlant antisémitisme et antisionisme.

Face à cette évolution, l’opinion publique européenne réagit avec indifférence, comme s’il s’agissait d’un conflit entre deux minorités, les Juifs et les Arabes. En vérité, il n’y a pas conflit intercommunautaire, il y a violences unilatérales car les Juifs n’ont attaqué aucune mosquée, aucun imam en Europe. En revanche, de nombreuses synagogues ont été brûlées, des écoles, des cars de ramassage scolaires, des rabbins, des enfants juifs sont agressés, subissent des sévices, sont persécutés au seul motif de leur judéité.

L’opinion publique, les médias justifient en quelque sorte cette violence par l’excuse de la solidarité ressentie par la communauté musulmane en raison des souffrances que subit le peuple palestinien. Mais aussi par le fait que l’intégration de ces immigrants ou fils d’immigrants sur le continent européen est un échec qui place ces jeunes dans une situation de révolte due à l’échec scolaire, au chômage, à la marginalisation et à un certain racisme anti-arabe.

On occulte le développement en Europe d’un islamisme intégriste fanatique et conquérant, qui dévoie cette religion monothéiste modérée qu’est l’islam.

Les dirigeants politiques européens ont commencé par nier le phénomène antijuif. C’est que le poids politique d’une population musulmane estimée en Europe à plus de 15 millions de personnes commence à compter. Ce n’est que tout récemment qu’on a admis qu’il ne s’agissait pas de la violence banale, mais d’une violence spécifique antijuive.

La politique européenne, généralement très critique à l’égard d’Israël, a contribué au laisser-faire et à l’indifférence générale. D’autant qu’une partie des Européens reste sensible aux thèses de l’extrême droite raciste et antisémite. Et qu’une autre partie, la tendance gaucho-trotskyste, s’est lancée dans un antisionisme systématique qui la rapproche, nolens volens, de l’antisémitisme. Il est frappant de constater que les idéologies qui ont fait tant de mal au XXe siècle, le nazisme et le stalinisme, ont avec l’intégrisme islamiste du XXIe siècle les mêmes cibles : la démocratie et les Juifs.

La Commission européenne porte une responsabilité dans le retard à affronter cette situation.

Le séminaire de ce 19 février sur l’antisémitisme est bien tardif. Et que penser du sondage commandité par les Autorités européennes dont la présentation biaisée a permis d’établir que 59% des Européens considéraient que le minuscule Etat d’Israël constituait le plus grand danger pour la paix du monde ?

Que penser de la non-publication d’une étude qui établissait que l’essentiel des actes de violence antisémite étaient le fait d’Arabo-musulmans ? Que penser de l’acharnement du commissaire européen Chris Patten à empêcher par tous les moyens la constitution proposée par l’eurodéputé François Zimeray d’une commission d’enquête parlementaire sur l’utilisation des fonds européens par l’Autorité palestinienne ?

Que penser du fait que M. Tariq Ramadan, penseur et prédicateur des Frères Musulmans, partisan d’un moratoire sur la lapidation des femmes adultères et qui dresse des listes d’intellectuels juifs, figure parmi les conseillers de M. Romano Prodi ? Que conseille-t-il aux dirigeants européens ? De se convertir à l’islam intégriste ?

Rien n’est perdu. L’Europe peut encore se réveiller. Elle doit le faire. Car les Juifs sont les sentinelles des valeurs de l’Occident. Comme l’a dit le président de la République française : « Quand on s’attaque aux Juifs, on s’attaque aux valeurs de la République. »

Si j’ai des désaccords sur la politique de la France au Proche-Orient, je dois reconnaître les mérites de l’action menée en France contre l’antisémitisme. Et je crois que la prise de conscience de la nécessité de cette lutte par la France peut servir de modèle à l’Europe.

La loi sur la laïcité qui n’a pas été bien comprise à l’étranger est destinée non seulement à interdire à l’école les signes ostensibles religieux, mais surtout à marquer la volonté de la France de ne pas laisser se développer le prosélytisme politique et religieux. Ceux qui ont choisi de vivre dans nos pays doivent se soumettre à nos règles et à nos usages.

Une loi aggravant les peines pour les agressions racistes ou antisémites a été adoptée à l’unanimité par les deux Assemblées françaises. Un Comité interministériel a été chargé spécifiquement de l’antisémitisme. Le Crif, qui représente la plupart des associations juives de France, a désormais un comité de liaison avec le ministère de l’Intérieur pour échanger nos informations et avoir des évaluations statistiques communes.

Un autre comité de liaison a été établi avec le ministère de la Justice. Des correspondants ont été désignés dans chaque juridiction.. Nous avons aussi un comité de liaison avec le ministère de l’Education nationale qui recense tous les incidents, propose des solutions et travaille sur l’établissement de programmes d’éducation civique et d’histoire des religions.

Enfin, nous rencontrons régulièrement le CSA, organe de contrôle de l’audiovisuel, qui a été chargé par le gouvernement de veiller à empêcher la diffusion de programmes télévisés antisémites transmis à partir du Moyen-Orient par satellite et éventuellement reçus sur les 2,5 millions de paraboles installées en France.

En résumé, il faut sanctionner, il faut éduquer, il faut intégrer et il faut lutter vigoureusement contre le développement chez nous de l’intégrisme islamique qui cherche à remplacer notre système de valeurs par les siennes.







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