Soyez le bienvenu, monsieur le président !

Par François Léotard, Ancien ministre, Le Figaro, samedi 14- Dimanche 15 février 2004
publié le lundi 16 février 2004
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Première visite officielle en France d’un chef d’Etat israélien depuis seize ans

Monsieur le Président, vers la France compliquée vous volez sans doute avec des idées simples. C’est à peu prés ce qu’écrivait le général de Gaulle, en route vers le Proche-Orient.

J’essaie d’imaginer ce que signifie le mot France- ce mot qui n’est pas simplement un mot- pour le chef de l’Etat d’Israël. Dans le désordre : André Suarès, Albert Cohen, Marcel Proust, Montaigne, les deux Simone (Veil et Weil), le Vel d’Hiv, les gendarmes français sur les quais discutant avec les officiers allemands, la Milice arrêtant les enfants juifs dans les écoles, tout cela mêlé avec l’affection, le reproche ou la colère.

Et puis, de mémoire plus récente, ces foules françaises dans les rues de Paris au moment de la guerre ses Six-Jours, se bousculant, vous soutenant, sous le blanc et bleu de l’étoile de David, les officiers israéliens au ministère de la Défense de la IV eme république, les Mirage français dans le ciel clair de Jérusalem et puis... et puis surtout l’interminable liste des conseils, des condamnations, des regrets dont la diplomatie de notre pays est si friande. Je le dis avec tristesse : il n’y a pas un autre pays au monde que nous ayons si souvent condamné...

Pratiquement chaque mois, depuis 1967, nous avons « stipulé pour autrui » comme on le dit en droit. « Voilà ce que vous devriez faire, ne pas faire, etc. ». Et nous avons stipulé pour cet autrui essentiel : le peuple d’Israël, l’Etat d’Israël. L’un des peuples qui est à l’origine de notre propre culture. L’un des Etats les plus petits du monde et le plus grand par les controverses qu’il suscite, les emportements, la haine parfois. Un Etat qui devrait être précieux pour toutes les démocraties. Précieux par le rayonnement de la pensée, de la technique, de la recherche, de l’informatique, de la médecine. Précieux par l’exercice du libre débat, par ce questionnement permanent qui fonde la culture juive.

Stipule pour autrui ! Nous qui n’avons jamais admis le moindre regard extérieur sur notre force de dissuasion, sur notre conflit algérien, sur notre droit sacré à être maîtres de nous-mêmes ! Et pour ce qui concerne l’Europe, je n’oublie pas que la première expression de sa diplomatie, encore balbutiante, fut pour condamner fermement le raid de votre aviation, sur Osirak, la centrale nucléaire de Saddam Hussein, dont vous aviez toutes les raison de penser qu’elle ne produisait pas seulement de l’électricité...

J’ai dans mon bureau, la belle photo du grand Général et du petit Président juif. Il s’agit de De Gaulle et de Ben Gourion. Deux hommes d’Etat qui connaissent la guerre, sa solitude, son horreur. Deux hommes qui se regardent. L’un trapu, le menton en avant, solide et farouche, tourne son visage vers le haut. L’autre vers le bas, affectueux, admiratif, légèrement interrogateur. Permettez-moi de le dire : chacun « sûr de lui et dominateur » En voyant cette photo, je me souviens des Scuds en 1991 tombant sur Tel-Aviv. Il fallait monter dans les chambres des hôtels parce que , vous le savez bien, le gaz, lui descend....

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David Levy
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