Tchétchénie et Palestine, les deux faces d’une même médaille

publié le dimanche 15 février 2004
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Les attentats commis ces derniers mois par les terroristes tchétchènes, à Moscou et dans plusieurs autres villes de la Russie, rappellent de plus en plus ceux des Palestiniens en Israël. Les "shahids", ces "bombes vivantes", ne sont pas une invention tchétchène ou caucasienne. Ils sont empruntés à l’expérience palestinienne, où cette arme "humaine" est légitime et universelle. Seule différence, le recours aux femmes kamikazes n’est pas encore massif en Palestine, alors que les terroristes tchétchènes n’ont pas encore appris à transformer les enfants en "bouclier humain", comme le font leurs amis palestiniens.

Ceux qui n’ont jamais côtoyé le terrorisme sont souvent enclins à le justifier par la dureté de la vie. En réalité, le terrorisme n’est pas l’arme des pauvres. C’est le "jouet" de personnes aisées et instruites qui n’ont pas à lutter pour leur survie, même si elles n’ont pas réussi à se réaliser. Le terrorisme est l’arme de ceux qui n’ont pas trouvé leur place dans la société, l’arme de personnes infantiles et cruelles, prêtes à vouer à la mort des innocents et à prendre leur propre peuple en otage pour satisfaire leurs ambitions.

Les gens plongés dans un milieu hostile peuvent se sentir assez forts pour s’intégrer à la société environnante, ou se montrer assez sages pour s’opposer à la xénophobie. Mais ils peuvent tout aussi bien s’avérer assez faibles, et haïr ceux qui les entourent au point de se décider à commettre un meurtre. Ce n’est pas un hasard si les campus universitaires américains sont devenus de nos jours la principale école du terrorisme islamique. L’islamisme politique et l’extrémisme islamique ont fleuri parmi les individus coupés de leurs racines, qui se sentent mal à l’aise dans un environnement nouveau, étrange. C’est pareil en Europe, continent qui n’est pas de taille à venir à bout du réseau terroriste qui est en train de s’étendre sur son territoire.

Il n’existe qu’un seul exemple de lutte efficace contre l’extrémisme islamique au Proche-Orient, et il appartient au passé. C’est celui des régimes totalitaires et autoritaires qui anéantissent tout groupe d’opposition, y compris les groupes religieux, pour mieux asseoir leur pouvoir. Le terrorisme d’Etat écrase le terrorisme islamique. Les "Frères musulmans" ont essuyé des pertes considérables dans l’Egypte de Nasser, les islamistes ont été éliminés par Hafez Assad en Syrie et par Mouamar Khaddafi en Libye, les dignitaires chiites irakiens ont été maintenus dans un cadre extrêmement rigide par Saddam Hussein. En ôtant tout légitimité à ces régimes, l’Occident a de fait ouvert la voie aux extrémistes islamistes. C’est ce qui s’est passé en Irak après la chute de Saddam.

Pour ce qui est du monde islamique moderne, son avenir dépendra du nombre de ceux qui refuseront de mourir ou de préparer leurs enfants à mourir au nom des intérêts d’aventuriers politiques. Ces gens existent, aussi bien au Caucase qu’au Proche-Orient, mais la plupart ont peur de s’affirmer.

C’est vrai, en premier lieu, de la Palestine. Ceux qui veulent cohabiter avec Israël se taisent car en parler serait signer leur arrêt de mort. Ils n’ont ni les armes ni la possibilité de résister, et Israël ne peut pas compter sur eux pour l’aider à combattre le terrorisme palestinien. En Tchétchénie, la situation est tout autre : l’armée fédérale, mais aussi des Tchétchènes, livrent bataille aux séparatistes. C’est une lutte entre ceux qui veulent vivre en Russie et ceux qui comprennent qu’un rétablissement du contrôle total de Moscou sur la Tchétchénie sonnerait le glas de leurs ambitions politiques.

Ce n’est pas là l’unique différence entre la Tchétchénie et la Palestine. La Tchétchénie a été intégrée à la Russie à l’issue des guerres du Caucase du XIXe siècle. Les Israéliens n’ont jamais revendiqué la Cisjordanie ou la bande de Gaza en tant que partie historique de l’Etat d’Israël. Ils n’ont pas tenté d’annexer ces territoires ou d’y maintenir l’ordre à l’aide de formations locales placées sous leur commandement. Résultat, Israël s’est retrouvé, non sans l’aide de la communauté internationale, acculée dans une impasse qui semble toujours aussi sombre.

Nous constatons aujourd’hui une nouvelle escalade de la violence au Proche-Orient. L’intifada et les attentats,qui coûtent chaque jour la vie à des Israéliens, des touristes, des étudiants étrangers et même à des Palestiniens constituent une vaste aventure politique bien organisée, qui rapporte des dividendes quotidiens à son principal inspirateur et organisateur, Yasser Arafat. Les récents événements montrent qu’Arafat coordonne en coulisse l’action des structures de force et de nombreuses organisations terroristes de Palestine.

A l’opposé de la Palestine, le pouvoir est décentralisé en Tchétchénie. Les Tchétchènes n’ont pas de leader charismatique à l’image d’Arafat pour les Palestiniens. Les séparatistes tchétchènes n’ont pas un chef de file unique, que ce soit Maskhadov ou l’un des chefs de guerre. Qui plus est, le système des clans est pratiquement détruit, alors qu’il constituait, depuis des siècles, le fondement des structures communautaires. Une Tchétchénie décentralisée est une boîte de Pandore encore plus dangereuse que la Palestine.

Par rapport au conflit israélo-palestinien, la situation semble moins désespérée en Tchétchénie où les dirigeants russes endossent la responsabilité de tout ce qui se passe sur le territoire. La Russie n’admettra jamais d’ingérence politique ou militaire étrangère dans le conflit tchétchène, dont le règlement reste une priorité pour le pouvoir russe et l’affaire intérieure du peuple tchétchène. Alors que le conflit israélo-palestinien demeure un élément de la politique internationale, circonstance qui ne fait que l’aggraver.

En dépit de toutes ces différences, pourtant, la Tchétchénie et la Palestine sont les deux faces d’une même médaille. Du fait que le monde a déjà connu la faillite de l’Etat national pensé comme le remède à tous les maux, aux problèmes tchétchènes et palestiniens notamment. Du fait aussi que le monde, à l’exception des hommes politiques et des fonctionnaires de l’ONU, est de plus en plus conscient que le séparatisme et le nationalisme armé ne peuvent conduire à rien d’autre qu’à l’effusion de sang. Et comme il n’existe pas, en Tchétchénie, d’économie et de politique en dehors de la Russie - et les années 1990 l’ont bien démontré - il n’existe pas de Palestine économiquement indépendante d’Israël. D’ailleurs, sa vie politique ne fait qu’un avec la vie politique israélienne.

Evgueni Satanovski, président du Congrès juif de Russie







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