Moshé Katsav, Président d’Israël : "La France n’est pas antisémite"

Le Nouvel Observateur - 12/2/04
publié le jeudi 12 février 2004
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Pour le président israélien Moshé Katsav, qui sera reçu dans notre pays du 16 au 19 février, l’Elysée a déroulé le tapis rouge, soulignant ainsi la solennité de cette rencontre éminemment politique. Alors que les relations entre les deux pays, après des débuts plus que chaleureux, ont connu une longue période de glaciation, notamment depuis 1967, lorsque de Gaulle qualifia Israël de peuple « sûr de lui et dominateur », il existe aujourd’hui une réelle volonté de réconciliation.

Moshé Katsav a reçu Josette Alia et répond, en exclusivité, aux questions du Nouvel Observateur.


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Votre visite intervient au moment où la presse et certains hommes politiques israéliens dénoncent une montée de l’antisémitisme en France. Quel est votre sentiment sur ce point ?

-  Non, la France n’est pas antisémite. Mais il y a des manifestations d’antisémitisme en France, comme dans d’autres pays européens, et cela nous inquiète d’autant plus que la France est à nos yeux le pays le plus démocratique et le plus attaché aux valeurs universelles. Or celui qui jette des pierres contre une synagogue jettera un jour des pierres contre le Parlement.

Le gouvernement français réagit-il comme il convient contre ces agissements ou devrait-il en faire plus ?

-  Le gouvernement français a dénoncé ces actes antisémites et, là dessus, nous sommes avec le Président Chirac sur la même longueur d’onde. Nous évoquerons d’ailleurs ce sujet lors de ma visite.

Il y a d’autres sujets qui fâchent, notamment sur la solution à apporter aux problèmes de la paix au Moyen-Orient. Seront-ils aussi évoqués ?

-  Nous avons décidé de permettre aux relations bilatérales, qui marchent très bien, de se développer indépendamment des problèmes politiques, où des différents subsistent entre nous. Sur le plan bilatéral, nous allons poursuivre une coopération déjà très satisfaisante et mettre en chantier de nouveaux projets communs, déjà lancés par le groupe de haut niveau que président le Professesur David Khayat et l’ambassadeur Yejouda Lancry.

Les Français s’interrogent sur la politique actuelle d’Israel. Ariel Sharon déclare qu’il accepte l’existence d’un Etat palestinien, que l’occupation de la Cisjordanie doit cesser, et qu’Israel est disposé à évacuer unilatéralement la bande de Gaza. Mais, en même temps, il poursuit la construction d’un mur qui empiète largement sur la Cisjordanie palestinienne. N’y a-t-il pas une contradiction ?

-  La paix est à portée de main, le compromis est tout à fait possible. Mais le vrai problème est la lutte, à l’intérieur de chaque camp, entre des forces positives, qui veulent la paix et sont prêtes à en payer le prix, et les forces destructrices, comme le Hamas ou le Djihad, qui en fait la refusent et dont le but est la disparition de l’Etat d’Israël. Tant que les modérés comme Abou Ala, Abedl Rabbo ou Abou Mahzen ne prendront pas vraiment le pouvoir chez eux, ce sont les terroristes qui domineront la rue palestinienne et rien ne sera possible. C’est pourquoi nous avons érigé non pas un mur - il y a seulement l0 kilomètres en dur sur 200 kilomètres construits- mais seulement une barrière en simple grillage. Ce n’est pas une frontière politique, ce barrage n’est pas fixe. Il n’a qu’un but, faire cesser les infiltrations des terroristes et protéger nos citoyens. D’ailleurs il a été construit à l’initiative des militaires, pas des politiques.

Ce qui signifie qu’il pourrait être déplacé ?

-  Bien sûr, dès que nous pourrons négocier avec les palestiniens et qu’une frontière aura été fixée d’un commun accord. Comme nous l’avons fait au Liban. Vous savez nous ne voulions pas ce barrage. Il nous coûte très cher et suscite beaucoup de problèmes :politiques, internationaux, pratiques...

On peut parvenir à la paix par d’autres voies, comme le proposent certains israéliens . Vous avez reçu récemment Yossi Beilin et Yasser Abed Rabbo. Cela signifie-t-il un appui au moins moral de votre part à l’initiative de Genève ?

-  Je les ai reçus comme je recevrais quiconque prend une initiative de paix. Mais il y a un gouvernement légitime et un Parlement élu dans ce pays. Les procédures démocratiques existent et les élections ne manquent pas. Le peuple a toutes les possibilités de se prononcer et il se prononcera.

Vous aviez invité le Président syrien Bachar el Assad et il a refusé votre invitation. Le cas échéant, renouvelleriez vous cette offre ?

-  S’il changeait d’avis, qu’il soit le bienvenu. C’est à lui de choisir. Il sait comment nous joindre, soit par les voies secrètes utilisées dans le passé mais qui sont restées fermées ces dernières années, soit publiquement comme l’avait fait Sadate. Mais je reste sceptique lorsque j’entends le discours antisémite qu’il a tenu devant le Pape et lorsque je vois qu’il continue de livrer des armes iraniennes au Hezbollah au Liban.

En négociant avec le Hezbollah des échanges de prisonniers, vous en faites un interlocuteur et vous lui accordez ce que vous avez toujours refusé aux dirigeants palestiniens comme Abou Mahzen et Abou Ala. Est ce si judicieux ?

- Nous avions un devoir moral à l’égard des familles des trois soldats kidnappés en territoire israélien et tués par le Hezbollah, qui c’est vrai exploite nos sentiments. Mais quand Amou Mahzen était premier ministre, nous avions libérés des palestiniens, emprisonnés en Israel pour des raisons de sécurité. Et nous étions prêts à faire d’autres pas dans cette direction. Malheureusement à la suite d’un différent avec Yasser Arafat, Abu Mahzen a démissionné.

En novembre 2001 vous aviez proposé de prendre votre voiture et d’aller à Rammalah rencontrer Arafat pour lui proposer la « hudna » ( la trêve).

- Oui j’ai cru qu’on pouvait au moins calmer les esprits en parlant directement au peuple palestinien. Arafat avait accepté ma proposition . Mais au moment où je devais partir nos services secrets ont découvert l’affaire du « Karin A », ce bateau intercepté à l’instant où il allait livrer des armes à Arafat. Quand j’ai eu en main toutes les données du problème, et la preuve de ce double langage, j’ai renoncé à mon projet. Pourtant je continue à penser que nous avons, les palestiniens et nous, des intérêts communs très forts et évidents. Le tout est d’en persuader les opinions publiques, palestinienne et israélienne.

Le retrait unilatéral de Gaza qui vient d’être annoncé par Ariel Sharon vous semble-t-il possible et réalisable ? Dans quelles conditions et quand ?

- Sharon est déterminé et c’est à mon avis très sérieux. On prépare ce programme et on définit en ce moment les étapes de ce retrait, avec des développements précis.

Cette décision fait-elle partie d’un nouveau plan israélien qui pourrait être présenté lors du voyage d’Ariel Sharon à Washington ?

- Vous le verrez. J’ai un devoir de réserve sur les questions qui divisent la Knesset et je ne peux donc pas vous répondre. Je dirai pourtant que cette décision d’un retrait unilatéral de Gaza est la conséquence directe de la non application de la feuille de route par les palestiniens et de la poursuite des actes terroristes. Nous avons fait beaucoup de pas vers un compromis. Des leaders palestiniens se sont assis encore récemment sur cette chaise où vous êtes assise. Tout a toujours échoué à cause du terrorisme.

Vous savez ce que disait Rabin, qu’il faut réprimer le terrorisme comme s’il n’y avait pas de négociations et poursuivre les négociations comme s’il n’y avait pas de terrorisme. En appliquant cette méthode qui a conduit à Oslo, on aurait peut-être pu avancer plus vite.

- Les attentats que nous subissons depuis trois ans sont les plus sanglants que nous ayons connus, même pendant la période de Rabin. Malgré cela il y a eu depuis trois ans beaucoup plus d’initiatives qu’on ne le croit. Mais quand des autobus sautent dans la rue, qu’il y a des explosions dans les cafés, les restaurants, et que des centaines de civils femmes et enfants israéliens meurent dans des conditions affreuses, vous conviendrez qu’il est très difficile de gérer des négociations sérieuses.

En même temps, cela fait des terroristes les arbitres des efforts de paix, qu’ils peuvent ainsi ruiner quand bon leur semble. Comment rompre ce cycle infernal ?

- Là nous en revenons à votre première question sur ce que nous voulons vraiment : l’arrêt des attentats. Ou les palestiniens l’obtiendront de leurs extrémistes, ou alors c’est nous qui y mettrons fin d’une manière ou d’une autre. Parce que pour nous c’est vital. Après mille jours d’angoisse, d’assassinats et d’effusion de sang, les citoyens israéliens demandent, à juste titre, que leurs vies soient protégées, en priorité.







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