Jean KAHN : « Israël est un adversaire facile »

(Le Figaro)
publié le mercredi 11 février 2004
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Le Président du Consistoire Central déplore les critiques à l’égard d’Israël qu’il juge « outrancières ».

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LE FIGARO : « Vous avez été choqué par la pétition « pour une paix juste et durable au Proche-Orient », signée par certaines personnalités du Parti socialiste. Pourquoi ? »

Jean KAHN : « J’ai rarement rencontré un texte aussi violemment hostile à l’Etat d’Israël. Cette pétition, qui n’a d’ailleurs pas été signée par le Parti socialiste lui-même - François Hollande ne l’a pas signée- dénonce l’Etat d’Israël de manière outrancière et le caricature dans une posture quasi exclusive de répression des populations palestiniennes. Face à de tels excès, je m’interroge. Et je pense que les signataires de ce texte sont des socialistes qui n’arrivent pas à digérer les défaites subies. Pour trouver des raisons de survivre, reprendre des couleurs, ils s’en prennent à un adversaire facile : l’Etat d’Israël. »

LE FIGARO : « Ce caractère « violemment hostile » que vous dénoncez n’est pas évident... »

Jean KAHN  : « Il l’est pourtant. Cette pétition nie le caractère démocratique d’Israël. Elle lui dénie le droit d’exister en lui retirant une légitimité qu’il possède. Or chacun sait que c’est la seule démocratie de cette région du monde et la seule à être reconnue comme telle. La preuve : Israël bénéficie du statut d’observateur au Conseil de l’Europe, alors que d’autres pays comme l’Egypte, la Jordanie, la Lybie ou la Syrie se sont vu refuser ce statut. Israël est aussi le seul pays qui bénéficie d’une Cour suprême devant laquelle chacun peut se pourvoir. C’est pour cela que ce texte est violent : parce qu’il nie cette réalité. Il ne fait d’ailleurs que continuer la stratégie de Lionel Jospin qui a été extrêmement laxiste face à la montée du racisme et de l’antisémitisme. Lorsque je m’étais inquiété auprès du ministre de l’Intérieur du gouvernement Jospin, Daniel Vaillant, de la multiplication des violences contre les synagogues, il m’avait répondu : « Mais ce sont les mêmes qui incendient les voitures ! » Déjà, à l’époque, on ne voulait pas faire de mal à tout ce qui était musulman, d’origine maghrébine. »

LE FIGARO  : « Vous pensez que cette pétition répond avant tout à une pure stratégie électorale ? »

Jean KAHN  : « Ce calcul a déjà été fait lors de la dernière élection présidentielle et il repose sur une équation simple : les voix des électeurs juifs ne représentent que 10 % de celles des électeurs musulmans. »

LE FIGARO  : « En réagissant de la sorte, ne donnez-vous pas l’impression que l’on ne peut pas critiquer Israël ? »

JEAN KAHN : « Si, bien sûr, on peut critiquer Israël. Mais il faut avoir du bon sens dans la critique. Il est actuellement de bon ton de diaboliser Ariel Sharon. Cela fait bien dans le paysage. Mais il faut aussi avoir en tête qu’il y a en Israël la pression d’une extrême droite, plus à droite que Sharon. Il serait, à mon sens, dommage de continuer à présenter Sharon comme « l’homme avec qui on ne peut pas négocier ». Comme ce fut le cas avec le général De Gaulle en Algérie, il est possible que ce soit un homme de droite comme Ariel Sharon qui soit, aussi, en mesure de mener à bien des négociations. »

Propos recueillis par Anne Fulda



David Levy
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