C’est ainsi que tout a commencé

publié le lundi 9 février 2004
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Trois petites statuettes représentant trois singes dont l’un a les mains sur les yeux comme celui qui n’a rien vu, l’autre sur les oreilles comme celui qui n’a rien entendu et le dernier a la main sur la bouche comme celui qui n’a rien dit.

Cette petite fantaisie faisait partie du peu de biens que possédait Gandhi.

A Mâcon le 31 janvier, des premières rangées de la salle de spectacles, où des artistes se produisaient pour soutenir la campagne de collecte de pièces jaunes en faveur d’enfants malades, de ces mêmes rangées où siégeaient la première dame de France, David Douillet le célèbre judoka, et les officiels, montèrent soudain des cris de hordes nazies, et des gestes simulant des croix gammées, lorsque la chanteuse Shirel apparut. "Sale juive !". "Mort aux juifs !". " Au four, au four !". Bien des premières rangées...

Première question : Quelle est la probabilité pour que des spectateurs assis aux premiers rangs, non affublés d’une minerve, ni atteints de myopathie ou de paralysie des muscles oculaires, ne puissent pas voir ce qui se trame dans leur entourage immédiat sinon dans leur dos ? Réponse : nulle. Les nazillons "issus de l’immigration" ont mimé, mais eux n’ont rien vu ! Le spectacle n’était pas dans la salle. Et les agents assurant la sécurité de madame Chirac, non plus... Ah ! Les macaques qui se sont mis les mains devant les yeux !

Deuxième question : Lorsque sur 2000 spectateurs, une centaine se met à hurler des insultes racistes et des appels au meurtre, les entend t-on dans le brouhaha, si on est aux mêmes loges qu’eux ? Assurément. A moins d’être complètement sourd, et alors on n’a rien à faire dans cette salle. Shirel, sur scène, les a entendus, ce qui l’a d’abord empêché de chanter. Or elle s’apprêtait à entamer une chanson très douce, sans cuivres ni percussions qui auraient pu masquer les voix. Et lorsque la jeune chanteuse a hurlé à ses agresseurs, dans son micro "Taisez-vous ! Mais taisez vous !", était-ce audible ? Oui, parce que la sono n’était pas défectueuse.

Donc madame Chirac, Douillet et les autres, ont bien tout entendu... Lequel d’entre eux s’est levé pour faire cesser ces mots qui tuent ? Et dire aux spectateurs qu’il se passe des choses gravissimes en France, cette même France où l’on se précipite pour ramasser les pièces jaunes de la solidarité mais où les juifs sont insultés au mégaphone sans que personne n’entende ?

N’est-ce pas la même surdité qui a touché les français dans les années trente et quarante et qui a mené leurs concitoyens juifs dans les camps de l’hexagone puis dans les trains de la mort ? Ah les beaux macaques qui se mettent les mains sur les oreilles !

Troisième et dernière question : Après avoir vu et entendu, l’humiliation de la France tombée à terre, vu et entendu ce qu’à l’autre bout de la France le Premier Ministre promettait de combattre, comment expliquer que pas un seul officiel, la première dame de France en tête, n’ait eu le courage de monter sur le podium pour exprimer son dégoût, montrer du doigt les fauteurs de troubles, que dis-je ! les porte-drapeaux du nouvel antisémitisme, et faire cesser ce spectacle de bienfaisance transformé en arène de la haine ? Il n’y a aucune explication. La défense d’un ex premier ministre condamné par la justice est une cause nationale. La lutte contre le retour de la vermine brune, fût elle verte, non. Ah les macaques qui ont posé les mains sur leurs lèvres !

C’est ainsi que tout a commencé il y a soixante ans.

Personne n’a rien vu, rien entendu, et forcément rien dit... Il n’y avait personne dans les rues, personne dans les administrations, personne dans les campagnes. Toute la France résistait...dans les maquis. Les autres ? Ecrasés par le poids de la défaite, cherchant à survivre à la famine qui guettait, humiliés, mais surtout préparés au règlement de compte contre les juifs qui avaient tout et eux rien...

Jadis le français, plus préoccupé par son ballon de rouge que par ses juifs que l’on parque comme des bêtes, n’a rien voulu voir, rien voulu entendre, rien voulu dire. De nos jours, le chômage, les difficultés sociales, les banlieues à problèmes, l’euro qui nous appauvrit, la sécurité sociale en faillite, la guerre contre les OGM, le prix du tabac, de l’essence,et la semaine des 35 heures, rendent aveugle, sourd et muet.

Au début, la gauche trouvait toutes sortes d’excuses à ces jeunes issus de l’immigration. Elle préféra ne pas appeler les choses par leur nom. Le "non" de la rose fut inaudible. Au nom de la rose. Devenu depuis un sacré cactus...Misérable, disait l’un d’entre eux, en juin, aux douze heures de l’amitié France- Israël.

Puis l’extrême gauche anti israélienne s’acoquinant avec l’islamisme politique, montra qu’il y a parfois du bon dans les propos racistes, laissant et encourageant les slogans antisémites dans toutes les manifestations, donnant du "Sharon assassin" ou du "Bush, Sharon, Hitler, où est la différence ?", jusqu’à en vomir. Ces rouges là ont depuis, franchi le rubis con...

Aujourd’hui, en France, les autorités reconnaissent le fléau, se disent prêts à le combattre, mais ce sont des actes qu’il nous faut, plus des paroles. Et les premiers, se font sur les lieux du délit. Pas après. Quand madame Chirac, après coup, au chevet de Shirel, ne trouve rien d’autre à lui dire que "C’est vraiment désolant", que reste t-il comme réaction aux autres ?

Ah ! si la première dame de France s’était sentie humiliée comme son mari, Chef de l’Etat, l’a souligné dans son fameux discours du 22 mai 2003 ! Le combat contre l’antisémitisme aurait pris un autre tournant. Mais non, c’est tout ce que vous avez trouvé à dire, madame. Comme c’est désolant... Comme il est désolant que la plupart des journaux n’aient pas trouvé important de relater l’affaire, qui restera désormais comme "l’Affront de Mâcon".

Quelques heures avant, c’est le Ministre de l’Intérieur, lors d’une tournée électorale, qui se voyait affublé de tels noms d’oiseaux, que la décence m’empêche de citer ici, par les mêmes agresseurs. Mais que les policiers et les agents de sécurité, chargés du maintien de l’ordre, n’aient pas réagi dans la salle où se produisait Shirel, suivant ainsi les ordres du premier flic de France, c’est à vous faire attraper la grippe du poulet... Rien vu, rien entendu, rien dit.

A propos...Meilleurs vœux et bonne année du singe !







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