La terreur n’a pas de citoyenneté

publié le lundi 9 février 2004
Partagez cet article :



par Andrei PRAVOV, commentateur de RIA-Novosti, ancien correspondant de l’Agence RIA-NOVOSTI à Tel-Aviv.

publicité

La terreur n’a pas de citoyenneté, de nationalité et de frontières d’Etat. L’explosion dans le métro de Moscou qui a emporté la vie de civils de Moscou rappelle beaucoup les tristes événements qui ont eu lieu il y a quelques semaines à Jérusalem, à la seule différence près que la bombe qui a explosé à Jérusalem avait été placée dans un autobus de passagers et à Moscou, dans une rame de métro. Une autre différence réside dans les palmiers éternellement verts qui poussent en Israël et la neige qui couvre les rues de Moscou. Pour le reste, c’est à peu près pareil.

Pendant le travail en Israël en qualité de correspondant de RIA-Novosti, l’auteur de ces lignes s’est presque "habitué" à la terreur. Plus de trois ans d’"intifada d’Al-Aqsa" ont emporté beaucoup de vies des deux parties engagées dans le conflit israélo-palestinien. Aujourd’hui, à Moscou, les sirènes des ambulances passant à toute vitesse près du bâtiment de RIA-Novosti situé à Sadovoié Koltso en se dirigeant vers la gare Paveletski m’ont rappelé ma récente mission en Israël. Comme si cela avait lieu à Tel-Aviv ou à Netanya : les sirènes, les barrages dressés autour du lieu de l’incident, des embouteillages, etc.

Les buts poursuivis par les terroristes sont partout les mêmes : démontrer leur capacité de semer la peur dans une ville immense, mépriser le pouvoir dans le pays qui, prétendent les organisateurs des actes terroristes, finira par se soumettre à leur volonté et à leurs exigences. Dans le cas de l’explosion dans le métro de Moscou, il s’agit également d’une tentative évidente des terroristes de faire une démonstration de force à la veille de l’élection présidentielle en Russie.

Pour l’instant, les mots "piste tchétchène" n’ont pas encore été prononcés officiellement. Les représentants des services secrets invitent même les journalistes à ne pas tirer de conclusions hâtives. Mais, naturellement le sujet des "shaheeds tchétchènes" est discuté par le peuple qui n’a pas oublié la prise d’otages au théâtre de la Doubrovka, l’explosion près de la Place Rouge (apparemment, celle-ci a été également commise avant les élections à la Douma qui ont eu lieu en décembre). Selon de nombreux Russes, c’est "leur style".

Le "sujet israélien" est également l’objet des discussions. On entend dire parfois que la vie en Russie ressemble de plus en plus aux réalités israéliennes : les explosions se succèdent.

Ces raisonnements sont, en partie, justes. Mais seulement en partie. Il y a un point commun dans deux conflits : ce sont les extrémistes islamiques qui fournissent les bombes aux terroristes, aussi bien tchétchènes que palestiniens. Il est évident depuis longtemps que ces radicaux tâchent de profiter de tous les conflits qui éclatent dans le monde et où sont engagées, dans telle ou telle mesure, les musulmans, notamment au Proche-Orient et dans le Caucase du Nord.

Mais ces conflits ne sont pas du tout identiques, comme on essaie parfois de le faire croire, c’est pourquoi il serait certainement erroné d’identifier les réalités tchétchènes et palestiniennes. Tout d’abord, Israël occupe effectivement les terres palestiniennes. De nombreuses déclarations ont été faites à ce sujet, l’ONU a adopté des résolutions appropriées. En fin de compte, l’occupation a été reconnue par le premier ministre d’Israël Ariel Sharon. Mais aucun homme politique sensé n’a osé le dire à propos de la Russie et de la Tchétchénie. Au contraire, dans ce cas, on reconnaît ordinairement que tout ce qui se produit dans le Caucase du Nord est une affaire intérieure de Moscou. Quant aux Tchétchènes, ils sont qualifiés de séparatistes qu’on a "déjà vus" dans divers autres pays du monde.

D’autre part, les principaux "problèmes insolubles" du conflit palestino-israélien sont, comme tout le monde le sait, au nombre de trois : le statut de Jérusalem, les réfugiés et la future frontière entre les deux Etats. Dans le cas de la Tchétchénie, ces problèmes n’existent pas. Nul ne s’attaque à l’appartenance de la ville de Grozny aux Tchétchènes, tous les réfugiés tchétchènes ont la possibilité de regagner leur foyer, ce que les autorités russe saluent, et personne ne conteste le tracé de la frontière administrative de la Tchétchénie. Qu’y a-t-il ici de commun ?

Les chefs de guerre tchétchènes qui se cachent dans la montagne voudraient vraisemblablement mettre un signe d’égalité entre eux-mêmes et les "Palestiniens inflexibles" et démontrer au monde entier, en premier lieu au monde islamique, qu’il est nécessaire de soutenir leur "lutte contre les Russes" avec la même ardeur que la "lutte des Palestiniens contre les Israéliens". Cela explique peut-être en partie la passion des extrémistes tchétchènes pour les idées des kamikazes, très populaires dans les pays arabes.

Certains idéologues des bandes tchétchènes ont, paraît-il, compris que ce "style de lutte" pouvait s’avérer payant. C’est pour cette raison que, depuis ces derniers mois, les annonces de recrutement de kamikazes parmi la jeunesse tchétchène se font de plus en plus fréquentes. Qui plus est, ces enrôlements ne sont pas toujours, selon la presse, volontaires et les jeunes candidats subissent d’abord un traitement à la drogue.

Il est impossible de distinguer le sang des Russes de celui des Israéliens. Il a la même couleur. Autant dire que la terreur qui fait des morts parmi les innocents est inadmissible et criminelle indépendamment de l’objectif que se fixent ses instigateurs et organisateurs. Indépendamment des régions où tonnent les explosions, à Moscou ou à Jérusalem.

Andrei PRAVOV





Agence Ria Novosti
http://en.rian.ru


blog comments powered by Disqus

  • La terreur n’a pas de citoyenneté
    23 octobre 2006, par Koira

    Pour réussir à faire croire que les Tchétchènes menacent la Russie au même titre que les Arabes menacent Israël, il faudrait que les Tchétchènes cherchent à rayer la Russie de la carte et à exterminer les Russes qui s’y trouvent pour s’y installer exclusivement. Or, la situation est inverse : ce sont les Tchétchènes qui, comme les Israéliens, voudraient bien pouvoir vivre tranquilles sur leur minuscule territoire, et qui ne font que se défendre contre des criminels qui veulent leur voler leur terre alors qu’ils ont par ailleurs un territoire immense.

    La seule différence entre les Russes et les soi-disant "Palestiniens", c’est qu’ils n’ont pas inventé de "nationalité" pour faire croire qu’ils ne pourraient pas être chez eux partout ailleurs qu’en Tchétchénie. En revanche, ce sont bien les Soviétiques qui ont inventé ce truc du "peuple palestinien" pour faire perdre de vue que la terre d’Israël est minuscule par rapport à l’immensité des territoires arabes où ces soi-disant "Palestiniens" pourraient vivre chez eux.



Articles incontournables