Parasha Bo 5764

Chabbath 31 janvier 2004 - 8 Chevath 5764 - Début : 17 heures 31 - Fin : 18 heures 33
publié le mardi 27 janvier 2004
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Lecture de la Torah : Exode X, 1 à XIII, 16 : Les dernières plaies et la sortie d’Egypte. Les lois de la Pâque. Haphtara : JEREMIE XLVI, 13 - 28 : Ruine de l’Egypte. Retour d’ISRAEL de l’exil. TUNISOIS : ISAIE XIX, 1 - 25 : Ruine de l’Egypte ; sa conversion et celle de l’Assyrie.

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Commentaire de la Torah :

A partir de la lecture de la Torah de cette semaine, nous allons désormais retrouver la série des mitzwoth que nous découvrirons dans chaque paracha. Celle de BO, au chapitre XII de l’Exode, nous enseigne les lois de PESSAH qui seront annuellement appliquées à partir de la sortie de l’esclavage d’EGYPTE. Pour en fixer la date avec précision, la Torah prévoit que l’on observe chaque mois la nouvelle lune. C’est à l’apparition de celle-ci que l’on fixe le début des mois, celui de NISSAN étant important pour ne pas se tromper dans la date de PESSAH et celui du mois de ELLOUL à partir duquel on fixe les solennités de ROCH-HACHANA et KIPPOUR. Il existe tout un système de calculs astronomiques que connaissaient déjà les Sages du Talmud. Il est toujours en vigueur et permet la mise en place des calendriers que nous utilisons encore de nos jours pour tous nos événements religieux.

C’est à propos de PESSAH, que nous trouvons dans la Torah l’ordre donné de raconter à nos enfants ce grand événement fondamental dans notre conscience religieuse, composant ainsi tout le cérémonial de la soirée du SEDER. Nous lisons en effet : « Tu raconteras à ton fils : « C’est dans cette vue que l’Eternel a agi en ma faveur, quand je sortis de l’EGYPTE. Et tu porteras comme symbole sur ton bras, et comme mémorial entre tes yeux (afin que la doctrine de l’Eternel reste dans ta bouche), que d’un bras puissant, l’Eternel t’a fait sortir de l’EGYPTE. » (Exode XIII, 8-9).

Précédemment, la Torah nous avait déjà dit : « Et ce fut au bout de quatre cent trente ans, précisément le même jour, que toutes les milices du Seigneur sortirent du pays d’EGYPTE. » (Exode XII, 41). Et c’est peu avant la fin de la paracha, quand le peuple hébreu est sur le point de partir après sa libération, que la Tora va lui fixer deux obligations : celle d’avoir à raconter ce qu’il avait vécu durant la longue nuit de l’esclavage, et celle du précepte des TEFILINES, les phylactères.

Dans son code de lois, sur les règles concernant les pains azymes (MATZA) et la gravité résultant de la consommation de pain levé (HAMETZ), MAIMONIDE nous enseigne (MISHNE TORAH - Lois de HAMETZ et MATSA - Chapitre 7, halakha 1 : « C’est un commandement positif de rapporter les miracles et les prodiges qui furent réalisés en faveur de nos ancêtres en EGYPTE, durant la nuit du quinze Nissan, car il est dit : « Souviens-toi du jour où vous êtes sortis de l’EGYPTE. (Exode XIII, 2), de même qu’il est dit : « Souviens-toi du jour du Chabbat » (Exode XX, 8). D’où savons-nous que cela se passa durant la nuit du quinze Nissan ? pour t’enseigner : « Tu raconteras à ton fils en ce jour, en vue de cela - BAAVOUR ZEH » (Exode XIII, 8).

Ainsi, de génération en génération, la transmission de père en fils du récit de la sortie d’EGYPTE est une obligation de la Torah, au même titre que l’observance du Chabbat. Et le récit de la sortie d’EGYPTE, durant la veillée pascale doit se situer au moment précis où sur notre table, se trouvent réunis les symboles de ces événements anciens, représentés par la MATSA et le MAROR, les herbes amères. Cela se pratique obligatoirement le quinze Nissan et non à une autre période de l’année religieuse. MAIMONIDE insiste la-dessus, en ajoutant : « Même les plus grands savants sont tenus de faire ce récit, cette HAGADA, et plus on prolongera ces récits, plus grands seront les mérites. L’importance de cette partie de notre Histoire est telle que nul ne saurait être dispensé d’en faire le récit, fût-t-il le plus grand des Sages.

Pourquoi tout cela ? Afin de réaliser le précepte : « Souviens-toi », on doit accomplir celui de « Tu raconteras ». Les deux commandements sont dépendants l’un de l’autre. « Tu raconteras » cela n’exige pas qu’il faut attendre que le fils questionne son père, il faut même précéder cette demande d’explications. L’obligation pour chaque père d’instruire son fils relève de notre paracha et du commentaire de MAIMONIDE. Le « souviens-toi » relatif au CHABBAT et celui qui s’applique à la sortie d’EGYPTE contient chacun le même caractère sacré. Car, de même que nous pensons au Chabbat chaque jour de la semaine, de la même manière, chaque jour de l’année nous rapproche de ce quinze Nissan où nous pouvons régulièrement fêter la sortie d’EGYPTE, en racontant ce qui s’y était passé.

Il convient ici de rappeler l’enseignement de Rabbi ELAZAR ben AZARIA qui, au nom de Ben ZOMA dit que le verset : « il faut que tu te souviennes , tous les jours de ta vie, du jour de ta sortie d’EGYPTE (Deutéronome XVI, 3) nous rappelle l’importance de marquer ce souvenir historique, durant toute notre vie. Ceci explique entre autres l’importance des préceptes relatifs au TALITH, aux TEFILINES et à la MEZOUZA, que la Torah met en relation avec la sortie d’EGYPTE. Et selon la Tradition, ce rappel est constant, aussi bien de jour que de nuit.

En s’appuyant sur ce commandement du souvenir de ce passé douloureux de notre histoire, prélude à tant d’autres périodes sombres de notre Histoire, nos Sages vont jusqu’à dire que nous devrons mentionner la sortie d’EGYPTE jusqu’à la fin des temps, jusqu’à la venue du MESSIE, englobant ainsi dans notre espérance, toutes les nations de la terre et tous les peuples. D’où, l’importance que revêt pour le Judaïsme, l’obligation de raconter. Il ne s’agit pas d’une historiette, d’un roman ou d’une fable. Il s’agit de l’histoire authentique d’un peuple, qui, par les souffrances endurées veut enseigner aux autres, la nécessité de lutter contre toute forme d’oppression, d’esclavage.

En mettant les TEFILINES chaque matin, le croyant juif se remémore ainsi le OTH, le signe par lequel D.ieu a tenu à nous rappeler l’importance de la liberté si durement acquise. C’est également cette actualisation permanente de la sortie d’EGYPTE que nous marquons par la célébration de PESSAH, celle de SOUCCOTH en érigeant une frêle cabane. Aussi, en portant les TEFILINE dont nous parle longuement notre paracha, nous faisons acte de soumission à D.ieu, et nos Sages vont jusqu’à considérer cette soumission comme devant être partagée par les autres nations, ainsi qu’il est écrit : « Et tous les peuples de la terre verront que le nom de l’Eternel est associé au tien, et ils te redouteront. » (Deutéronome XVI, 10)

Loin de nous l’idée d’effrayer qui que ce soit. Mais de même que les EGYPTIENS ont fini par se rendre compte qu’ISRAEL est protégé directement par D.ieu, de la même manière, de nos jours encore, après toutes les souffrances injustement imposées au peuple juif, durant tant de siècles, c’est par notre respect des commandements de D.ieu que nous finirons pas forcer le respect de ceux qui auraient souhaité notre perte. En tout état de cause, lorsque nous célébrons PESSAH par le récit de la HAGADA et lorsque nous portons les TEFILINES, nous sommes des témoins de D.ieu et nous préparons l’ensemble de l’humanité à se préparer à accueillir le MESSIE, pour que cessent les persécutions et les atteintes à la liberté et à la dignité de l’homme.

HAPHTARA :

"« Communication adressée par l’Eternel au prophète JEREMIE, concernant l’avance de NABUCHODONOSOR, roi de Babylone, pour abattre le pays d’EGYPTE ? Annoncez-le en Egypte...... dites : Debout ! Tiens-toi prêt ! car le glaive dévore autour de toi. » (Jérémie XLVI, 13-14)"

Ce passage peut-être interprété de deux manières : NABUCHODONOSOR peut n’avoir fait encore aucun mouvement de troupes, ce qui rendrait notre texte doublement prophétique : Non seulement JEREMIE annoncerait les conséquences d’une attaque mais aussi le projet babylonien encore tenu secret. (RADAK), ou bien encore, comme on le traduit couramment : « lorsque NABUCHODONOSOR... s’avançait pour abattre l’EGYPTE, ce qui diminuerait la prophétie à sa deuxième partie, à savoir les suites ou les conséquences de l’invasion.

Il semble comme le rapporte RACHI sur ce texte, que le fait rapporté aurait eu lieu la 27ème année du règne de NABUCHODONOSOR. Il serait donc contemporain de celui d’EZECHIEL (chapitre XXIX)

Mais la suite (v. 18) semble confirmer la première hypothèse : "« Aussi vrai que j’existe, dit le Roi, qui a nom Eterne-Cebaot, pareil au Thabor, parmi les montagnes, comme le Carmel qui s’avance dans la mer, il va venir (l’ennemi vainqueur)." A cette époque par conséquent, les courtisans Egyptiens, trompés sur les intentions de NABUCHONOSOR, veulent se rassurer et cherchent à rassurer leur maître. Or, c’est pour leur enlever cette illusion que le prophète leur adresse ces paroles.

De ce passage énigmatique, on peut tirer deux enseignements. D’une part, les prophètes d’autrefois jouaient un rôle politique, comme ce fut le cas pour JEREMIE. D’autre part, comme nous l’avions déjà vu dans la paracha, le Pharaon, comme son successeur plus tard, est soumis à la volonté de D.ieu. A l’époque de notre prophète, le Pharaon se croyait protégé et plus fort que le roi de Babylone. Les succès politiques et militaires sont toujours incertains. C’est ce que veut suggérer JEREMIE lorsqu’il déclare : "« Béni soit l’homme qui se confie en l’Eternel, et dont l’Eternel est l’espoir ! »"

Depuis la sortie d’EGYPTE et jusqu’à la fin des temps, notre force réside dans cet espoir, car la protection du Tout-Puissant ne nous a jamais fait défaut.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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