Les motivations de la recherche généalogique

Extrait de GenAmi n° 22
publié le jeudi 15 janvier 2004
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Les raisons d’une telle recherche sont de nature très variée. Elles pourraient se classer en deux grandes catégories : la recherche d’ancêtres directs dans le temps, souvent accompagnée de celle de collatéraux, et la recherche de cousins contemporains perdus de vue depuis deux ou trois générations. Nous avons eu l’occasion de rencontrer de nombreux cas de chaque catégorie. L’intérêt purement historique arrive loin derrière pour la plupart des personnes qui font appel à nous.

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1 - La recherche d’ancêtres

Le départ est rarement fortuit. La recherche des parents et aïeux à divers degrés correspond souvent à des évènements survenus assez récemment.

La retraite

Lors de sa vie dite active, on a rarement le temps de s’interroger sur le passé. Mais ensuite beaucoup de gens reviennent sur leur histoire et sur celle de leurs parents, surtout si ceux-ci ont disparu dans la tragédie du 20e siècle. Alors plus ils en apprennent, plus ils veulent savoir : que leur est-il vraiment arrivé, comment et quand sont-ils vraiment morts ? C’est une quête d’information souvent sans fin.

Perte d’un parent ou d’un proche

La perte d’un parent qui servait de lien avec le passé, l’arrivée à un moment de sa vie où l’on se trouve moins occupé et l’on a le temps de se poser des questions et le désir de laisser des souvenirs et informations à ses enfants sont des motivations fréquemment rencontrées.
En ce qui me concerne, je suis restée un jour sans parents ni grands-parents, avec une quantité de photos dont j’ai hérité et que je me suis mise à ranger dans des albums. Heureusement, j’avais demandé quelques années auparavant à ma grand-mère, qui avait une mémoire remarquable, d’identifier les personnes photographiées, ce qu’elle avait presque complètement réussi à faire. Elle a également pu me donner les noms de ses parents, beaux-parents, soeurs, frères, leurs conjoints et tous leurs enfants dans l’ordre de naissance. Et pourtant, il s’agissait alors de familles très nombreuses. Après avoir rangé toutes ces photos, y compris celles des défunts que j’avais bien connus et que j’aimais beaucoup, je souhaitai qu’ils ne disparaissent pas totalement de la mémoire familiale et je me suis mise à parler d’eux dans trois cahiers, au milieu de mes propres souvenirs plus récents. Je me demandais comment je pouvais expliquer clairement les liens de chacun entre eux et avec nous. J’ai commencé à dessiner quelques arbres, à inventer toutes sortes de systèmes moins satisfaisants les uns que les autres. Une amie de la famille de mon mari m’a conseillé d’entrer dans un cercle de généalogie, ce que j’ai fait. Je dois dire que je n’ai trouvé aucune aide (c’est plutôt mon exploration des sources qui a servi à d’autres), sinon l’information un jour de l’existence de logiciels informatiques. Ce fut enfin la solution pour le rangement des données accumulées depuis un certain temps.

Révélations concernant un abandon ou une adoption, la sienne ou celle d’un parent

Si un parent pouvait imaginer la souffrance d’un enfant abandonné sans en connaître la raison, et même ensuite et parfois surtout celle des petits-enfants qui veulent absolument savoir quelles sont leurs origines naturelles, jamais il n’y aurait d’accouchement sous X.. Après avoir rencontré différents cas nous nous sommes mis à espérer que les projets d’accès aux dossiers pour les descendants puissent se réaliser.
Un jour, Cécile a décidé de se mettre à chercher pourquoi sa mère, pourtant résignée et silencieuse, née en 1932, est déclarée à sa naissance par ses deux parents mariés, puis un jour confiée "provisoirement" à l’assistance publique, donc non adoptable, et laissée là définitivement. Nicole se demande pourquoi son père a été confié à des familles nourricières alors que sa grand-mère n’était pas morte ; la DASS fait un barrage à l’accès au dossier.

Accès aux dossiers administratifs

Nous nous sommes renseignés sur les possibilités d’accès aux dossiers administratifs, en particulier ceux qui permettent de connaître son origine. On peut trouver toutes les informations sur Internet. Il est possible de consulter les documents quand ils ont été conservés, à certaines conditions mais à peu près toujours pour une personne directement concernée (loi N° 78753 du 17/7/1978). De façon générale :
"...Les documents mettant en cause la vie privée deviennent librement communicables à l’expiration d’un délai de 60 ans. Ceux présentant un caractère médical ne sont accessibles qu’à l’issue d’un délai de 150 ans. Ces différents délais sont en passe d’être revus par le projet de loi sur la société de l’information.
En application de ces dispositions, sauf interprétation contraire donnée par les juridictions, le secret de l’identité des parents ne serait pas imprescriptible dans l’état actuel de la législation."
Cependant il est encore presque impossible de connaître sa mère en cas d’accouchement sous X (loi de 1993). Pour le moment on ne peut consulter un dossier sans avoir le lieu, la date et même l’heure de la naissance. La législation varie suivant les gouvernements en place et actuellement, il est difficile de faire bouger les choses dans ce domaine. Dans d’autres pays, il existe des "boîtes" à bébés qui peuvent donc être déposés de façon totalement anonyme, c’est la solution la plus terrible pour les enfants. Cependant les mentalités évoluent et il y a de l’espoir pour le futur.
La Cour européenne des droits de l’homme doit également prochainement statuer sur la question.
En cas de refus ou de silence gardé pendant un mois, vous pouvez de toute façon, saisir la Commission d’accès aux documents administratifs (CADA), 66, rue de Bellechasse, 75007 Paris, Tél : 01 42 75 79 99, http://www.cada.fr

Et le père ?

Lorsque la mère a déclaré son enfant né de père inconnu et meurt sans avoir laissé aucune indication, que faire ? D’abord interroger ses proches, il est rare qu’on ne trouve pas une personne qui puisse donner une information. Nous savons que dans certains cas l’enfant a trouvé des photos dans les papiers de sa mère décédée dont certaines pourraient être celles du père. Il est difficile de faire des démarches avec si peu, surtout si le père est à l’étranger. Mais de nos jours, avec Internet et la facilité des communications, il est tentant d’essayer de proposer un portrait à reconnaître et GenAmi propose ce service.

Révélations sur la religion

La religion a souvent été cachée par suite de conversions ou de rejets d’une branche de la famille. Nous avons différentes anecdotes à raconter à ce sujet.

Faire enrager les grands-parents

Un jeune homme me téléphone un jour pour que je le conseille dans sa recherche concernant un grand-père nommé Haas, originaire d’Alsace, qui avait épousé une fille de Bretons. Il a disparu ou bien est mort assez tôt. Les grands-parents maternels l’appelaient "le Juif", bien que les prénoms et les premières informations données par le jeune homme n’incitaient pas à penser qu’il l’était. Après lui avoir expliqué que Haas n’était pas du tout un nom typique et qu’il faudrait effectuer une recherche un peu plus poussée afin d’avoir des preuves, je l’entendis répondre "je sens que je suis juif". Je lui ai demandé pourquoi il tenait tellement à le prouver et il m’a répondu : "cela ferait bien enrager mes antisémites de grands-parents !"

Une épouse infidèle ?

On n’imagine pas le nombre de personnes qui souhaitent se trouver des ancêtres juifs. Jacqueline, parce qu’elle a épousé un Juif dont le père était un homme intéressant et sympathique, souhaiterait aussi se trouver des ancêtres juifs. Elle est également persuadée qu’elle sent "le sang juif couler dans ses veines" et cherche une preuve. Elle a un nom alsacien que l’on ne retrouve pas parmi les Juifs. Il est vrai qu’elle a un type un peu sémite. Cependant pour le moment, aucun "espoir" ne lui est permis, au moins parmi ses ancêtres officiels Comment lui dire qu’il faudrait enquêter sur la fidélité de ses ancêtres féminins ?

Faire son Aliah

Michèle veut absolument émigrer en Israël, et pour cela elle cherche à prouver qu’elle a des ancêtres juifs. C’est parfois très difficile ! Elle n’avait pas remarqué que la place de la mairie du petit bourg belge où était née une grand-mère, portait justement son nom, probablement celui d’un notable de la ville. Elle ne semble cependant pas découragée.

Qu’est devenue ma grand-mère ?

C’est une question posée récemment par un correspondant sur Internet qui me donne la date et le lieu de naissance, et même le nom d’un conjoint qui n’était pas son grand-père. Et il ajoute : "Comme elle est née en 1905 et qu’il n’y a pas de mention marginale, elle est peut-être encore vivante." Je me précipite sur le Mémorial de Klarsfeld sur CD-Rom et constate que la grand-mère a été déportée en 1942 avec son mari et leur fille de 8 ans. Je lui ai annoncé la triste nouvelle avec peut-être pas assez de ménagement.

Enfant caché à sa famille naturelle

Le cas le plus tragique que j’ai entendu, dans le cadre de notre association, est celui d’un homme, appelons-le Alain, qui m’a un jour téléphoné, afin de trouver une oreille (probablement parmi beaucoup d’autres) dans laquelle déverser son indignation et même sa rage. Sa mère a été déportée en 1943 alors qu’il n’avait que six mois. Confié à différentes familles par des organisations juives, suivi par la Croix-Rouge, il se voit stabilisé dans une famille de paysans qui ne l’adoptent pas mais le baptisent à sept ans. C’est seulement au moment où il doit passer son certificat d’études qu’il apprend qu’il ne porte pas réellement le nom de sa famille d’accueil et c’est seulement à 18 ans qu’il apprend, grâce à des camarades plus au courant que lui de son histoire, que sa mère était juive et a été déportée Déjà plein de haine pour "la bonne femme", comme il dit, dans l’impossibilité d’effectuer des études de médecine pour lesquelles il se sent une vocation (on avait besoin de lui aux champs), il quitte la famille d’accueil, effectue son service militaire, et devient journaliste après des années très difficiles.
Mais le pire arrive au décès de la paysanne, quand Alain découvre les papiers qu’elle avait conservés. Il constate alors l’existence d’une correspondance qui s’est échangée pendant dix ans entre le frère de sa mère, vivant aux USA qui le recherchait, avec des autorités officielles et les associations et la femme qui le gardait. On a fait croire à l’oncle qu’on ne retrouvait plus l’enfant ou bien qu’il était décédé.
Alain va écrire son histoire, j’espère que cela va l’aider à assumer son passé. Il m’a envoyé le synopsis de son livre ; j’espère qu’il va essayer de prendre un ton moins subjectif et moins violent. Les faits parlent d’eux-mêmes.

Des substitutions d’identité

Frédérique va également coucher par écrit le récit de la recherche qu’elle effectue afin de retrouver les véritables parents de sa mère. C’est pourquoi nous n’en dirons que peu de mots. Sa mère a donc su tardivement qu’elle a été adoptée en 1945 dans des conditions tout à fait anormales. D’une part, on lui a toujours caché sa vraie identité et sa religion juive d’origine, on ne lui a pas dit que sa mère a été déportée. Frédérique découvre petit à petit qu’un trafic d’enfants a été organisé à grande échelle.

Intérêt historique

Dans le cadre des recherches d’ancêtres, une minorité de personnes se limitent au simple jeu de piste, l’intérêt du cadre historique et religieux, l’idée de se raccrocher à des dynasties rabbiniques prestigieuses arrivent seulement ensuite mais rapidement. L’un de nos adhérents, venu chercher un peu d’aide, est reparti avec une liste d’ancêtres remontant à RACHI et au-delà. Complètement ahuri d’avoir fait une telle récolte, il est parti avec sa serviette qui, dit-il, pesait très lourd et content de pouvoir se vanter auprès de son épouse ! Comme d’autres dans le même cas, il va maintenant consulter diverses encyclopédies afin de se renseigner sur tous ses prestigieux ancêtres. J’ai aussi entendu dire : "Maintenant, il faut que je me renseigne un peu mieux sur la religion de mes grands-parents" et certains me demandent des adresses de communautés religieuses.
C’est en découvrant les ancêtres que l’on découvre le cadre dans lequel ils vivaient, les conditions de vie très différentes d’une région à l’autre et d’un pays à l’autre, leurs métiers, ceux qu’il leur était permis de pratiquer, la vente de produits usagés, de bestiaux et le prêt en Alsace, l’artisanat en Europe de l’Est, ...etc. On apprend de quels maux ils ont été accusés au cours des siècles, les persécutions, les lois et les conséquences sur leur nom de famille. En remontant, on s’aperçoit que l’on peut trouver des branches communes avec beaucoup de monde et qu’il y avait des dynasties de rabbins auquel il se peut qu’on appartienne. Et nous voilà lancés vers la réalisation d’une énorme toile d’araignée s’étendant à l’infini. La généalogie se transforme alors en histoire familiale et même régionale et permet des études sociologiques très variées.

2 - Les recherches de cousins

Elles proviennent parfois de personnes ayant appartenu à des familles très nombreuses et qui se sont repliées sur elles-mêmes par suite de la difficulté de rencontrer tous les collatéraux, difficultés liées à l’éparpillement géographique mais aussi par suite du manque de temps dû à un travail trop prenant.
Mais la grande majorité des demandes qui nous parviennent sont dues à la séparation au cours d’une émigration vers des pays différents ou à la suite de la deuxième guerre mondiale et de ses assassinats.
Certaines personnes ont souffert toute leur vie d’avoir été séparées d’une branche de leur famille. D’autres personnes n’avaient aucun souci de cet ordre.. Dans les deux cas, le développement des sciences généalogiques, les énormes possibilités dues à l’informatisation des données et à Internet, le dévouement des bénévoles, incitent les personnes à se poser la question : « Et si j’essayais ? »
Les moyens à la disposition des intéressés sont nettement plus limités dans la recherche de contemporains car nous n’avons en général accès qu’à des documents de plus de cent ans ou bien nous sommes limités à nos propres ascendants. Il faut alors avoir une grande expérience des recherches et parfois faire appel à des professionnels qui ont injustement seuls le droit d’accès à tous documents. De plus, beaucoup d’étrangers ne comprennent pas qu’il n’existe à peu près aucun professionnel compétent dans le domaine de la généalogie juive en France.

Séparées depuis 60 ans, des cousines germaines se retrouvent sur des continents différents

Michael, en Californie, voulait tellement faire plaisir à sa tante, née en France en 1932 ! Elle était partie avec sa mère en 1934 pour la Californie à la suite du décès de son père. En France sont restés un oncle et ses enfants. Nous avons raconté les difficultés de cet oncle afin d’obtenir la naturalisation française (voir GenAmi n° 13). Après quelques recherches et avec beaucoup de chance, nous avons pu mettre les cousines en relation. Elles ont également pu joindre les descendants d’une tante partie pour l’Argentine, dont le nom se trouvait dans le dossier de naturalisation. En visite à Paris, la cousine des Etats-Unis et sa fille sont venues me voir en compagnie de la cousine française.

Le mur de la déportation peut être franchi

Josiane ne savait rien sur la famille de son père, qui a été déporté. Et donc presque rien sur ses origines. Les organisations et associations de familles de déportés, et les listes de Yad Vashem donnent rarement des informations pouvant aller au-delà de ce mur qu’ils croient infranchissable, celui de la déportation. Ils ne pensent pas à adresser les personnes qui veulent aller au-delà de ce mur aux bons soins des associations de généalogie qui connaissent les outils nécessaires à une recherche complémentaire efficace. Egocentrisme des organisations responsables ? Ignorance ? Le résultat est qu’ils laissent parfois les chercheurs dans un véritable état de souffrance.

Données insuffisantes

Il y a des limites aux possibilités de trouver certaines informations, et les efforts à déployer sont parfois hors de proportion avec le but à atteindre, par exemple ajouter un nième cousin lointain à son arbre, cousin si lointain qu’on ne sait rien sur lui. C’est le cas de personne qui ne dépenseraient pas une cotisation à une association car trop peu motivées, mais qui espèrent quand même bénéficier d’aides de bénévoles. Nous les repérons maintenant assez rapidement.

Pourquoi on refuse de s’intéresser à son histoire familiale

Nous nous sommes presque tous heurtés, dans nos familles ou bien au cours de nos recherches, à des refus catégoriques de répondre à nos questions et souvent nous avons eu des courriers restés sans réponse.
Le plus simple est de se dire que la généalogie n’intéresse pas tout le monde. Si on effectue un calcul du nombre de généalogistes appartenant à une association en France ou ailleurs, si on double ce nombre en considérant qu’un même nombre de généalogistes essayent de se débrouiller tout seuls, on arrive à la proportion d’environ un sur cinq cents habitants intéressés. Parmi ceux qui ne sont pas généalogistes, il y a les actifs trop occupés, certains devant cumuler avec des responsabilités familiales, les "bienheureux" qui ne se posent aucun problème, les jeunes qui ont d’autres idées en tête et ceux qui ne veulent pas savoir, sous prétexte qu’il vaut mieux regarder vers le futur.
Mais en généalogie juive, on peut trouver d’autres raisons, et d’abord le désir de cacher ses origines, soit parce que l’on s’est intégré dans un autre milieu de religion différente, soit par suite de très mauvais souvenirs de guerre que l’on craint de faire remonter à la surface.

Jean-Claude, qui est né de parents juifs, a épousé une catholique.

Il se sent un peu le mouton noir de cette famille qui l’a adopté et tout ce qui rappelle ses origines le gêne. Alors il se dit non intéressé par la généalogie. C’est son beau-frère non juif, très passionné par cette discipline, qui a entrepris des recherches le concernant et a fait des découvertes qui, espérons-le, intéresseront un jour Jean-Claude ou bien ses enfants.

Le refuge dans un changement d’identité

Lorsque j’ai cherché à rassembler les descendants de mes arrière-grand-mères et de leurs collatéraux arrivés à Paris au cours du 19e siècle, ce fut assez difficile par suite du grand nombre d’enfants nés dans chaque famille, de la dispersion et aussi parce que les générations précédentes, qui pouvaient encore faire le lien, n’existaient plus. C’est grâce à quelques promenades dans le cimetière de Bagneux que j’ai pu compléter les noms fournis par ma grand-mère avant sa disparition. Nous avons décidé de faire une grande réunion pour fêter les retrouvailles. Parmi tous ces cousins, j’ai retrouvé un nom que je ne connaissais pas auparavant, E. L’un d’entre eux, Lucien, était décédé depuis peu. Il a écrit un magnifique livre sur sa déportation à Auschwitz et sur la façon dont il a pu en revenir grâce à sa force physique et à sa non moins grande force morale, Caporal Dick, Editions l’Harmattan, 1997. J’ai d’ailleurs appris que mon père avait été en relation avec lui. L’un de ses cousins, très jeune à la même époque, a vu partir ses grands-parents qui l’ont élevé. Appelons-le Jacques. Il a fondé une famille, et son fils que j’ai eu au téléphone m’a renvoyé vers son père. J’ai appelé Jacques et je me suis entendue dire "Vous faites erreur, j’ai bien habité à Paris et j’ai connu cette famille E., mais moi je m’appelle El King, je descends d’un Indien venu au début du siècle avec Buffalo Bill et qui s’est installé à Paris. J’ai recherché des origines aux USA mais je n’en ai pas trouvé, il y a bien un ranch au Texas, mais il n’y avait pas d’état civil à cette époque". Comme j’insistais, il ajouta : "Je vous comprends car nous sommes tous des persécutés, nous les Arméniens, les Indiens et les Juifs !" J’ai rappelé le fils : "Vous auriez pu me prévenir !" Alors il me répondit : « Cela fait vingt ans que cela dure et que je ne le vois plus ; j’espérais que vous le feriez descendre de son nuage ! Je vous en supplie, dites-lui de revenir à la réalité, au nom de ses grands-parents déportés qui l’ont élevé ! » Il a tant insisté qu’à contre-cœur j’ai rappelé le père. Mais cette fois, ce dernier est devenu assez violent et je l’ai rapidement quitté.

3 - Conclusion


Nous ferons abstraction des cas probablement pathologiques, dus à un traumatisme bien compréhensible, pour s’adresser à ceux qui veulent cacher à leurs enfants ou faire oublier leurs origines juives. Notre expérience sans cesse renouvelée de ce problème nous enseigne que les enfants, et plus souvent encore les petits-enfants, veulent savoir tout ce qui concerne leurs ancêtres. Ils ne rejettent aucune branche et souvent revendiquent plus fortement les ancêtres qui ont été victimes des persécutions ou rejetés par leurs parents. Parfois même, il se développe une rancune et même une colère envers ceux qui ont voulu leur cacher la vérité. Le résultat va à l’encontre de ce que voulaient les parents, parfois même jusqu’à la conversion au judaïsme.
En ce qui nous concerne, notre rôle ne consiste qu’en une aide "technique" de recherche et le conseil de lectures d’ouvrages historiques, et il nous est bien agréable de voir à quel point beaucoup de nos adhérents se passionnent sur ces deux aspects.

par Micheline Gutmann



Association GenAmi
Association de généalogie juive internationale




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