Un plan de paix irrémediablement voué à l’échec

publié le mercredi 14 janvier 2004
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Les propositions du Sommet de Genève échouent dans leur mission d’engager les Palestiniens à accepter l’Etat d’Israël ou à renoncer au droit au retour.

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Par Shlomo Avineri*, traduit d’anglais du LOS ANGELES TIMES, le 4 janvier 2004.

Jérusalem - Maintenant que l’agitation qui a accompagné les soi-disant Accords de Genève s’est quelque peu calmée, il est peut-être temps de chercher à comprendre pourquoi la plupart des Israéliens n’a pas réussi à se rallier aux grandes lignes non officielles de ce plan visant à obtenir la paix avec les Palestiniens. Le problème le plus important auquel les Israéliens sont confrontés est qu’il existe une grande différence entre ce que les auteurs du texte prétendent qu’il dit et ce qu’il dit réellement. Par ailleurs, la façon dont cette initiative a été présentée pose problème en termes de crédibilité.

Intéressons nous à l’identité des auteurs de la proposition. Ils se sont présentés comme étant des personnages publics israéliens et palestiniens indépendants, tels que des intellectuels et des écrivains. Ce n’est pas tout à fait exact. Du côté israélien, cette affirmation est vraie : le groupe était composé de politiciens de l’opposition, d’intellectuels et d’écrivains. En revanche, du côté palestinien, le groupe était complètement différent : le principal initiateur palestinien, M. Yasser Abed-Rabbo, est un ancien ministre de l’Information et de la Culture de l’Autorité palestinienne. De plus, lorsque la proposition a été dévoilée le mois dernier à Genève, une lettre de M. Yasser Arafat, président de l’Autorité palestinienne, qui dans l’ensemble soutenait l’initiative, a été lue, tandis qu’un certain nombre de ministres palestiniens assistaient à la cérémonie. En réalité, les Accords de Genève sont un document approuvé par une partie de l’opposition israélienne et par la plus grande partie du corps gouvernemental palestinien. Il ne s’agit pas d’un document émanant de deux « sociétés civiles ».

Les concepteurs présentent le document comme une acceptation explicite par les Palestiniens de l’existence d’Israël en tant qu’Etat juif. Or il n’en est rien. Dans son préambule, le texte fait vaguement référence au droit des Juifs à disposer d’un Etat, mais il n’est nullepart mentionné que cet Etat sera en Israël ; il pourrait aussi bien se situer en Ouganda. Dans la mesure où la cause profonde du conflit réside dans le refus des Arabes d’accepter Israël en tant qu’Etat juif, de nombreux Israéliens ont l’impression que les initiateurs du texte étaient loin d’être sincères.

Cette impression concerne également le problème du droit au retour des réfugiés palestiniens de 1948 et de leurs descendants, qui constitue la pierre angulaire du dogme nationaliste palestinien. Les concepteurs du plan affirment que, dans leur document, les Palestiniens renoncent explicitement au droit au retour en Israël dans les propriétés d’où ils avaient fui ou desquelles ils avaient été expulsés durant la guerre de 1948. Mais ce n’est pas le cas. Il est vrai que le droit au retour n’apparaît pas explicitement dans le document, mais celui-ci établit que le problème des réfugiés sera traité dans le respect de la résolution 194 des Nations Unies. Cette résolution datant de 1948 ne mentionne pas spécifiquement un droit au retour ; elle dit de façon simple et explicite que les réfugiés « feront leur retour ». On apprend à chaque enfant palestinien que la résolution 194 constitue la légitimation internationale du droit au retour des Palestiniens. Dans ce cas encore, de nombreux Israéliens ont eu l’impression que les concepteurs de la proposition n’avaient pas été honnêtes.

En ce qui concerne la question des implantations juives dans les territoires occupés, les concepteurs ont présenté leur plan en « assurant » que la plupart de ses habitants resteraient là où ils étaient installés. Une nouvelle fois, ceci n’est pas exact. La lecture des cartes ajoutées aux documents démontre que 140 000 de ces 220 000 habitants des implantations de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza devraient être installés ailleurs. Cela représente un grand nombre de personnes et implique des décisions humaines, économiques et politiques difficiles. Même ceux qui soutiennent l’idée de faire déménager nombre de ses habitants sentent que les auteurs du projet n’ont pas été honnêtes avec eux.

D’autres problèmes émergent à la lecture du document : l’accord envisage de mettre en place un Groupe International de Vérification et de Mise en application qui serait responsable de la réinstallation des réfugiés, des questions concernant les frontières et de la structure complexe amenée à superviser une Jérusalem à nouveau divisée. Les Nations Unies, les Etats-Unis et l’Union européenne ne seraient pas les seuls membres de ce groupe, mais également la Ligue arabe. Etant donnée la grande autorité qui est reconnue à cette structure internationale, de nombreux Israéliens craignent que la souveraineté et l’indépendance de leur pays ne soient sérieusement mises en péril, sinon perdues, et que le pays ne soit transformé en quasi protectorat.

A ce malaise s’ajoute le fait que les Accords de Genève stipulent non seulement que les réfugiés palestiniens de 1948 pourraient prétendre à des compensations, ce qui semble raisonnable à la plupart des Israéliens, mais que les pays arabes de la région bénéficieraient également de compensations versées par Israël pour les années durant lesquelles ils ont « hébergé » les réfugiés. Si l’on considère l’utilisation cynique que plusieurs pays arabes ont fait des réfugiés palestiniens pendant les décennies qu’a duré le conflit, cette clause semble être la goutte d’eau qui fait déborder le vase, d’autant qu’elle n’a jamais été mentionnée dans la campagne qui a précédé la publication finale du plan.

On peut comprendre pourquoi le pouvoir palestinien, dans lequel M. Abed-Rabbo a joué un rôle prépondérant, sent qu’il lui faut lui-même se sortir du précipice dans lequel il s’est précipité après des années de participation à des actes terroristes et à des attaques-suicides. Mais on ne doit pas alors s’étonner que de nombreux Israéliens, y compris ceux qui sont prêts à faire des concessions considérables, considèrent qu’avec le plan des Accords de Genève, ils ont été menés en bateau par la machine de propagande palestinienne et par quelques complices israéliens conscients ou naïfs.

* M. Shlomo Avineri est professeur de sciences politiques à l’Université hébraïque de Jérusalem.



David Levy
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