Parasha Vaye’hi 5764

Chabbath 10 janvier 2004 - 16 Teveth 5764 - Début : 16 heures 54 - Fin :18 heures 04
publié le mercredi 7 janvier 2004
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Lecture de la Torah : Genèse XLVII, 28 - L, 26 : La mort de JACOB et celle de JOSEPH. Ultimes recommandations.

Haphtara : I Rois II, 1 - 12 : Mort de DAVID.


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Commentaire de la Torah :

Avec cette paracha, nous allons achever la lecture du premier livre de la Torah, celui de BERESHIT. Il y sera question de la fin de l’histoire de JACOB et de celle de ses douze fils, ce qui constituera alors le début de l’esclavage en EGYPTE pour les HEBREUX.

Le premier verset de la paracha dit : « JACOB vécut, dans le pays d’Egypte, dix-sept ans ; la durée de sa vie fut donc de cent quarante-sept années. » (Genèse XLVII, 28). Ce passage soulève plusieurs difficultés. En effet, comment est-il possible que la Torah puisse nous dire que JACOB a vécu en Egypte ? Est-ce que cela s’appelle « vivre », que de se trouver dans un lieu rempli d’idoles, où règne la violence, où les meurtres étaient monnaie courante ?

A ces questions, en observant tous les malheurs qu’ont connus les juifs en EUROPE durant près de dix siècles, en particulier en POLOGNE où vécurent trois millions de juifs avant la SHOAH, ayant subi l’antisémitisme et les pogroms, le SEFAT EMETH, un de nos grands maîtres, se pose lui aussi le problème concernant le séjour de JACOB durant dix-sept années. Un tel séjour est-il synonyme d’existence normale et paisible ? Pour y répondre, il cite le dernier verset du prophète MICHEE - chapitre VII, 20 : "« Tu témoigneras à JACOB la fidélité, à ABRAHAM la bienveillance, que tu as jurées à nos pères dès les premiers âges. »" Dans ce même chapitre, au verset 15, il était déjà question de la sortie d’Egypte : "« Oui, comme à l’époque de la sortie d’Egypte, je lui ferai voir des prodiges. »" On veut démontrer ainsi quelle fut la force de JACOB durant son séjour en Egypte.

Il est possible de voir un miracle dans le fait qu’un juif tel que JACOB est soutenu par la vérité de sa foi. Il peut alors vivre en EGYPTE et surmonter toutes les épreuves qu’il y a rencontrées. C’est ce que souligne le SEFAT EMETH dans son premier commentaire sur notre paracha en indiquant que la bienveillance (HESSED) qui a soutenu ABRAHAM et la vérité (EMETH) dont faisait preuve JACOB durant leur séjour respectif en EGYPTE les a protégés, de même que ces deux vertus ont protégé nos ancêtres de tous temps, de toutes les adversités. Cet auteur montre l’importance que prend le début de notre texte qui dit « JACOB a vécu - VAYE’HI et non a été - VAYEHI », car vivre c’est traverser l’existence avec tout ce qu’elle comporte de beau. En général, le terme « VAYEHI - ce fut », indique toujours un aspect malheureux, un événement triste. Or, JACOB, en rejoignant son fils JOSEPH après une si longue absence, pouvait estimer que les dernières années de sa vie étaient les plus heureuses, même s’il se trouvait obligé de vivre dans l’exil de l’EGYPTE.

Par sa foi, qui lui donnait sa force spirituelle, ne vivant ainsi que pour D.ieu, JACOB pouvait considérer que ce qu’il trouvait sur cette terre d’accueil ne correspondait nullement aux valeurs auxquelles il était si fortement attaché. La Torah veut donc nous montrer que JACOB, arrivé en EGYPTE, n’a pas faibli dans ses convictions. Nulle influence liée généralement à l’exil n’a eu prise sur lui. Il se doutait que le séjour qu’il y ferait ne serait que d’une durée limitée et non définitive. Nous avions déjà constaté la fermeté de sa position religieuse lors de la rencontre avec son frère ESAU à qui il dit : « J’a séjourné chez LABAN, et prolongé mon séjour jusqu’à présent. » (Genèse XXXII, 5). Nos Sages indiquent entre autres que JACOB, bien qu’ayant demeuré chez un homme de peu de foi tel que LABAN, a néanmoins continué à respecter les traditions et les coutumes qu’il avait apprises au sein du foyer familial, c’est-à-dire les 613 commandements de la Torah.

Au seuil de la mort, poursuit le texte, JACOB ayant réuni ses fils, voulut leur dévoiler ce que serait la fin dernière, comme le rappelle RACHI, mais son esprit s’étant obscurci, il ne put rien dire et il s’est alors contenté de faire ses recommandations à chacun de ses douze fils. C’est ce qui explique que notre paracha est dite « SETOUMA - fermée », car il n’existe aucun blanc sur le rouleau de la Torah, comme c’est généralement le cas, pour séparer notre paracha de celle de VAYIGASH qui l’a précédée. SETOUMA, c’est donc également la vision des choses qui lui fut cachée, sans pouvoir dévoiler les mystères eschatologiques, afin que l’exil de ses descendants puisse se dérouler jusqu’au terme qu’aura fixé D.ieu pour assurer notre délivrance. Par son message, JACOB, s’adressant à ses fils et par-delà eux à nous tous, a voulu montrer qu’on ne peut surmonter les difficultés liées à un séjour sur une terre d’exil, qu’au prix de lourds sacrifices, que seule la fidélité à nos valeurs ancestrales peut nous aider à supporter.

C’est là aussi le secret de notre survivance en tant que peuple juif, faute de quoi nous risquerions par l’assimilation, de nous perdre dans le flot des nations. Toute notre histoire est traversée de toutes sortes d’épreuves destinées à nous faire plier devant ceux qui avaient décidé et qui espèrent encore de nos jours, à nous effacer, à nous anéantir, tantôt par les pogromes, tantôt par les conversions doucereusement suggérées ou parfois imposées. Comme pour JACOB, c’est donc une FOI sans compromissions qui peut nous soutenir et nous permettre d’atteindre la fin de tous nos exils liée à l’arrivée de l’ère messianique à laquelle JACOB a sans doute voulu faire allusion

HAPHTARA :

"« Prends courage, et sois homme. » (I ROIS II, 2)." La recommandation du roi DAVID mourant à son successeur, ne prend pas en compte les charges de la royauté, ni les préoccupations personnelles. Il s’agit en premier lieu de l’obéissance à la Loi : "« Obéis fidèlement à l’Eternel, ton D.ieu, en marchant dans ses voies, en observant ses lois, ses préceptes, ses règles et ses statuts, comme il est écrit dans la Loi de MOISE, afin que tu prospères dans tes œuvres et dans toutes tes entreprises. » (verset 3)."

RADAK est d’avis que dans ce passage, DAVID recommande à son fils SALOMON, avant toute chose, d’imiter la miséricorde divine, d’accomplir les lois dont le sens nous est voilé, ainsi que les différents préceptes et règles qui nous rapprochent de plus en plus de l’idéal divin, qui est seule source de réussite et de prospérité.

« La loi dot l’utilité n’est pas évident, n’est pas une chose vaine, même si elle nous paraît telle. » (Talmud de Jérusalem, traité de PEA, chapitre I). Qu’est-ce que cela signifie ? « Cette législation n’est pas une chose vaine sans but utile, et s’il vous semble qu’il en est ainsi à l’égard de certains commandements, la faute en est à votre compréhension. » (MAIMONIDE - Guide des Egarés, III, chapitre XXVI).

Nous savons que le vœu de DAVID ne se réalisa que partiellement. Certes, SALOMON fut en possession de presque tous les mystères de la pensée et de la religion, mais il connut une certaine défaillance dans l’observance de la Loi. "« Tu connais cette tradition si répandue parmi nous selon laquelle SALOMON connaissait la raison de tous les commandements, à l’exception de ceux relatifs à la vache rousse » (Midrash KOHELETH VII)." Nous connaissons l’opinion de nos Sages selon laquelle D.ieu a caché la raison des commandements, afin qu’ils ne soient pas négligés, comme cela arriva à SALOMON à l’égard des trois commandements dont ka raison est expressément indiquée - voir Deutéronome XVII, 16-17. (Guide des Egarés, texte cité plus haut).

Rappelons ici ces trois commandements que SALOMON a négligés :
-  1° d’avoir beaucoup de chevaux (pour éviter les relations avec l’Egypte où l’on aurait été tentés de retourner.
-  2° d’avoir beaucoup de femmes (pour ne pas être détourné du mauvais chemin des cultes païens).
-  3° de ramasser beaucoup d’or et d’argent (pour ne pas devenir orgueilleux), selon le commentaire du SEFER HAMITZWOTH. Dans le Talmud (Sanhedrin 21 b) on ne parle que des deux premières défenses que SALOMON transgressa, en se disant qu’il saurait bien éviter les relations avec l’Egypte et résister à la séduction des femmes.

On sait comment la fin de son règne fut constituée d’une série de dérèglements dans le comportement de ce roi dont les débuts de règne avaient été si prometteurs. Il n’a donc nullement tenu compte des leçons de son père, contrairement à ce qu’il recommande lui-même dans l’un de ses propres textes disant : "« Ecoute, mon fils, les remontrances de ton père, ne délaisse pas les instructions de ta mère. »" Dommage pour la suite de l’histoire des rois d’ISRAEL.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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