Des actes antisémites qui empoisonnent la vie quotidienne des Juifs français

Par Véronique Chemla pour Guysen Israël News
publié le mercredi 17 décembre 2003
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Le 9 décembre, à Paris, aura lieu la 1ère réunion du comité interministériel contre le racisme et l’antisémitisme. Voici quelques actes antisémites qui devraient nourrir sa réflexion.

Sciences Po condamne les dérives antisémites

Vers le 24 novembre, des membres de l’Union des Etudiants Juifs de France (UEJF) remarquent, sur les murs des WC et des couloirs de Sciences Po, le réputé Institut d’Etudes Politiques de Paris, ces inscriptions - "Halte au racisme juif. Halte à la maffia juive [sic] " - renvoyant à des sites antisémites, révisionniste ou islamiste. Ces expressions se renouvellent. " Sciences Po efface les messages antisémites dès qu’ils lui sont signalés. Il ne peut pas mettre des caméras partout. Ce qui est nouveau, c’est le caractère industriel de ces inscriptions apposées au tampon encreur ", explique le directeur de la communication de Sciences Po, Xavier Brunschvicg. L’UEJF-Sciences Po dénonce ces inscriptions dans un tract, dans sa newsletter et dans une lettre au directeur de Sciences Po, Richard Descoings. Le 27 novembre, elle rencontre M. Descoings, qui propose d’inscrire la réaction de la direction " dans une réflexion sur la laïcité (sic). Mais l’UEJF-Sciences Po a voulu distinguer la lutte contre l’antisémitisme du débat sur la laïcité " , indique son président, Stéphane de Miroschedji.

Le 28 novembre, la newsletter de Sciences Po, vecteur de la communication de la direction vers les étudiants et son personnel éducatif et administratif, présente dans sa rubrique " A la une " un communiqué où la direction, " préoccupée par la multiplication d’inscriptions antisémites dans son établissement, condamne ces dérives avec fermeté. Leurs auteurs feront l’objet des sanctions les plus lourdes. Insulter étudiants et professeurs juifs de Sciences Po, c’est porter un affront intolérable à toute l’Ecole et aux valeurs d’échange et de tolérance qu’elle promeut. Notre projet éducatif met en avant le courage intellectuel, la capacité à assumer la complexité, le respect des autres. Aucune discrimination n’y trouve sa place. Nous appelons en conséquence étudiants, professeurs et personnel à la plus grande vigilance ".

Ce communiqué répond aux attentes de l’UEJF-Sciences Po et honore la direction de cet institut.

Il montre qu’une réaction officielle et ferme est non seulement possible, mais aussi indispensable. Quelle est l’origine de ces tampons, externe ou interne ? L’extrême-droite ou les islamistes ? Les interrogations demeurent.

Une mobilisation à Lille

Mardi 2 décembre, vers 11 h 40. Le rabbin de la communauté juive de Lille, Elie Dahan, marche dans la rue Béthune, une rue piétonne de la métropole du Nord. Deux collégiennes sortent d’une salle de cinéma, et le croisant, l’une d’elles dit " Tiens, v’là un juif ". Sa camarade hurle : " Sale Juif ". Dans l’indifférence des passants...

" Pour montrer que cette insulte n’est pas banale " , le rabbin interroge l’adolescente qui l’a injurié : " Sais-tu que ce que tu as fait est un délit ? Veux-tu aller au commissariat de police ? ". Cette élève nie avoir proféré cette insulte. Et le rabbin lui indique qu’elle " a de la chance qu’il soit pressé ". A peine s’est-il éloigné que retentit : " Juif, crève ! ". M. Dahan se retourne. Il remarque que ces deux adolescentes font partie d’un groupe scolaire encadré par deux surveillantes qui présentent des excuses. Il obtient les noms des adolescentes de 4e (14 ans) du collège Jean-Moulin (Wattignies) et porte plainte, " à titre personnel et comme rabbin, pour que la jeunesse sache qu’on ne peut pas proférer des insultes, notamment antisémites ". Le Procureur de la République le suit dans sa plainte.

La principale de ce collège l’assure que " tout le corps enseignant est outré, le soutient et regrette que les insultes deviennent banales ". Quant au rectorat, il demande aux directeurs d’établissements scolaires et aux enseignants de porter plainte face à des actes antisémites et que lesdites élèves passent en conseil de discipline.

Le 3 décembre, à la demande du Procureur de la République de Lille, " qui ne veut plus rien laisser passer ", ces adolescentes sont amenées au poste de police, menottes aux mains. L’une d’elles reste huit heures en garde à vue. Inculpées, elles seront bientôt jugées pour injure à caractère racial.

Le 4 décembre, au matin, un texte rappelant les valeurs de la république, l’incident et les sanctions pénales à l’antisémitisme est lu dans toutes les classes de ce collège. Il est aussi collé dans le carnet de correspondance des élèves, donc porté à la connaissance de leurs parents. Spontanément, certains collégiens ont adressé au Rabbin des " messages de sympathie pour exprimer leur choc et l’inviter à ne pas assimiler tous les élèves du collège à l’action de ces jeunes ".

Curieusement, la Maire de Lille, la socialiste Martine Aubry ne s’est pas manifestée auprès de M. Dahan.

Ce même jour, M. Dahan et deux autres dirigeants de la communauté juive sont conviés par le préfet à une réunion destinée à préparer le comité interministériel de lutte contre le racisme et l’antisémitisme. Y assistent une vingtaine de personnes dont le Procureur général, le recteur d’académie, des responsables de la sécurité, de la DST, des Renseignements généraux, de la Gendarmerie et de la police. Face à cet auditoire attentif, M. Dahan fait part de l’inquiétude des Juifs français quant à leur avenir dans la patrie des droits de l’homme.

" Avec le rectorat et le Procureur, nous allons initier une action pédagogique, une réunion avec les enseignants, une visite à la synagogue. Depuis dix ans, le président de la communauté juive, le Dr Jean-Claude Kolmar et moi accueillons dans la synagogue de Lille des enseignants et des élèves ou étudiants. Ceux-ci ont l’impression de visiter un musée et découvrent des objets, excentriques pour eux, vus seulement dans le film de Gérard Oury, " Les Aventures de Rabbi Jacob ", tel qu’un Séfer Torah " , conclut M. Dahan.

Depuis l’incendie du lycée de Gagny le 15 novembre 2003, ce Rabbin est accompagné par un policier lors de ses déplacements officiels (vers la synagogue, etc.)... Portant la kippa, son fils, âgé de trois, se promenait avec sa mère à Lille, quand de jeunes Maghrébins lui ont craché dessus...

UEJF : http://www. uejf.org

Sciences Po : http://www.sciences-po.fr

Lille : http://www.mairie-lille.fr



David Levy
webmaster




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