L’hostilité primitive de la France

publié le mercredi 17 décembre 2003
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publié le 12 décembre 2003 dans le Jérusalem Post

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La persécution des Juifs d’Europe a duré pendant des siècles, se traduisant par une succession ininterrompue de mesures honteuses, d’expulsions et de pogroms. Au XIXème siècle, la race a remplacé la religion comme raison de la haine du Juif. Et c’est le racisme qui a conduit, inexorablement, à l’Holocauste.

Aujourd’hui, ironiquement, l’antisémitisme s’enracine dans l’existence de l’Etat d’Israël et dans l’attachement des Juifs de la diaspora à l’Etat juif.

La Révolution Française a peut-être libéré les Juifs, mais dans la conscience collective de l’Europe chrétienne, le peuple juif doit encore gagner son droit à l’égalité parfaite. Donc Juif, oui ; Israël, non..

Le paradoxe est que les nations d’Europe ont donné au peuple juif le droit de se reconstruire en un Etat, mais ont ensuite refusé à cet Etat le droit de se défendre.

En France, ce droit lui était déjà dénié en 1967. Le message du général Charles de Gaulle était : Ne vous défendez pas sauf si vous êtes attaqués. A ses yeux, il n’y avait pas pour Israël de défense préventive légitime. Après la victoire israélienne, de Gaulle a prononcé ses fameuses paroles sur le peuple juif, "élitiste, sûr de lui et dominateur". Et Israël est devenu un Etat expansionniste.

En 1973, bien que victime d’une attaque surprise, Israël n’a pas réussi à trouver grâce aux yeux de la diplomatie française. Le gouvernement français a imposé un embargo sur Israël et a refusé - comme le reste des pays d’Europe - de ravitailler en carburant les avions américains transportant du matériel vital à la défense d’Israël. La politique de la France vis-à-vis de la guerre a très bien été résumée par son ministre des Affaires étrangères Michel Jobert : "Je ne trouve rien d’étonnant dans le souhait qu’ont les pays arabes de rentrer chez eux".

La politique de la France n’a pas changé. Elle continue à nier le droit d’Israël à se défendre et à protéger ses citoyens. Pour le gouvernement, les médias et pour la majorité de l’opinion publique française, les attentats suicides ne sont que la conséquence directe de l’occupation des territoires palestiniens par Israël.

Ceux qui raisonnent de cette façon ont choisi d’oublier que ces attaques génocidaires sont dirigées contre l’existence même de l’Etat juif - quelles que soient ses frontières.

La situation des Juifs de France, et plus généralement des Juifs d’Europe occidentale, est paradoxale : d’un côté leur liberté de culte est totale ; de l’autre, leur attachement à Israël est dénigré et assimilé à un soutien au terrorisme d’Etat.

Et demain ? Aujourd’hui, pour la première fois depuis 1945, les synagogues et les écoles juives sont incendiées dans la nuit, et dans les banlieues des grandes villes, les Juifs sont insultés, frappés et provoqués en plein jour.

Cet antisémitisme physique est souvent l’oeuvre d’une partie de la jeunesse arabe de France (et d’Europe).

Ceux qui essayent de justifier leur comportement disent qu’ils agissent ainsi du fait de leur pauvreté. Mais on disait la même chose de ceux qui ont conduit les pogromes de la Russie tsariste.

La situation des Juifs de France et des autres pays d’Europe occidentale ne devrait pas s’améliorer. Si la France continue à afficher un parti pris anti-israélien, ceux qui s’en prennent aux Juifs n’en seront qu’encouragés.

Nous ne verrons pas dans un avenir proche d’attaques massives et meurtrières contre des cibles juives en France. Mener des attaques terroristes de grande ampleur dans un pays qui s’oppose fermement aux Etats-Unis et à Israël n’est en effet pas dans l’intérêt des extrémistes. Pourtant rien ne dure éternellement, et de telles attaques auront lieu un jour.

Nous avons appris du passé qu’une aliya massive n’avait lieu que dans des périodes de crise économique profonde ou de persécution. Ce n’est pas la situation aujourd’hui, ni en France ni ailleurs en Europe.

Mais en attendant la paix entre Israël et les Palestiniens, les Juifs d’Europe seront bientôt contraints soit d’émigrer - en Israël ou ailleurs - soit de rester en Europe et d’y vivre comme des Marranes politiques.

L’auteur est avocat international. Il exerce en France et aux Etats-Unis.



Arno Klarsfeld
Avocat international




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