A propos d’une communauté...

Mis en ligne le 16/11/2003 dans LA LIBRE BELGIQUE
publié le samedi 13 décembre 2003
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Par HENRI BENKOSKI, initiateur de Radio Judaïca ; ancien directeur de cabinet du ministre-président Hervé Hasquin (L’auteur s’exprime à titre personnel).

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Guy Verhofstadt a qualifié, à juste titre, notre communauté (en réalité, son institution coordinatrice) (1) de « citoyenne et mesurée ». Et elle a effectivement fait preuve de retenue, alors que depuis trois ans, elle n’a jamais été aussi atteinte, physiquement ou moralement, en raison de l’importation du conflit du Moyen-Orient, ou encore à cause des malentendus nés de la loi de compétence universelle. Le ministre des Affaires étrangères israélien est d’ailleurs en Belgique pour concrétiser le rétablissement des liens chaleureux qui ont toujours existé entre notre pays et le sien.
Dans le respect de la diversité qui fait notre richesse, il faut désormais que la voix de la communauté juive se fasse entendre, revendique au besoin, mais avant tout, soit une voix réellement légitime et représentative.
Pour réagir, quand on veut faire croire que l’attaque d’un rabbin ou l’incendie d’une synagogue, ne sont pas des actes antijuifs mais des faits de banale violence et qu’il ne faut surtout pas trop en parler.
Ou pour stigmatiser, dans la récente polémique sur les indemnisations des biens spoliés aux Juifs belges pendant la Seconde Guerre mondiale, les débats sordides, des attaques personnelles ou la politisation inadmissible de la répartition - délicate - de ces fonds tellement symboliques et qui doivent être distribués rapidement et prioritairement aux plus démunis.
D’autre part, chacun se souvient que Sa Majesté le Roi a dit, sous la responsabilité du gouvernement comme le veut notre système politique, que le racisme, donc l’antisémitisme, était inadmissible et que l’importation du conflit du Moyen-Orient, l’était tout autant. C’est extrêmement significatif dans la bouche du chef de l’Etat.
Et pourtant, on a craché impunément sur le convoi funéraire d’une femme juive. On a agressé des jeunes de notre communauté. Certains d’entre nous qui portent une très discrète kippa, doivent la retirer. Nos enfants fréquentant des mouvements de jeunesse, voilent l’Etoile de David qui orne leur chemise. Des manifestations et publications « dérapent » ou sont cautionnées malgré des discours, des propos inacceptables.
Il est temps de rappeler que la communauté juive belge n’est pas israélienne et que la communauté arabo-musulmane de ce pays n’est pas palestinienne. Il n’y a donc aucune raison à un quelconque conflit entre elles.
Les Juifs ne peuvent, une fois de plus, ici ou ailleurs, servir de boucs émissaires pour quelque raison que ce soit, mauvaise par définition.
Désormais, la confusion volontaire entre antigouvernementalisme, anti-israélianisme et antisionisme pour mettre en cause la légitimité de la démocratie israélienne seule - quand ce ne sont plus que des yeux de Chimène pour Rodrigue-Arafat - déculpabilise et alimente les extrémistes de tous bords qui diabolisent Israël et absolvent ou amnistient tous ses voisins.
Cette attitude libère, au surplus, la bête immonde toujours féconde des juifs déicides, assoiffés de sang et d’argent, maîtres du monde, cosmopolites, dont on recommence à dresser des listes de sinistre mémoire. Des Juifs qui, monstrueux point d’orgue, feraient « aux Palestiniens ce qu’Hitler leur a fait ». Et donc...
La communauté juive est blessée par l’approche unilatérale de ceux qui veulent absolument choisir entre deux détresses. Alors qu’aucune souffrance d’une population civile n’est acceptable. Aucune.
Ce parti pris qu’illustre, a contrario, une porte-parole parisienne des Verts quittant les manifestations antijuives avec cette jolie question : « pourquoi ne peut-on être à la fois pro-palestinien et sioniste ? » ou l’attitude équidistante du gouvernement de la Communauté française qui n’a adopté un accord culturel avec les parties concernées que lorsqu’il était simultané et identique pour elles. Comme les jumelages urbains en Belgique devraient être triangulaires pour rapprocher et non opposer ces deux peuples. Et notre milieu associatif, notre enseignement public ou encore l’argent du contribuable - et donc de l’Union européenne ! - doivent être utilisés dans la même perspective impartiale.
Par ailleurs, il est faux de présenter la communauté juive belge comme « tellement pro-Sharon » qu’elle ne tolérerait plus aucune critique à l’encontre du gouvernement israélien !
D’abord, parce que le Premier Ministre des Juifs belges, c’est Guy Verhofstadt ! Pas Ariel Sharon ni Ehud Barak.
Ensuite, parce que la majorité d’entre nous a peu envie de critiquer même légitimement un gouvernement israélien tant que ne s’exprimera pas la condamnation sans nuance du terrorisme ou de l’occupation... d’autres territoires, que l’on continuera à admettre des slogans comme « Israël-apartheid » et « Jenine-Auschwitz » - malgré la déclaration exceptionnelle du curé de Nazareth en sens évidemment contraire - ou à prôner le boycott des universités ou des produits, dont des médicaments, israéliens.
Il faut évidemment, là-bas, deux Etats indépendants et démocratiques - un juif et un palestinien -, l’un à côté de l’autre, pas l’un à la place de l’autre. Il y a des territoires occupés, mais, pour en obtenir l’évacuation, le terrorisme doit être éradiqué, notamment par les Palestiniens eux-mêmes.
Enfin, la communauté juive, citoyenne belge, doit être respectée parce qu’elle a été et est un partenaire loyal et paisible de la construction de ce pays au sein duquel elle a prouvé qu’intégration n’était pas synonyme d’assimilation ou de disparition de son identité.
En tant que filles et fils d’immigrés, nous tendons la main aux immigrés arabo-musulmans, parce que nous avons des combats communs à mener contre le racisme et leur proposons notre parcours d’intégration comme référence au moins partielle.
Nous avons respecté les us et coutumes de la majorité - c’est normal et c’est la seule recette en la matière - sans renoncer aux nôtres mais en les installant totalement dans la sphère intime et non-politique.
L’intégration religieuse de notre communauté dans la société est fondée sur la règle qui veut que la loi belge ne souffre d’aucune concurrence avec la loi juive exclusivement réservée au domaine privé (« la Loi de ton Pays est la Loi ») et sur l’absence de prosélytisme.
Par contre, le communautarisme est bien le parent pauvre, le clone raté, de la multiculturalité. On n’arrive pas à réussir une multiculturalité citoyenne fondée sur des valeurs communes - ce respect et cette tolérance auxquels Albert II a encore fait référence le 21 juillet -, alors on se réfugie dans le communautarisme, l’électoralisme ethnique, le particularisme.
La Belgique, qui a réussi à cimenter tant de personnes entre elles avec une générosité hors du commun et par une ingénierie qui force l’admiration, pourrait encore continuer en ce sens. Dans le respect de la séparation absolue des Églises et de l’Etat. Dans la neutralité ou la laïcité. En cessant de rejeter les immigrés vers le... rejet par le biais du communautarisme qui fera échouer l’intégration.Il ne s’agit pas de donner la moindre leçon à quiconque ni de comparer les situations et les époques, mais d’expliquer mieux, pour être davantage compris. Nos parents et grands-parents n’ont jamais imaginé que le yiddish ou le judéo-espagnol devienne langue nationale ou que Yom Kippour soit jour de jeûne général. Ils nous ont donné un seul conseil pour nous intégrer vite et bien : « vis comme les Belges, deviens belge et reste juif ; respecte tous les devoirs d’un citoyen belge et tu en auras tous les droits ». Et c’est ainsi qu’il fut fait, très simplement.

© La Libre Belgique 2003



David Levy
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