Parasha Vahishlakh 5764

Chabbath 18 Kislèv 5764 ( 13 Décembre 2003 ) Entrée : 16h35 - Sortie : 17h45
publié le lundi 8 décembre 2003
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Lecture de la Torah : Genèse XXXII, 4 - 36 fin : JACOB-ISRAEL ; mort d’ISAAC.

HAPHTARA : OBADIA : Châtiment d’ESAU-EDOM.


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Commentaire de la Torah :

Dans notre paracha, on nous rapporte un fait similaire à ce qui avait déjà été indiqué dans la section LEKH-LEKHA, à propos de la mention du changement de nom du patriarche ABRAHAM, après qu’il se fut longtemps appelé ABRAM. (Genèse XVII, 5). Il en est de même dans notre passage biblique où l’on voit que le troisième de nos patriarches, JACOB, après son combat avec l’ange de D.ieu dont il a triomphé, sera désormais appelé ISRAEL. (Genèse XXXIII, 29 et XXXV, 10). Dans le premier passage, l’explication est claire. L’ange dit à JACOB : « car tu as jouté avec des puissances célestes et humaines, et tu es resté fort. » Ce changement d’identité nous semble extrêmement important et particulièrement suggestif pour nous-mêmes. Il n’est que de songer à tous ceux de nos frères, qui, durant la période de l’Inquisition et surtout celle de l’occupation allemande dans les pays d’Europe pendant la seconde guerre mondiale, durent se cacher sous une fausse identité.

Ce ne fut pas le cas pour le patriarche JACOB. Ce n’est pas lui qui demanda le changement de nom, mais D.ieu qui en décida ainsi, pour des raisons que nous pourrons analyser plus loin. Toutefois, les cas des patriarches ABRAHAM et JACOB, s’ils apparaissent identiques, sont en réalité différents. Selon le Talmud Berachoth 11 b, une discussion existe entre deux maîtres à propos de nos deux patriarches. Pour ABRAHAM,, dire ABRAM au lieu de ABRAHAM c’est enfreindre un commandement positif car il est écrit : « Ton nom sera ABRAHAM » (Genèse XVII, 5), et selon la Halakha, il ne faut plus garder l’ancienne dénomination. Par contre, nous indique ce même passage talmudique, il faut savoir que le changement de nom de JACOB remplacé par celui d’ISRAEL est important. Certes, le prénom de JACOB restera conservé, D.ieu lui-même l’ayant encore appelé ainsi au moment où celui-ci s’apprête à se rendre en EGYPTE. (Genèse XLVI, 2). Pour quelle raison demandent nos Rabbins, le prénom de JACOB ensuite transformé en ISRAEL est-il malgré tout maintenu ? Il existe de nombreuses explications à ce sujet. Nous n’en retiendrons qu’une, permettant de nous éclairer du point de vue de la philosophie et de la pensée juive.

Nous sommes placés face à deux phénomènes. Pour ce qui concerne ABRAHAM, l’essentiel ne réside pas dans son prénom. Pour lui, le prénom ABRAHAM tel que nous l’avons conservé correspond à un titre qui lui fut décerné comme il est écrit : « car je te fais le père d’une multitude de nations. » (Genèse XVII, 5).

ABRAHAM a commencé à apporter à l’humanité la connaissance du D.ieu Un. Il a lutté pour imposer le droit et la justice, fondements essentiels sur lesquels repose l’équilibre du monde. Au moment de détruire les cités de SODOME et GOMORRHE, D.ieu a d’ailleurs estimé nécessaire de consulter ABRAHAM, car dit le texte : « Si je l’ai distingué, c’est pour qu’il prescrive à ses fils et à sa maison après lui d’observer la voie de l’Eternel, en pratiquant la vertu et la justice. » (Genèse XVIII, 19). Pour D.ieu, ABRAHAM était donc celui qui était en mesure de transmettre ces principes à ses descendants, car le chemin de D.ieu doit permettre de guider les hommes dans la pratique de la JUSTICE et du DROIT. ABRAHAM étant celui qui n’a cessé de lutter pour ces principes dont notre époque semble tellement dépourvue, il est donc indispensable de conserver son nom modifié et non celui d’origine.

Par contre JACOB a directement reçu de la part de D.ieu cette mission ancestrale destinée à faire connaître le grand idéal de D.ieu reposant sur ces principes de JUSTICE et de DROIT. Le prophète ISAIE dit notamment : "« Donc, ainsi parle l’Eternel à la maison de JACOB, lui, le libérateur d’ABRAHAM : « Désormais, JACOB ne sera plus mortifié, désormais son visage ne doit plus pâlir. » (XXIX, 22)." La suite de ce passage prophétique nous dit encore : "« Car, lorsque ses enfants le verront, l’œuvre des mains que j’accomplirai au milieu de lui, ils rendront hommage à mon nom ; ils sanctifieront le Saint de JACOB et exalteront le D.ieu d’ISRAEL. »"

JACOB porte sur ses épaules une lourde responsabilité, celle de réussir à maintenir l’œuvre d’ABRAHAM, comme le conclut le prophète ISAIE en disant : "« Alors les esprits égarés connaîtront la sagesse, et les révoltés accepteront l’instruction. »" JACOB sert de moteur pour donner au monde sa véritable physionomie. C’est seulement quand tous porteront témoignage en sa faveur d’avoir réussi à triompher du prince d’ESAU qu’il pourra être dénommé ISRAEL.

JACOB-ISRAEL est chargé d’accomplir une mission de longue durée qui ne peut se réaliser en un seul jour. Lorsque D.ieu (Genèse XLVI, 2) s’adresse à lui, JACOB répond : « HINENI - me voici ». Il sait qu’il doit assumer ses responsabilités face à un ESAU qui veut toujours faire le mal. Pour l’en empêcher, JACOB doit « tenir de sa main le talon de son frère » (Genèse XXV, 26).

Il est significatif que c’est à son retour en terre de CANAAN où il va retrouver son vieux père ISAAC, que JACOB reçoit officiellement le nom de ISRAEL qui ressemble à un titre décerné. Se trouvant en Terre Sainte, c’est là que D.ieu le prénomme enfin ISRAEL. La raison nous en est fournie puisque le texte donne la précision suivante sous la forme d’une recommandation faite par D.ieu : « Je suis le D.ieu tout-puissant : tu vas croître et multiplier ! Un peuple, un essaim de peuples naîtra de toi, et des rois sortiront de tes entrailles. » (Genèse XXXV, 11).

En fait, c’est bien en Terre Sainte que l’on atteint son objectif, celui de vivre dans une sorte de royaume, de MALKHOUT, grâce à laquelle on obtient sa véritable indépendance d’homme. Sur le point de rejoindre en Egypte, son fils JOSEPH qu’il n’avait pas revu depuis 22 ans, le patriarche déjà âgé de 130 ans, est préoccupé. Dans une vision nocturne, D.ieu lui apparaît pour le rassurer. C’est bien de la nuit de la GALOUTH qu’il pourrait s’agir. Quoique l’on fasse, lorsqu’on se trouve en dehors d’ERETZ ISRAEL, on ne peut garantir son indépendance, ni au plan physique ni au plan spirituel.

Il est essentiel de réaliser pleinement la vocation qui fut celle d’ABRAHAM, de lutter pour le droit et la justice, en faveur des individus et en faveur des peuples. Mais cet idéal ne peut aboutir que par la volonté de JACOB, homme fort dans sa spiritualité, qui a dominé les êtres célestes et terrestres. L’on comprend alors combien il était nécessaire de voir transformé ce nom prestigieux en celui d’ISRAEL, qui correspond à une plénitude de réalisations spirituelles que seule peut donner la royauté, la MALKHOUT que procure le fait de vivre en Terre Sainte. Tel fut bien le rêve de tant de générations jusqu’à ce que nous ayons eu le privilège de voir renaître un ISRAEL, état fort et indépendant dans lequel il y a cependant encore beaucoup à faire pour la grandeur spirituelle que nous ont léguée les patriarches, qui seule, pourra nous garantir une véritable indépendance.

HAPHTARA :

En parlant de JACOB, comme nous l’avons fait dans notre commentaire sur la paracha, il faut nous souvenir que son principal ennemi fut son frère ESAU. Comme l’on sait, ils représentent chacun une conception différente de l’homme. Ce dernier ne veut se préoccuper que des biens terrestres obtenus souvent par la force et l’agression physique, tandis que JACOB, homme intègre ne recherchant que la méditation dans l’étude « YOCHEV OHALIM », vise essentiellement le domaine du spirituel. Cet antagonisme entre deux univers est donc celui d’ISRAEL face à EDOM. C’est l’objet même de notre Haphtara généralement lue dans la plupart des communautés. Or nous devons savoir que nos Sages voient en ROME la personnification d’EDOM. Autrefois, l’empire romain n’avait aucun égard pour le droit et l’humanité, utilisant tous les moyens de la violence et de la ruse.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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