Parasha Toledoth 5764

Chabbath
publié le lundi 24 novembre 2003
Partagez cet article :



Lecture de la Torah : Genèse XXV, 19 - XXVIII, 9 : JACOB et ESAU.

Haphtarah : MALACHIE I, 1 - 2, 7 : « C’est aux lèvres du prêtre de conserver le savoir et c’est de sa bouche qu’on recherche la doctrine. »


publicité

Commentaire de la Torah :

Un grand passage est consacré dans la sidra de cette semaine à la lutte entre JACOB et son frère ESAU. Depuis ses origines jusqu’à nos jours, disent les rabbins du Talmud, cet antagonisme entre deux visions du monde se maintiendra. Pour mieux en comprendre les enjeux, il nous suffit d’étudier le passage relatif à la bénédiction qu’à la fin de sa vie, le père mourant, ISAAC, voulut donner à celui de ses fils, ESAU, qu’il croyait digne d’un tel privilège. La suite de l’histoire nous montrera que même les grands hommes, peuvent se tromper puisque c’est à JACOB, le frère jumeau que va revenir cette bénédiction chargée de promesses. Il y avait heureusement une femme, REBECCA, pour changer le cours de l’histoire, comme nous l’avions déjà vu précédemment à propos de SARA. Le récit de cet épisode de la bénédiction qu’ISAAC accorda à JACOB est très troublant. Il convient de préciser ici que lorsqu’une bénédiction est donnée avec l’espoir qu’elle soit exaucée, il est nécessaire que les aspirations de celui qui la reçoit rejoignent les pensées de celui qui l’accorde. Cela n’aurait sans doute pas été le cas pour ce qui concerne ESAU, dont nous reparlerons plus loin. Nous avons sur cette observation un enseignement tiré du ZOHAR qui rapporte la discussion suivante : « Au moment de se faire donner la bénédiction paternelle, JACOB aspirait aux biens du ciel, alors qu’ESAU aspirait aux biens de la terre. Rabbi JOSSE, fils de Rabbi SIMEON, petit-fils de LAGOUNYA, demanda à Rabbi ELEAZAR : « N’as-tu jamais entendu de ton père la raison pour laquelle la bénédiction qu’ISAAC donna à ESAU se réalisa, alors que celle qu’il donna à JACOB ne se réalisa pas ? » Rabbi ELEAZAR lui répondit : « Toutes les bénédictions accordées à JACOB par ISAAC aussi bien que par le Saint, Béni soit-Il, n’ont pas été abolies, mais elles sont suspendues sur la tête de JACOB... Après l’arrivée du roi Messie, JACOB jouira et des biens d’en haut et des biens d’ici-bas, alors qu’ESAU périra... "« La maison de JACOB sera un feu, la maison de JOSEPH une flamme, et la maison d’ESAU une paille sèche... » (OBADIA I, 18.)" JACOB, on le sait, avait aspiré à la bénédiction spirituelle. Il l’obtint, alors que son frère ESAU réussit, malgré les obstacles redoutés, à recevoir la bénédiction matérielle. Celle qu’avait obtenu le patriarche JACOB est en fait plus difficile à conserver. En effet, l’effort demandé à nous ses descendants pour son maintien, dépasse souvent nos possibilités, en raison surtout de l’influence que nous subissons sans cesse, comme cela fut toujours le cas à travers toute notre histoire, parce que bien souvent nous nous sommes écartés de la voie d’ABRAHAM notre ancêtre, dont il fut déjà question précédemment. Ce ne sera donc que par l’harmonie messianique que nous parviendrons à nous réaliser pleinement. Ce sera le temps du monde parfait où la bénédiction ancestrale transmise par les patriarches deviendra intégrale. C’est alors seulement, qu’il n’existera plus de différence entre l’esprit et la matière. Cependant, ESAU, ayant eu d’autres aspirations, connaîtra un autre sort. Il finira par être anéanti sous le règne de la matière. C’est encore de cette époque que parle la Bible en disant : "« Ceux qui doivent sauver le peuple monteront sur la montagne de SION pour juger la montagne d’ESAU, et le règne demeurera au Seigneur. » (OBADIA I, 21)" Le Midrash Tan’houma insiste également sur les méfaits d’ESAU. Il estime que même en entrant chez son père, il fut escorté par une force infernale et il explique ainsi la grande frayeur dont fut saisi ISAAC à son arrivée. « ISAAC voulait maudire JACOB en raison de sa supercherie, mais le Saint béni soit-Il, lui dit : Si tu maudis JACOB, tu te maudiras toi-même, puisque tu lui avais dit : « que celui qui te maudira soit maudit, et que celui qui te bénira soit béni. » Genèse XXVII, 29.) Les difficultés que nous avons toujours connues ont bien souvent entraîné de notre part une sorte de révolte contre notre sort, au point de vouloir jalouser ESAU en nous appliquant à l’imiter, dans sa volupté et dans sa recherche effrénée des biens matériels. Notre tentation à vouloir l’imiter ne nous en fait jamais bien réussi. Nous avons eu parfois tendance à oublier que les trois patriarches ne recherchaient qu’un seul but : répandre dans le monde la croyance de D.ieu et conduire les hommes à l’amour de D.ieu. Eux ont été capables de parvenir à un très haut degré de perfection, leurs occupations étaient un grand et véritable culte, selon MAIMONIDE dans son Guide des Egarés, Livre III, chapitre LI. C’est cette aspiration vers le spirituel qui semble parfois nous faire défaut. A la fois humble et fier, JACOB qui avait reçu le nom de CHEKHINA (présence divine) sut dominer l’esprit du mal. « C’est parce que JACOB s’est fié au Saint béni soit-Il, et qu’il s’est appliqué dans tous ses actes à contribuer à la gloire de D.ieu, qu’il est arrivé à dominer ses ennemis. Et qui sont ses ennemis ? - C’est SAMAEL qui constitue la force d’ESAU. (ZOHAR) La leçon que nous pouvons dégager de ce que nous venons de dire, c’est que tant que le peuple juif n’aura pas vaincu dans ses pensées la mauvaise influence d’ESAU qui ne cherche qu’à nous détruire, pernicieusement ou directement, nous ne pourrons dominer nos ennemis, et ils sont hélas nombreux. Physiquement et numériquement il est plus fort, mais en nous inspirant de JACOB, nous finirons par surmonter tous les pièges et toutes sortes d’adversités. Nous ne pouvons en tout cas que déplorer l’attrait d’ESAU, sur les jeunes générations, et ce, sous des formes les plus inattendues. Il reste toujours d’actualité et il demeure plus que jamais dangereux.

HAPHTARA :

Le prophète s’indigne de l’incompréhension des enfants d’ISRAEL, car ils ne saisissent pas les marques d’amour que l’Eternel leur a données, comme ils ne comprennent pas la condamnation dont ESAU fait l’objet. "« Je vous aime »" a dit l’Eternel, et vous avez dit : "« où est ton amour ? »" "« ESAU n’est-il pas le frère de JACOB, »" dit l’Eternel "« et c’est JACOB que j’ai aimé ! ESAU je l’ai pris en aversion. » (Malachie I, 2-3)" Le manque de piété d’ISRAEL, son infidélité au Créateur est bien plus grave que celui des autres peuples ; s’ils professent le paganisme, n’exclut pas chez eux un besoin d’aimer D.ieu, alors qu’il est inconcevable, qu’après avoir connu la présence divine, ISRAEL puisse se livrer à l’idolâtrie. MAIMONIDE s’arrête sur la signification du verset 11 où il est question du culte rendu à l’Eternel par toutes les nations : "« Et en tous lieux on me présente de l’encens. »" Les idoles sont, selon lui, adorées comme symbole, mais faussent toutefois entièrement la croyance et empêchent l’élévation du peuple vers l’idéal divin. (Guide des Egarés, Livre 1er, chapitre XXXVI.) La faute d’ISRAEL imitant le païens est donc doublement grave, car non seulement c’est une trahison envers D.ieu et sa vérité à cause des faux cultes, mais cela traduit également une négligence et une hypocrisie impardonnable. En fin de compte, le prophète exhorte plus particulièrement les pontifes. Il les avertit du mal qu’ils auront répandu au lieu d’avoir agi en bien, s’ils ne se conforment pas à l’enseignement divin. "« Je déchaînerai sur vous la malédiction, et vos bénédictions, je les rendrai funestes... Et certes, ainsi ferai-je, car vous ne le prenez point à cœur. » (Malachie II, 2)" Le pacte conclu avec la tribu de LEVI a comporté : "« de ma part, la vie et le bonheur...... — de la sienne, la piété.... C’est que les lèvres du pontife doivent conserver la science, c’est qu’à sa bouche on doit puiser la doctrine, car il est un mandataire de l’Eternel Cebaoth ! »" Le pontife selon une certaine tradition, c’est l’ensemble du peuple juif, dont la mission constante consiste à diffuser la parole divine à l’humanité toute entière, à condition de vouloir en assumer la responsabilité, en commançant par approfondir lui-même cette doctrine de la vérité de D.ieu.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




blog comments powered by Disqus



Articles les plus lus
 

Articles incontournables