Parasha Haye sara 5764

chabbath Samedi 22 Novembre 2003
publié le mercredi 19 novembre 2003
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Lecture de la Torah : Genèse XXIII, 1 - XXV, 18 : Mort de SARA ; mariage d’ISAAC ; mort d’ABRAHAM.

HAPHTARA : I ROIS I, 1 - 31 : SALOMON successeur de DAVID.


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Commentaire de la Torah :

Si nous parlons de SARA comme étant la première femme évoquée dans la Torah, c’est parce qu’elle est la compagne fidèle du père du monothéisme, ABRAHAM, dont nous avons déjà longuement parlé. Certes, EVE est au plan historique la première femme dont parle le livre de la Genèse, mais elle ne figure pas dans la même catégorie de considérations. Elle est bien la première femme du genre humain. Il nous paraît plus intéressant dans le cadre de nos réflexions portant sur l’éducation, de souligner l’importance que revêt à nos yeux, la personnalité de SARA. A travers elle, nous pouvons rendre hommage à toutes les mères juives, ayant compris la place essentielle qu’elles occupent au sein de leur foyer. SARA est en effet celle qui soutient et guide son illustre mari dans sa dure lutte spirituelle. Elle n’hésite pas à sacrifier sa vie privée, afin de faciliter la propagation de la suprême vérité et de procurer à ABRAHAM un héritier digne de lui et de sa mission. Aussi, n’est-ce pas l’échec personnel qui lui avait dicté le renvoi d’AGAR sa servante ayant donné un fils ISMAEL à ce patriarche (Genèse XVI, 15). C’était plutôt la certitude pour l’épouse légitime qu’était SARA de s’être trompée sur la valeur morale de sa servante. Elle ne pourra lever l’enfant d’une mère récalcitrante, avide de pouvoir terrestre, car le fils lui ressemblera trop. C’est ce que nous lisons dans Genèse XVI, 4-5. Ce qui compte pour SARA, tel qu’elle conçoit son rôle d’éducatrice, c’est avant tout l’avenir moral du monde. Pour ne pas se montrer trop injuste envers sa servante, SARA fera encore un ultime effort et tolérera AGAR jusqu’au moment où la menace d’une influence néfaste lui semblera trop sérieuse. « SARA vit le fils d’AGAR l’Egyptienne, que celle-ci avait enfanté à ABRAHAM, se livrer à des railleries ; et elle dit à ABRAHAM : « renvoie cette esclave et son fils ; car le fils de cette esclave n’héritera point avec mon fols, avec ISAAC. » (Genèse XXI, 9-10) Il peut sembler surprenant que SARA ait insisté à deux reprises sur la condition d’esclave qu’était celle d’AGAR. Nous croyons pouvoir dire que ce n’était pas pour la dévaloriser, mais pour faire comprendre à son époux que si ISMAEL suivait l’exemple de sa mère, il ne pourrait poursuivre la voie de son père, afin de participer avec ISAAC à l’épanouissement du monothéisme. Cela seul comptait aux yeux de SARA. Devant l’exigence de sa femme ayant décidé de chasser à la fois la mère et le fils, ABRAHAM révèle à la fois un trait humain, très compréhensible, ainsi qu’une certaine faiblesse. Là, le père biologique prend le dessus sur le père spirituel, car malgré tout, il ne peut s’empêcher d’aimer ce premier fils. C’est donc à cause de cet aveuglement paternel, comme cela se produit dans beaucoup de familles, que SARA considère de son devoir de l’éclairer. C’est donc par elle que la prophétie sera communiquée. « La chose déplut fort à ABRAHAM, à cause de son fil. Mais D.ieu dit à ABRAHAM : « Ne sois pas mécontent au sujet de cet enfant et de ton esclave ; pour tout ce que SARA te dit, obéis à sa voix : car c’est la postérité d’ISAAC qui portera ton nom. » (Genèse XXI, 11-12) Par cette intervention, D.ieu lui fait comprendre qu’il ne doit pas se laisser aller à l’attendrissement paternel, car il s’agit de l’avenir de l’humanité, « car c’est la postérité d’ISAAC qui portera ton nom. » A travers ce que nous venons de voir, nous constatons que SARA occupe une place particulière parmi les autres femmes de la Bible. C’est ce que confirme Rabbi YOSSE en disant que la mort de SARA n’est pas racontée de la même façon que celle des autres femmes. Comme nous le verrons dans la sidra de la semaine prochaine, pour SARA, la Torah nous indique le nombre d’années vécues, ce renseignement n’étant pas fourni pour d’autres. De plus, cette femme exceptionnelle a eu droit à voir son nom figurer pour une de nos lectures hebdomadaires (péricopes) Le ZOHAR nous en fournit d’ailleurs l’explication en précisant que SARA était arrivée à un tel degré de sainteté, correspondant à la région céleste d’où émanent les jours et les années qui constituent la vie d’un homme. Toujours selon cette même source, ABRAHAM et SARA étaient le seul couple libéré de l’influence céleste. Pour cette raison, SARA a obtenu la vie éternelle pour elle, pour son époux et pour sa postérité. Le prophète ISAIE (LI, 1) nous le rappelle en disant : "« rappelez-vous cette roche d’où vous avez été taillés et cette carrière profonde d’où vous avez été tirés. Portez votre regard sur ABRAHAM votre père, et sur SARA qui vous a enfantés. »" Ainsi, ce premier couple, si étroitement lié pour transmettre son exemple et son enseignement à ses descendants, occupe une place exceptionnelle dans notre tradition. Là également, nous citerons le ZOHAR nous montrant la place que la Tradition orale réserve au premier couple patriarcal. ABRAHAM et SARA ont racheté le péché originel et ont ouvert à l’humanité la porte du paradis. Sur notre paracha, le ZOHAR nous rapporte le récit suivant : « Rabbi SIMEON dit : Lorsque ABRAHAM inhuma SARA dans la caverne de MEKHPELA, ADAM et EVE se levèrent et s’opposèrent à cet ensevelissement, en disant à ABRAHAM : Nous sommes déjà couverts de honte pour avoir transgressé le commandement du Saint Béni soit-Il, et pour avoir causé tant de mal dans le monde en raison du péché originel, et vous venez encore augmenter notre honte par le contraste qu’il y aura entre vos bonnes œuvres et nos crimes. ABRAHAM leur répondit : Je prends l’engagement de réparer devant le Saint Béni soit-Il, le mal que vous avez causé, de sorte que vous n’aurez plus jamais honte. Nous savons bien qu’il a pu tenir parole. Il a pu renouveler cet engagement même après la disparition de son épouse, car il savait qu’ils avaient tous deux formé un fils capable d’accomplir et de transmettre cet engagement. Leur réussite en tant que couple authentique sera leur fils ISAAC dont nous parlerons la prochaine fois. Et dans une telle perspective que doivent agir tous les couples juifs. C’est incontestablement le secret d’une bonne harmonie.

HAPHTARA :

La fin de la vie du patriarche ABRAHAM laisse penser à celle du roi DAVID. Dans les deux cas, il s’agit d’une succession à assurer. Si le premier de nos patriarches est préoccupé du sort de sa famille et qu’il cherche pour cela une mère digne de sa mission, le prophète NATHAN veillera à ce que le roi DAVID accomplisse les engagements pris en faveur de son fils SALOMON. Le prophète craignait un mauvais choix pour la succession royale, alors que la prophétie divine avait désigné SALOMON et non un autre fils de DAVID. En fin de compte, tout se déroulera selon le plan divin. DAVID recommande à son fils deux choses : faire des efforts pour arriver à la connaissance de D.ieu et Lui rendre un culte digne de cette connaissance. Ainsi, DAVID, tout comme ABRAHAM, a su transmettre à SALOMON la source de la sagesse, sans parvenir à lui inculquer la véritable piété. S’il y était parvenu, il se serait abstenu, selon les recommandations des patriarches, d’épouser des femmes (ZOHAR sur HAYE SARA). Cela revient à dire que la véritable connaissance de D.ieu réside dans l’observance de ses commandements et non dans une simple spéculation philosophique ou intellectuelle.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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