Parasha Vayera 5764

Samedi 15 novembre 2003 - 20 Hechvane 5764
publié le lundi 10 novembre 2003
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Commentaire de la Torah

Le personnage central de notre sidra est incontestablement celui d’ABRAHAM. Nous l’avons souvent indiqué, il est pour tous les croyants celui qui a fait connaître le monothéisme biblique. Appliquant les principes de la Torah avant que celle-ci ne fut promulguée au MONT-SINAI, il va se révéler dans notre texte comme un ardent défenseur de la justice.
A travers certains épisodes bibliques, ce personnage va nous éclairer sur cette notion si fondamentale qu’est la justice. Rappelons ici l’enseignement des Pirké Aboth, premier chapitre, michna 18 : « Rabane SHIMONE ben GAMLIEL disait : le monde repose sur trois choses : sur la justice, la vérité et la concorde. » Le Talmud TAANITH 68 a, vient compléter ce texte en disant : « ces trois choses n’en font en réalité qu’une seule : si le jugement est exécuté (si la justice s’exerce), la vérité est satisfaite et la paix peut alors régner. » Nous trouvons la même conception de la justice dans le traité talmudique HAGUIGUA 12 b, où l’on demande : « Sur quoi repose le monde ? Sur un pilier qui a pour nom justice (juste), se fondant sur le passage de Proverbes X, 25 : « Le juste est le fondement du monde. »
Selon les règles en vigueur dans notre tradition, nous savons que le juge doit observer une stricte impartialité, mais en plus, on exige de lui une attitude compréhensive et humaine. Ce devrait être la règle dans toute cour de justice. Pour nous, le rôle du juge est d’exercer une justice charitable, à l’image de D.ieu, Juge suprême qui représente la source même de la justice. L’origine commune du TSEDEK (justice) et de la TSEDAKA (charité) montre bien l’étroite parenté existant entre ces deux notions.
Après le péché originel, les exigences divines envers l’homme ayant été réduites, les sept commandements donnés aux fils de NOE (SANHEDRIN 56 a), se composent de six interdictions essentielles et d’un seul précepte positif : la nomination des juges. La charité n’y est pas indiquée en tant qu’élément inséparable de la justice. ABRAHAM renoua pourtant avec ce principe. Grâce à son inspiration supérieure, il voulut rétablir le véritable lien unissant l’homme au Créateur. Au moment où D.ieu s’apprêta à châtier tous les habitants de SODOME et GOMORRHE, il crut que D.ieu avait abandonné le principe de charité. Or, il ne pouvait supporter que la justice puisse d’exercer sans charité. Pour cette raison, il protesta énergiquement.
Malgré cette protestation, ABRAHAM était toujours avec D.ieu, ce qui lui fit dire : « Anéantirais-tu, d’un même coup, l’innocent avec le coupable ? » Par cette forte interpellation, il voulait dire que même sans la charité, la justice ne doit pas sacrifier l’individu. Ce sera là l’un des grands mérites d’ABRAHAM, constituant le point de départ de toutes les promesses accordées par la suite à ses descendants, ainsi qu’il est écrit : « Si je l’ai distingué, c’est pour qu’il prescrive à ses fils et à sa maison après lui, d’observer la voie de l’Eternel, en pratiquant la vertu et la justice. (Genèse XVIII, 19 - MAIMONIDE, Guides Egarés III, chapitre XLIII).
ABRAHAM avait reçu la promesse de devenir un grand peuple, afin que ses descendants perpétuent le principe de charité et de justice unies en un seul élément. La promesse qui lui est faite ne pourra se réaliser qu’à cette condition. Le verset cité relie « la voie de l’Eternel » avec les notions de « charité » et de « justice ». ABRAHAM avait découvert cette voie en modifiant, le premier, la notion du principe de justice, en l’élevant au niveau où elle se trouvait avant le péché originel, quand D.ieu exigeait de l’homme d’être son digne représentant sur la terre.
Nous avions vu au chapitre XIV du livre de la Genèse, la description de la guerre des neufs rois. Celle-ci révèle un autre aspect de la justice, telle que la pratiquait ABRAHAM. Il se sent obligé de faire la guerre contre ceux des rois qu’il estime avoir agi injustement. Il prend cette décision dans un but altruiste. Il avait d’abord souhaité s’acquitter de son rôle d’arbitre avant de se voir contraint de prendre les armes. Il ne cherche nullement à tirer profit de son intervention. Nous assistons alors à un curieux dialogue entre lui et le roi de SODOME qui lui avait proposé de lui laisser le butin de guerre. Outré d’une telle proposition, ABRAHAM répond en levant la main devant l’Eternel : « Je lève la main devant l’Eternel..... et je jure que fût-ce un fil, fût-ce la courroie d’une sandale, je ne prendrai rien... » (Genèse XIV, 21-22).
Les propos du roi de SODOME témoignent d’une antique loi attribuant au vainqueur les biens et les personnes capturés durant une guerre. (commentaire du OHR HA’HAYIM). ABRAHAM ne veut pas profiter de cette loi. Son sens de la justice est d’un autre niveau que celui de ses contemporains. Il montre clairement que les biens terrestres dont il peut profiter lui sont accordés par D.ieu et il ne veut rien devoir à des êtres indignes de gratitude. (NACHMANIDE).
La confiance qu’ABRAHAM met en D.ieu lui permet de modérer ses désirs et de mépriser le gain. Il a voulu délivrer son neveu LOTH emmené en captivité. Il n’avait donc rien à recevoir pour prix de la victoire obtenue. Aussi, à la suite de son geste de désintéressement, une voix divine promet à ABRAHAM bien plus qu’il n’espérait : « Ne crains point, ABRAM : je suis un bouclier pour toi ; ta récompense sera très grande ! » (Genèse XV, 1).
Comme pour bien nous montrer les traits de caractère de ce patriarche, nous pouvons comprendre ce qu’en dit la michna 19 du chapitre V des Pirké Aboth : « Celui qui possède les trois qualités suivantes est un disciple du patriarche ABRAHAM : la générosité, l’humilité et l’abnégation. » Ce sont donc ces trois traits dont a témoigné notre patriarche dans son dialogue avec le roi de SODOME. A nous de nous montrer dignes de l’héritage spirituel qu’il nous a légué.

HAPHTARA

Nous assistons dans cet épisode biblique à la miraculeuse intervention du prophète ELISEE (disciple du prophète ELIE), dans les événements quotidiens de la vie à leur époque. En agissant comme il l’a fait, ELISEE, demandé par une pauvre femme dont l’enfant est retrouvé inanimé, veut lutter contre l’influence idolâtre. Ceux qui étaient entraînés aux pratiques absurdes ne percevaient la présence divine que par une manifestation surnaturelle. C’est à quoi va devoir se livrer ELISEE.
La Sunamite se distingue de ses contemporains par sa foi, sa confiance et son désintéressement. Elle ne croit pas pouvoir, par ses propres moyens, obtenir l’aide divine qui lui indispensable pour ranimer son enfant. Elle a donc recours au prophète, en qui elle a une confiance absolue. Grâce à son pouvoir spirituel, ELISEE saura rendre la vie à l’enfant.
Ce qui frappe dans ce passage de notre Haphtara, c’est le calme émanant de cette femme qui fait preuve d’une grande sérénité. Elle demande donc à son mari de la laisser partir pour chercher le prophète. S’étonnant de cette démarche inhabituelle, le mari demande : « Pourquoi vas-tu chez lui aujourd’hui ? Ce n’est ni la néoménie ni un jour de fête. Elle lui répondit : « sois tranquille. » (II Rois IV, 23).
En rencontrant le prophète qu’elle est allée chercher, comme on va quérir un médecin en qui l’on a confiance, elle ne peut cependant pas s’empêcher de lui dire d’un amer : « Est-ce que j’avais demandé un fils à mon Seigneur ? N’ai-je pas dit : ne m’abuse point. » (verset 28).
Le prophète comprend tout ce que contiennent les paroles de cette femme malheureuse, craignant avoir perdu son enfant. Elle refuse que ce soit un messager qui prenne l’affaire en mains et dit très énergiquement : « Par l’Eternel et par ta propre vie si je te quitte. » (verset 30). Par ces paroles, elle voulait clairement signifier que le seul homme en mesure de forcer la miséricorde divine était ELISEE. Ce dernier finit donc par céder à sa demande et réussit par ses prières et sa piété à faire revenir l’enfant à la vie. Comme à l’époque du patriarche ABRAHAM, celle des prophètes connut elle aussi une période où il fallait sans cesse démontrer l’inanité des idoles et la nécessité de croire en un D.ieu Un.



David Levy
webmaster




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