L’Oratorio d’Ester à Paris - 2 novembre 2003

au profit d’Hadassah France
publié le dimanche 26 octobre 2003
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Concert du 2 novembre 2003 - Théâtre Musical du Châtelet Paris

« Ester »
Oratorio du 18 éme siècle chanté en hébreu

Particularité de l’œuvre :

découverte en 1997 à Cambridge, cette œuvre chantée en hébreu est désormais considérée comme la plus importante œuvre de musique savante hébraïque des 17 et 18 ème siècles. Sera jouée à cette occasion en première européenne en concert public à l’occasion d’une soirée de Gala au profit de l’hôpital Hadassah de Jérusalem.

Lieu : Théâtre Musical du Châtelet - Paris

Date et heure :
dimanche 2 Novembre 2003 à 20h.

Genre musical :
oratorio

Langue chantée : hébreu

Musique :
Cristiano Giuseppe Lidarti (1730 - ca 1794) sur un livret du rabbin Jacob Raphaël Saraval (1707 ? -1782) librement adapté de l’oratorio Esther de Georg Friedrich Haendel

Organisateur :
Hadassah France - concert au profit de l’hôpital Hadassah de Jérusalem

Achats billets : Hadassah France au 01 53 42 67 06 et / ou demande d’envoi du carton de participation au concert sur le site de la soirée www.ester-oratorio.com

Distribution :
Solistes
 :

Ester (Esther*) : Cyrille Gerstenhaber, soprano
Donna Israélita (Femme israélite*)  : Valérie Gabail, soprano
Haman (Aman*) : Laurent Naouri, baryton
Ahasveros (Assuérus*) : Alain Bertschy, ténor
Mordocai (Mardochée*) : David Lefort, ténor
* orthographe usuelle en français
Ensemble orchestral :
Les Folies Françoises
Patrick Cohen-Akenine, direction musicale

Ensemble vocal :
Les Voix Mêlées
Vincent Rouquès, direction musicale
Chef d’Orchestre :
Avner Itaï


Comment a été découvert le manuscrit de l’oratorio Ester en 1997 à Cambridge par Richard Andrewes et identifié en 1998 par Israël Adler ?

Israël Adler :

Celui qui a vécu le bonheur d’un chercheur associé à la redécouverte d’un document ancien, comprendra pourquoi j’ai insisté pour que Richard Andrewes (l’excellent bibliothécaire de l’université de Cambridge) raconte ’son’ histoire qui aboutit à la résurrection de l’oratorio Ester après deux siècles. Tout a commencé par le regard alerte de Richard qui a repéré un numéro, parmi quelques centaines, dans un catalogue de ventes de manuscrits, qui semblait banal à première vue. C’est cette perspicacité typique d’un bibliothécaire qui fait le bonheur des grandes institutions de recherche, parmi lesquelles la bibliothèque universitaire de Cambridge est l’une des plus remarquables. La profession de bibliothécaire, en général, et Richard Andrewes en particulier, méritent notre gratitude pour avoir ainsi servi la musicologie juive.


Richard Andrewes :
Cambridge, mars 2000

Le 7 novembre 1997, nous avons reçu la « Liste 320 » du marchand de livres de musique d’occasion « William Reeves ». Comme pour toute vente de ce genre, pour obtenir le titre que l’on désire vraiment il faut réagir rapidement. Mais, parcourir un catalogue contenant quelques centaines de numéros avec une variété de types de musiques et de livres, puis vérifier chaque article face à plusieurs catalogues différents de la bibliothèque, est un processus long. Donc, comme d’habitude, c’était la course contre la montre pour vérifier toute une liste de desiderata. Toutefois, parmi tous ces titres il y avait le n° 2430 :

Lidarti (Christiano Giuseppe) Ester Oratorio, 1774, partition manuscrite musicale pour voix & instruments, folio oblong... reliure en mauvais état, partition en très bon état, 160 feuilles, inscription sur page de titre : Amené d’Italie par feu mon Père F H Bartheleman [sic] en 1777, A W Henslowe.

Plusieurs choses attirèrent mon attention. Tout au long de mon travail sur les manuscrits musicaux, j’ai rencontré occasionnellement le nom de François Hippolyte Barthelemon, en tant que compositeur, copiste et collectionneur de manuscrits. C’était un violoniste français, établi à Londres...

Ensuite, le « A W Henslowe » était en réalité « C. M. Henslowe », c’est-à-dire sa fille, Cecilia Barthelemon, qui était une femme compositeur à part entière et qui a publié quelques excellentes sonates pour piano avant son mariage. Et enfin, c’était un oratorio italien, dont on trouvait rarement des partitions entières, surtout dans la série Garland Italian oratorio 1650-1800, que ce manuscrit complétait joliment.

La commande fut différée jusqu’à ce que la liste entière soit prête. Heureusement, l’article était encore disponible plus tard dans la journée quand notre commande fut transmise par téléphone... Le manuscrit fut livré et entra dans un catalogue provisoire selon le descriptif... de Reeves et la page de titre du manuscrit. Il fut transféré au département des manuscrits pour recevoir une cote.

Plusieurs mois s’écoulèrent avant qu’il ne revienne au département de musique pour catalogage complet, qui aurait dû être une procédure relativement simple pour compléter la notice courte faite auparavant sur l’ordinateur. Pourtant, en parcourant le manuscrit, je réalisai soudain que les paroles n’étaient pas en italien, elles n’étaient pas en français ni en espagnol ni en allemand.

Comment a été découvert le manuscrit de l’oratorio Ester en 1997 ? (suite page 2/2)

En fait elles ne ressemblaient à aucune langue que j’avais jamais vue. A ce stade il était évident qu’une recherche sur le compositeur était nécessaire. En cherchant dans les grands catalogues américains, je découvris que Lidarti avait composé de la musique pour des textes hébraïques et que ceux-ci avaient été publiés par Israël Adler dans Early Hebrew Art Music. Avec cette information, je demandai à des collègues qui travaillaient sur les fameux fragments de la Genizah du Caire s’ils pouvaient identifier le texte d’Ester comme transcription latine de l’hébreu.

Le premier avis disait que le manuscrit étant visiblement italien, il pourrait s’agir d’un texte en ladino, probablement originaire de la grande communauté sépharade de Livourne. Dans les différentes encyclopédies juives, je découvris qu’il y avait une magnifique synagogue à Livourne, construite au début du 18e siècle ; un oratorio de ce type aurait pu être composé pour elle ! Cependant, ceci parut moins plausible, après un examen plus approfondi du texte qui s’avéra être simplement en hébreu.

Entre-temps, j’avais trouvé l’importante étude d’Israël Adler La pratique musicale savante dans quelques communautés juives en Europe aux 17e et 18e siècles (Paris, 1966), qui comprend la publication d’une grande partie des œuvres musicales reprises ultérieurement dans la série Early Hebrew Art Music. J’y ai trouvé la référence d’une traduction hébraïque manuscrite du livret de la seconde version de l’oratorio Esther de Haendel par J. R. Saraval, le rabbin de Venise et de Mantoue, à la Bibliothèque Ets Haim à Amsterdam. J’avais même la référence d’un article de M. Gorali dans le périodique Tatzlil de 1962 comprenant l’édition de ce texte, mais cette publication n’était pas accessible à Cambridge. Je soupçonnais qu’il pouvait y avoir un lien avec mon manuscrit, mais je n’en avais pas encore la preuve.

C’est à ce stade de mes recherches, en juin 1998, que j’ai rencontré inopinément Israël Adler à San Sebastian en Espagne, à la conférence de l’Association Internationale des Bibliothèques Musicales, Archives et Centres de Documentation. J’étais très heureux de pouvoir lui parler de notre manuscrit, sachant que parmi tous, il serait le plus enthousiasmé par cette découverte. Je ne m’étais guère trompé : peu de temps après, il visita Cambridge pour examiner le manuscrit et pour engager le travail d’identification de son contexte historique, ainsi que de sa présentation à une audience plus large.

Biographies rapides

Téléchargez les biographies complètes, les photos imprimables, livret de l’œuvre etc...
sur le site de la soirée
www.ester-oratorio.com

Laurent Naouri (baryton, Aman) : considéré par la critique comme le plus grand baryton français à l’heure actuelle, Laurent Naouri commence sa carrière en 1986. Il a été dirigé par les chefs les plus prestigieux : Sir Colin Davies, René Jacobs, William Christie.... Il sera dirigé par Sir John Eliot Gardiner dans « Les Troyens » de Berlioz en octobre 2003 et dans « La Belle Hélène » d’Offenbach sous la direction de Marc Minkowski en décembre 2003, au Châtelet.

Cyrille Gerstenhaber (soprano, Ester) : régulièrement encensée par la critique, (« cette jeune chanteuse est exceptionnelle », « proche du sublime » Le Monde 1997), Cyrille Gerstenhaber s’est produite dans les plus grands opéras et avec les plus grandes formations. Elle a été récompensée en 2001 par le Prix du Meilleur Disque Baroque en Espagne. Cette saison, on pourra la retrouver dans "La Bohême " de Puccini (Musetta) à Besançon et sous la direction de Frans Bruggen avec "L’ Orchestre du XVIIIème siècle" dans "Les Indes Galantes" de Rameau en tournée en Europe.

Valérie Gabail (soprano, Femme Israélite) : remarquée par Marc Minkowski, elle est rapidement engagée dans les principales formations baroques actuelles, notamment sous la direction de Christophe Rousset, d’Avner Biron et Michel Corboz. Elle a fait ses débuts à l’Opéra de Paris en 2002 dans Platée. Elle est actuellement à l’affiche (septembre 2003) dans les Indes Galantes de Jean-Philippe Rameau avec les Arts Florissants sous la direction de William Christie à l’Opéra Garnier.

David Lefort (ténor, Mardochée) : lauréat de nombreux concours internationaux (« Prix Francis Poulenc », « Concours international d’interprétation de la mélodie française » de Paris, du « Concours international de chant » de Clermont-Ferrand, finaliste du « Concours international de chant baroque » de Chimay en Belgique, présidé par William Christie), David Lefort se produit sur de nombreuses scènes tant en France qu’à l’étranger. Il sortira son premier disque, consacré à Poulenc en 2004.

Alain Bertschy (ténor, Assuérus) : de nationalités suisse et belge, Alain Bertschy s’est produit sous la direction de chefs comme Louis Langrée, Michel Corboz, Jésus Lopes-Cobos et Edmond Colomer dans les opéras de Genève, Massy et Avignon ainsi qu’aux festivals de Beaune et de la Chaise-Dieu. En 2004, il interprétera en France, le rôle d’« Idamante » dans l’opéra Idoménée de Campra et "Arbace" dans l’Idomeneo de Mozart avec les ensembles de Jean-Claude Malgoire. Avec Gérard Lesne, il chantera les Histoires Sacrées de Charpentier à Metz, Charleroi et Bilbao.

Avner Itaï (chef d’orchestre) : ancien directeur du département chorale de l’Académie de Musique « Rubin » de l’Université de Tel-Aviv, son action a été déterminante au développement de l’Art Choral en Israël. Il a réalisé de nombreuses tournées en Europe, Etats-Unis et Australie avec son ensemble vocal. Il a également dirigé la plupart des grands orchestres israéliens, dont l’Orchestre Philharmonique d’Israël, l’Orchestre Symphonique de Jérusalem, l’Orchestre de Chambre d’Israël et le Kibbutz Chamber Orchestra. En 1999, il a dirigé l’Orchestre Symphonique de Bochum (Allemagne). Il a dirigé les BBC Singers à l’occasion de deux enregistrements sur CD en 2001. Il dirige régulièrement l’ « Orchestre pour la Paix » et les « Voices for Peace » depuis plusieurs années.

Ensemble vocal Les Voix Mêlées : L’ensemble vocal "Les Voix Mêlées" a été créé en 1997 par Vincent Rouquès. Cette formation a acquis sa réputation par l’interprétation de la musique allemande du 19ème siècle puis a élargi son répertoire à la musique du 20ème siècle, ainsi qu’à la musique tchèque et à la musique ancienne. "Les Voix Mêlées" ont été invitées à la 1ère Biennale d’Art Vocal (Cité de la Musique - juin 2003), ont participé au Festival d’Ile-de-France (2002 et 2003) et ont reçu la label de l’Association Française d’Action Artistique pour leur concert "L. Janacek, musique vocale".

Ensemble orchestral Les Folies Françoises  :
En 2000, Patrick Cohen-Akenine décide de créer Les Folies Françoises, pour aborder un vaste répertoire baroque dans un pur esprit de musique de chambre, et c’est tout naturellement qu’il est amené à diriger son ensemble en formation orchestrale. On a pu entendre Les Folies Françoises en production lyrique aux côtés des sopranos Patricia Petibon, Natalie Dessay ou Salomé Haller, des contre-ténors Robert Expert et Ryland Angel, mais aussi en production chorégraphique avec la Compagnie L’Eventail ou à l’occasion de concerts instrumentaux dirigés par Anner Bylsma et Barthold Kuijken. La saison passée, l’ensemble a donné le Stabat Mater de Pergolèse au Théâtre des Champs-Elysées, à Nantes lors des Folles Journées, ainsi qu’au Lufthansa Festival of Baroque Music de Londres. En 2003/04, les Folies Françoises prendront activement part aux manifestations de l’ « Année Charpentier ». L’ensemble se produira également à Beyrouth, Londres, Bruges, Utrecht et en Italie, parallèlement à la sortie d’un disque chez Alpha.


Ester (Lidarti) - Concert du 2 novembre 2003 Théätre Musical du Châtelet

Argument

ESTER

Acte I
Scène 1
La scène s’ouvre sur une ambiance pastorale et sereine : une femme israélite prie pour que la paix descende dans le cœur d’Esther et que les anges veillent sur elle. Esther chante les louanges de Dieu, et condamne l’attachement aux splendeurs terrestres.
Scène 2
Harbona, dans sa brève apparition, déclare qu’il vaut mieux épargner que détruire. Aman le contredit : « Tout homme hébreu mourra ...Le vieux, le jeune, la femme, l’enfant ». Le chœur des Perses soutient les desseins néfastes d’Aman.
Scène 3
L’atmosphère paisible est rétablie, avec la femme israélite qui chante sa foi dans une issue favorable pour les Juifs, suivie par un chœur de louange et gloire à Dieu.
Scène 4
Mardochée tremblant de terreur, dénonce le massacre prévu par Aman. Le chœur chante une lamentation : « Pleure, peuple d’Israël ».

Acte II
Scène 1
Le chœur proclame la Justice qui ne manquera pas de se rétablir et le mal qui sera puni.
Scène 2
Dialogue entre Mardochée et Esther : Esther trouve son parent couvert de cendres, vêtu d’un sac et rempli d’affliction. Il lui révèle le complot d’Aman pour exterminer les Juifs et la prie de se présenter devant le Roi et intercéder pour son peuple. Esther accepte de risquer sa vie tout en implorant Dieu d’avoir pitié pour Israël.
Scène 3
Esther s’évanouit devant le Roi. Celui-ci la réconforte, puis le couple entonne un gracieux duo amoureux. Suit l’aria d’Assuérus qui chante la beauté d’Esther. Esther invite le Roi à son banquet accompagné d’Aman. Se développe un dialogue amoureux entre le Roi et la Reine.
Scène 4
La femme israélite et le chœur chantent les retrouvailles des amoureux dans la chambre de la Reine.

Acte III
Scène 1
Mardochée et le chœur invoquent le « Dieu vénéré, majestueux, éclairé ». Ils l’implorent de punir les ennemis d’Israël.
Scène 2
Esther, Assuérus, Aman et le chœur sont réunis dans les appartements d’Esther, la Reine. Elle présente sa requête pour sauver son peuple. Elle rappelle à Assuérus que c’est Mardochée qui avait révélé jadis le complot contre le Roi, et qu’il est maintenant victime, ainsi que tous les Juifs de Perse, de l’odieux complot d’Aman. Convaincu, Assuérus jure qu’Aman ne sera pas épargné. L’appel à la clémence d’Aman est rejeté par Esther, qui refuse d’écouter ses flatteries. Le Roi ordonne à sa garde de saisir Aman et de le pendre. Il rétablit l’honneur de Mardochée. Le chœur s’en réjouit dans un chant sur l’éternelle justice. Aman est abandonné à sa complainte sur son sort amer et bien mérité dans une aria : « Soudain, je suis tombé de haut...mon éternité rompue, mon espoir n’est plus ».
Scène 3 Chœur final. L’un après l’autre, tous les solistes, suivis par le chœur, entonnent un chant de louanges et des Actions de Grâce.

Ester

Cristiano Giuseppe Lidarti (1730 - ca 1794)



Perdu depuis plus de deux siècles et retrouvé en 1997 à Cambridge, le manuscrit de l’oratorio « Ester » est désormais considéré comme la plus importante œuvre musicale en hébreu des 17ème et 18ème siècles, tant par sa durée que par la richesse de sa composition. L’œuvre est interprétée en première européenne à Paris, au profit de l’hôpital Hadassah de Jérusalem

Automne 1997 : une partition manuscrite d’un oratorio intitulé « Ester » datant du 18ème siècle est acquise par la Bibliothèque de l’Université de Cambridge chez un marchand de livres d’occasion. L’existence de cette partition manuscrite retrouvée dans son intégralité était totalement inconnue jusqu’à ce jour. Les paroles, en caractères latins, ne correspondent à aucune langue connue.

C’est alors que le Professeur Israël Adler - fondateur du Jewish Music Research Centre à l’Université Hébraïque de Jérusalem, qui avait déjà publié des œuvres du même compositeur - est contacté.

Et par une formidable coïncidence, la partition est rapprochée de son livret hébraïque, identifié auparavant par le Professeur Hayyim Schirmann, dans la bibliothèque Ets Haim d’Amsterdam vers 1943.

Le compositeur se nomme Cristiano Giuseppe Lidarti (1730 - ca 1794), un chrétien autrichien d’origine italienne, connu pour avoir composé nombre d’œuvres pour la communauté juive d’Amsterdam (communauté d’origine portugaise) au début des années 1770. Il aurait également fait un séjour à Londres.

Quant au livret en hébreu, il a été écrit par un Rabbin de Mantoue et de Venise, Jacob Raphaël Saraval (1707 ? - 1782). Son texte reprend la trame et adapte de manière très libre le livret en anglais datant de 1732, tiré de la pièce de Racine, dont se servit Haendel pour son célèbre oratorio du même nom. Le Rabbin Saraval était connu pour son goût et sa pratique musicale. Dans un document datant du 18 ème siècle, il demande l’accord aux autorités de laisser les étudiants de sa yeshiva interpréter au sein du ghetto de Mantoue pour les fêtes de Pourim « une sorte d’opéra, basé sur une histoire tirée de la Bible  ». L’autorisation lui est accordée « sous réserve qu’aucun non-juif n’assiste à la représentation ».

Alors que les compositions musicales de Lidarti pour le compte de la communauté juive d’Amsterdam ne dépassent pas habituellement six minutes, la durée de cet oratorio dépasse une heure trente. Il est désormais considéré comme la plus importante œuvre musicale en hébreu des 17ème et 18ème siècles, tant par sa durée que par la richesse de sa composition.



Ester : descriptif

Cristiano Giuseppe Lidarti (1730 - ca 1794)

Ester de Lidarti a été identifié en 1998 à la bibliothèque universitaire de Cambridge, dans un manuscrit daté de 1774, par le Professeur Israël Adler de l’Université Hébraïque de Jérusalem. Jusque là, il n’y avait aucune mention d’une telle œuvre. Le livret, lui seul, intitulé (en hébreu) Le salut d’Israël par Esther ou (en italien) Ester in Oratorio o Sacra Dramma, par le rabbin Jacob Raphael Saraval de Mantoue et Venise, était connu à travers trois manuscrits, dont deux étaient conservés à la bibliothèque de la communauté juive portugaise d’Amsterdam Ets Haïm, probablement de la main de David Franco Mendes, le célèbre historien et secrétaire de la communauté, lui-même poète prolifique, qui aurait apparemment commandé l’œuvre chez Saraval. La page de titre de l’un des manuscrits de la bibliothèque Ets Haïm précise que l’oratorio, ou « drame sacré » doit être exécuté « en musique par Signor Handel  ». En fait, le livret est une adaptation hébraïque du livret anglais utilisé par Haendel dans son oratorio Esther (1718/1732) et attribué à Alexander Pope et/ou John Arbuthnot, basé sur le drame français de Racine.

Le troisième document, conservé à la bibliothèque du Hebrew Union College à Cincinnati, est un fascicule imprimé du livret anglais d’Esther de Haendel, avec des pages manuscrites comportant le texte de l’adaptation hébraïque de Saraval, interfoliées page par page en regard du texte anglais imprimé du livret d’Esther de Haendel.

Le rabbin Saraval (1707 ?-1782) était connu pour son intérêt pour la musique. Dans un document daté de mars 1757, il demandait aux autorités du ghetto de Mantoue, quelques jours avant Pourim, la permission pour les élèves de sa Yeshiva de présenter « une sorte d’opéra basé sur une histoire biblique  ». Il obtint la permission à condition qu’aucun Gentil ne soit admis à la représentation, à l’exception de l’instrumentiste et du costumier. Le livret de Saraval est basé sur le texte de la seconde version de l’oratorio de Haendel (1732), mais avec beaucoup de coupures et quelques ajouts.

Aucune information ne nous est parvenue au sujet d’une représentation d’Esther de Haendel en hébreu à Amsterdam ou ailleurs au 18e siècle. Aucun document n’atteste la représentation de l’oratorio sur la musique de Lidarti. Pourtant, le parcours musical historique et la place importante occupée par les compositions de Lidarti dans le répertoire de la communauté juive portugaise d’Amsterdam rendent cette représentation très plausible.

Ester de Lidarti est composée de trois actes comprenant chacun 3 à 4 scènes. La partition est écrite pour des voix de solistes - Ester, Donna Israelita (une femme israélite de sa suite), Ahasveros, Mordocai et Haman (avec une brève apparition de Harbona) - un chœur à trois voix et un orchestre d’instruments à cordes, flûtes, hautbois, cors et basse continue. Il est probable que pour des raisons religieuses, des hommes interprétaient les voix de sopranos. Il y a des témoignages documentaires dans les manuscrits notés de la communauté que les parties désignées comme voix de soprano étaient exécutées par des sopranistes masculins.

Quand Lidarti composait Ester, Haydn avait déjà composé ses symphonies moyennes, et Mozart avait atteint l’âge adulte. Lidarti continua néanmoins dans le style préclassique des années 1720-1750 qu’il avait adopté en Italie dans sa jeunesse. L’ouverture en trois mouvements nous rappelle les symphonies de Sammartini et les ouvertures d’opéras de Pergolèse, Jommelli et Galuppi, et l’orchestre est encore pourvu d’une basse continue, un reliquat des pratiques baroques. Les arias et les duos suivent aussi le style préclassique « galant » dans leur texture homophonique et l’accent mis sur une mélodie dominante, cyclique et à la phrase « fermée », des harmonies plus simples et plus lentes, et un contraste expressif entre des sections clairement séparées.

D’autres pièces de musique hébraïque savante du répertoire de la communauté juive portugaise d’Amsterdam atteignent rarement une durée de douze minutes, tandis qu’Ester de Lidarti dure plus d’une heure trente. C’est la pièce la plus longue et la composition la plus riche de toute la musique hébraïque savante des 17e et du 18e siècles découverte jusqu’à nos jours.

Basé sur une documentation fournie par Israël Adler


Cristiano Giuseppe Lidarti (1730 - ca 1794)

Lidarti, d’origine italienne, est né à Vienne en 1730, il reçut son éducation chez les Jésuites, puis étudia la philosophie et le droit à l’université de Vienne. Il prit des cours de harpe et de clavecin pendant son enfance, mais était autodidacte dans la composition, bien que son oncle, Giuseppe Bonno, fût Kapellmeister à la Cour impériale. Afin de corriger un certain dilettantisme, son oncle lui conseilla d’étudier les théoriciens de la musique classique traditionnelle. A l’âge de 21 ou 22 ans, Lidarti partit pour l’Italie avec l’intention d’étudier avec Jommelli. Ces projets ne se réalisant pas, Lidarti vécut quelque temps à Venise et Florence, travailla ensuite comme professeur de musique à Cortona pendant cinq ans et finit par obtenir un poste d’instrumentiste (contrebasse/violoncelle) dans la chapelle des Cavalieri di S. Stefano à Pise, qu’il garda pendant près de quarante ans. Entre-temps, il fut admis à la prestigieuse Accademia Filarmonica de Bologne et de Modène. Lidarti, selon son propre témoignage, abandonna à la maturité « le style sublime et fugué » qu’il pratiquait pendant sa jeunesse, et adopta le « style galant » simple et mélodique, développé à l’époque en Italie et caractéristique de la période préclassique. La date exacte de la mort de Lidarti n’est pas connue - sa dernière composition date de 1793 et son nom disparaît de la liste des salaires de la chapelle des Cavalieri di S. Stefano après le 15 février 1794.

Lidarti fut l’un des deux principaux compositeurs du 18e siècle qui ont laissé leur empreinte sur le répertoire musical de la communauté juive portugaise d’Amsterdam (l’autre étant le compositeur juif Abraham Caceres). Son nom apparaît pour la première fois dans le registre de la communauté juive portugaise d’Amsterdam autour de 1770. Avant la découverte d’Ester, les pièces hébraïques connues de Lidarti comprenaient les cantates solo Bo’i be-shalom et Kol ha-neshama, le duo Ha-mesiah illemim, les pièces pour chœur Be-fi yesharim et Nora elohim, toutes conservées sous forme de manuscrit à la bibliothèque Ets Haim de la communauté. Les registres de la communauté mentionnent aussi d’autres de ses compositions hébraïques, commandées pour les concours pour le poste de hazzan (chantre de synagogue). Toutes ces compositions sont courtes, d’une durée de deux à six minutes chacune. Aucune de ces pièces n’était connue des auteurs des articles biographiques des ouvrages de référence (depuis le Dictionnaire historique des musiciens de E. A. Choron et F. Fayolle de 1810) ni d’autres monographies dédiées à ce compositeur. Nous n’y trouvons qu’un nombre limité de sonates, duos et trios et de quatuors à cordes, une série de glees et de canons, une messe et une seule œuvre dramatique vocale de jeunesse. Lidarti se consacrait principalement à la musique instrumentale et - selon ses Aneddoti musicali (habituellement appelés « Autobiographie ») - il évitait intentionnellement l’opéra et les drames musicaux, étant conscient de ses propres limites.

Bien que l’on n’ait pas encore retrouvé de preuves documentaires attestant un séjour de Lidarti à Amsterdam, la présence de ses œuvres dans les archives de la communauté et dans la mémoire populaire de tradition orale ainsi que les multiples mentions de son nom dans le registre communautaire (le pinqas) rendent la probabilité d’un séjour de Lidarti à Amsterdam assez convaincant. Le fait que nombre de ses œuvres soient publiées à Londres a fait penser aux spécialistes qu’il y a séjourné entre 1768 et 1780. Ceci renforcerait l’hypothèse d’un passage à Amsterdam. Lidarti, lui-même, ne mentionne dans son « autobiographie », aucun voyage à Londres ni à Amsterdam, et il n’y fait aucune mention d’une relation avec les Juifs portugais d’Amsterdam ou d’œuvres composées pour ceux-ci. Mais il ne faut pas oublier que l’« autobiographie » est une courte esquisse (1300 mots en tout environ), qui mentionne à peine ses œuvres (« mes compositions ne méritent pas d’être remarquées  ») et donne très peu de détails sur son activité musicale.

Supposer que les œuvres hébraïques synagogales de Lidarti soient des adaptations de ses œuvres antérieures est également à écarter : l’accord du texte hébreu et de la musique est parfait. Lidarti aurait-il eu des contacts avec la communauté portugaise d’Amsterdam depuis Pise par le « réseau » de la communauté sépharade, ou bien par l’intermédiaire de l’auteur du livret, le rabbin Saraval lui-même ? Encore une hypothèse à écarter. En effet, Lidarti n’est pas mentionné dans le récit de Saraval de ses voyages en Hollande (Viaggi in Olanda). Les recherches dans les archives de la communauté juive de Pise n’ont pas encore été menées à bout et il y a lieu d’espérer que l’on y trouvera des témoignages d’un lien avec Lidarti.

Malgré toutes ces failles de la documentation sur les liens de Lidarti avec la communauté juive portugaise d’Amsterdam, il reste le fait de sa popularité durable auprès de cette communauté. Plusieurs airs de prières synagogales utilisés par la communauté jusqu’au 20e siècle sont effectivement des fragments d’œuvres de Lidarti, dépouillées de leur facture polyphonique et instrumentale savante, et préservées dans la tradition orale comme chants monophoniques traditionnels.
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Biographie d’Israël Adler

Ses travaux ont permis l’identification du manuscrit « Ester »

Israël Adler est né en 1925 à Berlin. Il a émigré en Palestine à l’âge de onze ans. Après des études talmudiques dans des Yeshivot à Jérusalem et à Petah Tikvah, il a suivi des études musicales à Paris, au Conservatoire National de Musique, à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes et à l’Institut de Musicologie de la Sorbonne (doctorat en 1963). De 1950 à 1963, il a été responsable de la section Hébraïque/Judaïque à la Bibliothèque Nationale à Paris.
En 1963, il est nommé directeur du Département de la Musique à la Bibliothèque Nationale et Universitaire Juive à l’Université Hébraïque de Jérusalem. En 1964, il fonde la Phonothèque Nationale Israélienne et le Centre d’Etude de Musique Juive à l’Université Hébraique, qu’il dirige de 1964 à 1969, et à nouveau à partir de 1971. En 1969-1971 il était directeur de la Bibliothèque Nationale et Universitaire Juive. En 1971, il est nommé professeur associé de musicologie à l’Université de Tel Aviv ; en 1973 il rejoint le Département de Musicologie à l’Université Hébraïque de Jérusalem (Professeur titulaire ["full Professor"] 1975, Directeur du Département 1974-1977 et 1987-1989, Emeritus 1994).
En 1967, Israël Adler crée la Société Israélienne de Musicologie dont il a été plusieurs fois le président. Il fonde YUVAL-France (Association pour la préservation des traditions musicales juives) ; il est le fondateur et président du Conseil Provisoire de l’Association Internationale des Archives Sonores, le vice-président de l’Association Internationale des Bibliothèques Musicales, Archives et Centres de Documentation, ainsi que membre de la Commission Internationale Mixte du RISM et RILM. De 1991 à 1997 il a été membre du Comité Exécutif du Conseil International de la Musique de l’UNESCO, et en 1997 il a été élu membre du directoire de la Société Internationale de Musicologie. Il a été professeur invité dans de nombreuses universités européennes, nord- et sud-américaines et Chercheur Associé au CNRS à Paris. En 1984, il obtient le prix « Kavod » de la Cantors Assembly (Etats-Unis) et en 1994 il reçoit un doctorat honoris causa du Hebrew Union College (New York, Cincinnati, Jérusalem).
La plupart des publications d’Israël Adler traitent de la musique juive depuis le Moyen-Age jusqu’à l’émancipation des Juifs d’Europe. Parmi ses principaux domaines d’intérêt figurent la collecte, la compréhension et la découverte de textes hébraïques concernant la musique, l’attitude rabbinique envers la musique, la dialectique entre la transmission orale et les sources écrites de la musique juive et enfin la pratique de l’art musical dans les synagogues européennes aux 17e et 18e siècles.
Ses recherches qui ont abouti à la résurrection de l’oratorio Ester illustrent ce dernier aspect de ses aspirations musicales.



David Levy
webmaster




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