Parasha Noa’h 5764

Chabbath 1er novembre 2003 - 6 Heshvane 5764
publié le dimanche 26 octobre 2003
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Lecture de la Torah : Genèse VI, 9 - XI, fin : De NOE à AVRAHAM : le déluge ; les nations ; la tour de BABEL.

Haphtara : ISAIE LIV, 1 - LV, 5 : Sefaradim : 54, 1 - 10 : L’alliance de D.ieu avec SION ne sera pas ébranlée.


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Commentaire de la Torah

« Ceci est l’histoire de NOE. - NOE fut un homme juste, irréprochable, entre ses contemporains ; il se conduisit selon D.ieu. » (Genèse VI, 9).

Le Midrash pose la question suivante : pour quelle raison notre verset rappelle-t-il l’histoire de NOE et celle de ses fils, alors que tout fut déjà mentionné à la fin de la sidra précédente où il était écrit : « NOE, étant âgé de cinq cents ans, engendra SEM, puis CHAM et JAPHET. » ? (Genèse V, 28). La question se pose d’autant plus, que le début de notre texte nous relatait déjà l’histoire du Déluge qui s’était abattu sur l’humanité tout entière, en raison de ses déviations et de ses dépravations. Il aurait été plus simple de mentionner l’histoire de l’Arche et de rappeler au passage, l’existence de NOE.

Pour donner une explication satisfaisante, le Midrach se fonde alors sur le texte suivant disant : "« Une bourrasque a passé, et le méchant n’est plus ; mais le juste est fondé pour l’éternité. » (Proverbes X, 25)." Puis de poursuivre, en précisant que ce passage biblique est bien en rapport avec l’histoire du déluge, et que la mention du « juste » s’applique effectivement à NOE.

Cela semble sous-entendre que les méchants cherchent toujours à dominer le monde, ils détiennent le pouvoir et la force, faisant usage de leur pouvoir d’intimidation, créant sans cesse des troubles, toutes sortes de destructions, de sorte que les gens paisibles se sentent tellement menacés qu’ils seraient prêts à s’en remettre à qui voudrait les délivrer de leurs angoisses, fusse le diable.

Notre société connaît bien ce genre de réactions au plan politique, quel que soit le pays où nous vivons et la période durant laquelle nous serions disposés à confier notre destin à celui qui en apparences, nous fournirait les meilleures garanties de sécurité et de survie. C’est malheureusement l’image qu’ont généralement toujours donné les régimes totalitaires dont la société contemporaine a largement payé les frais.

Par son texte, le Roi SALOMON a voulu attirer notre attention en faveur des braves gens, de ceux qui ne font que subir le mal infligé par les méchants. Il semble leur dire : « Sachez, que dans la tempête que semble lancer le méchant, il finira par se fracasser. En fin de compte il sera victime de ses propres intrigues. Par contre, le JUSTE restera toujours ferme sur ses positions. Il constitue le fondement de l’univers. La Torah relate à deux reprises la naissance des enfants de NOE, comme nous l’avons déjà indiqué en introduction. La première fois, au début de notre sidra, la seconde, au moment du récit du Déluge où il est redit : « Ceci est l’histoire de NOE, il fut un juste, irréprochable. » En effet, entouré de ses enfants, NOE est comme isolé dans un monde corrompu. Tout est perverti. Le déluge envahit la majeure partie de l’univers, tandis que NOE se protège avec sa famille.

C’est bien ce qui se passe généralement dans la vie. Si restreint et faible que puisse être le nombre des justes, l’avenir de l’univers est entre leurs mains, eux seuls étant capables d’assurer le bonheur de l’humanité.

Il est vrai cependant que nous avons parfois de quoi désespérer, quand on constate que « le juste vit dans le malheur et le méchant connaît le bonheur ». (Talmud - Bera’hoth 7 b). Mais en nous référant au texte des Proverbes cité plus haut, il faut être convaincu que cela ne durera pas toujours et que le juste finira par triompher du méchant. Telle est bien notre croyance fondamentale.

En disant : « Une bourrasque a passé », le roi SALOMON veut préciser que tel sera le sort du méchant qui ne sévira que durant un temps limité. Par contre, en ce qui concerne le juste, il utilise à son égard de l’expression « YESSOD OLAM », fondé pour l’éternité.

Le temps accordé au juste est en effet fixé pour l’éternité, sans limitation. On sait qu’une tempête si forte soit-elle, finit par passer, tandis qu’après le passage dévastateur de celle-ci, le juste qui s’était provisoirement mis à l’abri, reparaît à la surface. En admettant qu’il ne puisse être sauvé physiquement, il le sera au-moins au plan spirituel, grâce à l’action de ses descendants, qualifiée par la Torah de TOLEDOTH, ce qui vient ultérieurement.

Nous pouvons le comprendre à partir du passage de KOHELETH (Ecclésiaste), chapitre VII, verset 8, disant : « La fin d’une entreprise est préférable à son début ; un caractère endurant l’emporte sur un caractère hautain. » Cela signifie clairement que dans toute entreprise humaine, ce n’est pas le début qui compte mais la fin. Le but à atteindre, s’il est noble et digne, lui seul est important.

Dans le cas de NOE, ce qui était important, c’est qu’il se comportait comme un juste, nullement marqué par son environnement qu’il n’a malheureusement pas cherché à influencer dans le sens du bien, ce que lui reprochent d’ailleurs certains de nos commentateurs. ETH HAELOKIM HITHALEKH NOAKH = NOE marchait avec D.ieu. » Au-moins, ne s’est-il pas laissé corrompre par la société pervertie au milieu de laquelle il vivait, se contentant de marcher seul avec D.ieu.

Même, si comme le soulignent certains commentateurs, il n’a pas eu la stature morale et spirituelle d’ABRAHAM dont nous parlerons prochainement, pour son époque toutefois, NOE était celui qui se distinguait de ses contemporains en se tenant près de D.ieu, ce qui lui permit de survivre au déluge et de sortir indemne de cette grande épreuve.

Peut-être pourrions-nous d’une certaine manière exprimer l’idée selon laquelle, comme NOE, le peuple juif ayant subi la SHOAH, avec tout ce que cela représente d’étonnements et de questionnements dans notre conscience religieuse, a su se reconstruire, faisant ainsi confiance à D.ieu pour espérer un avenir plus radieux dans un univers plus accessible à l’homme.

HAPHTARA

La Haphtara se rattache à notre Sidra par le passage suivant : « certes, je ferai en cela comme pour les eaux de NOE : de même que j’ai juré que le déluge de NOE ne désolerait plus la terre, ainsi je jure de ne plus m’irriter ni diriger des menaces contre toi. (ISAIE LIV,9).

Pour conclure son alliance avec son peuple, D.ieu évoque la première d’entre elles, conclue avec l’humanité naissante. Nos sages considèrent cela comme une preuve du pardon définitif, car l’exil fut pour ISRAEL ce que le déluge fut pour l’humanité. (RADAK). L’alliance ainsi conclue et annoncée par le prophète ISAIE, faisant suite à celle contractée avec les ancêtres, sera plus durable que la Nature qui par définition nous semble immuable : « Que les montagnes chancellent, que les collines s’ébranlent, ma tendresse pour toi ne chancellera pas, ni mon alliance de paix ne sera ébranlée, dit Celui qui t’aime, l’Eternel ! » (ISAIE LIV, 9).

Il est intéressant de noter que le caractère définitif de la renaissance ne doit pas être mis en cause, la promesse ayant été faite à ISRAEL qu’il n’aurait désormais plus rien à craindre. « Si on se mettait contre toi, ce serait sans mon accord ; quiconque se mettra contre toi succombera sur ton sol. » (ISAIE LIV, 15). Il nous semble évident que ces paroles ont une résonance très actuelle, face à toutes les atteintes et attaques dont ISRAEL en tant que pays ou en tant que communauté, sont sans cesse l’objet. Il ne faut pas désespérer.

Par ces quelques paroles consolatrices et apaisantes, le prophète nous parle de l’idée messianique à laquelle nous sommes tellement attachés. Un jour viendra où ISRAEL finira par être intouchable, inattaquable. Il ne s’agit pas, comme certains auraient tendance à le croire, de la protection que peuvent offrir des armes très sophistiquées. Certes, elles restent momentanément indispensables, mais ne sauraient en aucun cas se substituer à la seule protection possible, celle que nous offre sans cesse la Providence divine.

Nous devons être convaincus que D.ieu seul sera en mesure de réaliser la justice, celle-ci ne pouvant souffrir d’aucune forme de déni. Et le prophète de poursuivre en disant : « Tout instrument forgé contre toi sera impuissant, toute langue qui se dressera contre toi pour t’accuser, toi, l’infortunée d’hier, la pauvre victime battue par la tempête des nations inassouvie, sera convaincue d’injustice. » (ISAIE LIV,17). En quelque sorte, le prophète vient nous annoncer que le mépris des peuples sera un jour changé en respect, car ils finiront par reconnaître la vérité pure et éternelle, celle de la parole divine qu’à travers la Torah, ISRAEL s’est toujours fait le gardien et le défenseur.



Alain Goldmann
Grand Rabbin




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