Zaka, dignes devant l’horreur

publié le jeudi 9 octobre 2003
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Depuis sept ans, les bénévoles de l’association religieuse Zaka interviennent auprès des victimes de mort violente en Israël. En toute situation, ils s’attachent à récupérer des corps déchiquetés.

Ils sont souvent les premiers sur place. Sur l’attentat. Vêtus d’un gilet jaune fluorescent aisément repérable parmi les décombres, les volontaires bénévoles de Zaka devancent la plupart du temps les secours traditionnels. L’acronyme hébraïque "Zaka" pour Zihui Korbanot Ason signifie "identification de victimes de morts violentes". Depuis 1995, cette association de bénévoles fondée par l’ultra-orthodoxe Yehuda Meshi-Zahav, figure sur tous les fronts en Israël, mais aussi à l’étranger (voir encadré). Le patron de Zaka est une figure connue de l’Etat hébreu, notamment pour son opposition à un Etat laïque. Malgré cela, il a participé à de nombreuses reprises aux affaires politiques israéliennes, notamment en tant que directeur de campagne du leader travailliste Shimon Pérès pour les dernières élections législatives. Yehuda Meshi-Zahav a créé Zaka pour aider la police à gérer le traumatisme des attaques suicide. Mais Zaka c’est plus que cela. La mission des bénévoles consiste avant tout à recueillir l’intégralité du corps d’une personne, jusqu’à la moindre goutte de sang, qu’elle ait été victime d’un attentat perpétré par un kamikaze, d’un accident de la route, ou qu’elle se soit suicidée. "Dans le judaïsme, il est primordial d’identifier chaque corps et d’en ramasser tous les morceaux, afin que l’intégralité du corps, jusqu’au moindre cheveu, puisse être enterrée dignement", explique le fondateur de l’association. "Un commandement nous enseigne que si quelqu’un meurt, il faut tout arrêter pour aller honorer le mort", souligne-t-il, "L’homme n’est pas un animal, et respecter les morts c’est respecter les vivants." Yehuda Meshi-Zahav déclare être "en mission de Dieu". Iris Boker, représentante de Zaka en France, ajoute : "L’homme a été créé à l’image de Dieu, cela ne concerne pas que les Juifs. Et on ne peut pas laisser une partie de Dieu traîner par terre." D’autant que, dans la loi juive, le corps doit être enterré vingt-quatre heures après la mort.

Avoir le coeur bien accroché

"L’homme a été créé à l’image de Dieu, cela ne concerne pas que les Juifs. Et on ne peut pas laisser une partie de Dieu traîner par terre." Iris Boker, représentante de Zaka en France

Dans cette optique, tous les bénévoles de Zaka subissent une formation, censée les préparer à voir l’insupportable. Comme le montrent trop souvent les images télévisées, les attentats touchent des civils, des femmes, des vieux, des jeunes, des bébés. Le pire, les bénévoles de Zaka le connaissent, au fil des attentats, comme le plus récent, perpétré ce week-end à Haïfa. Peut-on être prêt à regarder l’horreur en face ? A ce sujet, Iris Boker explique : "Au départ, nous avons parfois 1 000 personnes qui désirent rentrer dans l’organisation. Après des entretiens individuels avec chaque personne où nous nous assurons que les candidats sont équilibrés, avec une famille et un travail, il ne reste déjà que 200 candidats, qui vont suivre une formation. D’abord, nous allons leur expliquer la démarche de Zaka par rapport à la religion, ensuite en quoi consiste le travail aux côtés de la police, puis des rudiments de médecine légale pour l’identification des corps." "Au terme de ces enseignements, il ne restera que 50 personnes, à qui nous montrons des photos de corps déchiquetés. Une quarantaine seront pris en charge par des ’anciens’ pour un stage. Mais lorsqu’ils auront assisté à leur premier attentat, il n’en restera que dix", poursuit-elle. "Vous savez, il y a des gens de chez nous qui, aujourd’hui, en ont tellement vu, qu’ils ne supportent plus les odeurs de chair brûlée, les images d’horreur." "Si vous n’avez pas une foi ou une spiritualité très fortes, c’est impossible de supporter". Il n’y a aucune femme. Les membres de Zaka, qui sont en grande majorité issus du milieu ultra-orthodoxe, ne resteront pas plus de dix-huit mois, deux ans au maximum.

Tout faire pour l’identification

Pour être les premiers sur les lieux des attentats, chacun des membres porte un bipeur constamment sur lui, prêt à partir sauver des vies. Car les bénévoles ne font pas que ramasser les corps. En arrivant sur les lieux du carnage provoqué par une bombe humaine, leur première attention va aux blessés, à qui ils donneront les premiers secours. Vient ensuite la tâche macabre. "Un bras, une tête, un corps mutilé et non reconnaissable, le moindre bout de chair sont ramassés, puis étiquetés, avant d’être déposé dans de grands sacs noirs numérotés. Ces sacs sont ensuite envoyés à la médecine légale, pour que l’on puisse identifier les victimes par leur ADN. Les corps sont ensuite rendus à la famille, qui peut ainsi leur offrir une sépulture décente et, par la suite, aller se recueillir", raconte Iris Boker. Les restes des kamikazes qui se sont fait exploser sont ramassés avec le même soin, puis remis à la police. En Israël, plus de 600 personnes sont prêtes, à chaque minute, à revêtir leur gilet jaune et à partir affronter l’horreur.

Textes Jenny Lafond / Metro Marseille

Qui sont les ultra-orthodoxes Ce sont des juifs très religieux, reconnaissables la plupart du temps au port de la kippa noire, de la barbe et de ce que l’on appelle souvent des "papillotes". Ils portent généralement une chemise blanche et un costume noir. Les juifs ultra-orthodoxes, dont le quartier le plus connu à Jérusalem est Mea Sharim, sont très attachés au respect de l’ensemble des prescriptions de la tradition écrite et orale. Autre particularité, les ultra-orthodoxes n’effectuent pas le service militaire en Israël car leur conception du judaïsme leur interdit de tuer. Ce sont des juifs très religieux, reconnaissables la plupart du temps au port de la kippa noire, de la barbe et de ce que l’on appelle souvent des "papillotes". Ils portent généralement une chemise blanche et un costume noir. Les juifs ultra-orthodoxes, dont le quartier le plus connu à Jérusalem est Mea Sharim, sont très attachés au respect de l’ensemble des prescriptions de la tradition écrite et orale. Autre particularité, les ultra-orthodoxes n’effectuent pas le service militaire en Israël car leur conception du judaïsme leur interdit de tuer.

Des interventions à l’étranger Très active en Israël, à cause des attentats suicide, l’organisation Zaka intervient également à l’étranger. "Nous avons malheureusement beaucoup d’expérience dans l’identification des victimes, mais nous savons aussi où il faut aller chercher pour récupérer les bouts de chair", explique Iris Boker. Ainsi, après la catastrophe du 11 septembre 2001 à New York, 13 bénévoles de Zaka se sont rendus sur place, pour fouiller les décombres des Twin Towers avec les pompiers new-yorkais. "Nous n’y sommes pas allés parce que c’était des Juifs, mais parce que les secours sur place n’ont pas l’expérience de ces choses-là. Que faire quand vous retrouvez une tête d’enfant à 150 mètres de son corps ? Les pompiers de New York n’étaient pas préparés à ça", souligne la jeune femme. "Il faut une très grande spiritualité, une foi très forte pour arriver à surmonter cela, et les hommes de Zaka ont pu apporter le soutien tant opérationnel que psychologique aux secours". Les treize bénévoles sont restés trois semaines sur place. Une autre mission les a conduits dans le Texas, après le drame de Columbia, où la navette spatiale a explosé en plein vol, avec, à son bord, un Israélien, Ilan Ramon. "Le Rav de la Nasa a demandé à des bénévoles vivant à New York de participer aux recherches pendant cinq jours, et après, ils ont rapatrié le corps d’Ilan Ramon en Israël", raconte la responsable de ZAKA France. "Vous savez, conclut-elle c’est essentiel d’avoir des gens qui font cela et dans le monde entier, d’autant qu’il y a, malheureusement, de plus en plus d’attentats."

Yehuda Meshi-Zahav, le fondateur de Zaka

J.L.



David Levy
webmaster


L’article original
http://www.metrofrance.com/site/home.php ?sec=contenu&Idarbo=21&Idarbo1=14&content=1&id=12027&resec=rechart&com=0&mots=zaka

Contact

L’organisation, qui compte plus de 600 bénévoles, majoritairement en Israël, est aujourd’hui reconnue internationalement pour son expérience. Elle n’est financée que par des dons qui lui viennent du monde entier, mais très peu par le gouvernement israélien.

Le siège de Zaka en France se trouve à Paris : Maison France-Israël, 64, avenue Marceau 75008 Paris. Mail : contact@zakafrance.com



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