Samedi 27 septembre, vous danserez sur des tombes

publié le mercredi 1er octobre 2003
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Original Message ----- de Jean-Paul de Belmont To : Olivia Zemor ; Richard WAGMAN ; MRAP Sent : Saturday, September 20, 2003 5:26 PM Subject : Samedi 27 septembre, vous danserez sur des tombes

Samedi 27 septembre, vous danserez sur des tombes

C’est le jour du nouvel an juif, Roch Hachana, que les organisateurs du concert « pour une paix juste au Proche-Orient » ont choisi pour « célébrer » le troisième anniversaire du déclenchement de la première guerre israélo-palestinienne. Parmi vous, de nombreux Juifs qui se réclament de « l’autre voix juive » auront préféré délaisser leur famille en ce jour sacré, pour se rapprocher de leurs nouveaux amis. Au-delà des convictions religieuses qui ne sont pas obligatoires pour se sentir Juif, le symbole que représente cet abandon est un signal fort censé exprimer que la cause palestinienne représente aujourd’hui bien plus pour ces gens-là que la survie du peuple juif.

Peu importe que ce soir-là nous soyons recueillis ou pas, que la Porte de Versailles résonne de slogans haineux ou pas. Ayons surtout une pensée pour les victimes dont les fantômes planeront au-dessus de cette manifestation.

Danielle, 4 ans, tuée à bout portant par un assassin ivre de haine, alors que, terrorisée, elle s’était cachée sous son lit. Elle viendra vous dire qu’elle aussi aurait bien voulu grandir et, qui sait, vous rejoindre un jour pour chanter et danser. Elle vous expliquera qu’elle n’est pas qu’un « bébé-colon », qu’elle n’avait jamais été encore confrontée à la haine et qu’elle n’a toujours pas compris. Vous ne pourrez pas faire l’économie d’une réponse devant son regard insistant. Sachez lui trouver les mots justes et, de grâce, épargnez lui vos théories islamo-marxistes sur la collusion américano-sioniste. Mais l’entendrez-vous lorsque vous danserez sur sa tombe ?

Yasmina, petite palestinienne de 12 ans, tuée dans sa maison lors d’une riposte israélienne visant à dénicher un nid de terroristes. Elle s’adressera à vous avec, sous le bras, quelques feuillets explicites par lesquels elle a appris que ses dirigeants, minés par la corruption et la cupidité, étaient à la tête d’une fortune correspondant à 7 fois le PIB de Gaza et de la Cisjordanie. Elle comprend, là où elle est, que si ces sommes avaient été allouées à son peuple, la prospérité et la relance économique engendrées auraient calmé bien des « désespoirs » et qu’aujourd’hui, elle poursuivrait, entourée des siens, ses études dans un Proche-Orient pacifié. Elle vous demandera pourquoi vous n’avez jamais dénoncé ces faits et pourquoi vous avez l’air si heureux en ce 27 septembre dont elle a compris la funeste signification. Mais l’entendrez-vous lorsque vous danserez sur sa tombe ?

Béchir, 17 ans, vous dira que les 72 vierges étaient un mensonge, qu’il ne veut plus se retrouver en morceaux éparpillés au milieu d’autres corps explosés, qu’il se souvient de tout, du regard inquisiteur des adultes qui lui ont mis ces drôles d’idées dans la tête, de ces « émissaires » européens qui venaient, tout sourire, leur rendre visite pour les encourager dans leur « lutte » mais qui fuyaient son regard connaissant le sort qui lui était réservé. Il vous expliquera combien il regrette son geste et combien, désormais, il partage la douleur de ses victimes et de leurs familles. Il hurle et vous exhorte à tout faire pour empêcher que ses petits frères suivent son chemin. Mais l’entendrez-vous lorsque vous danserez sur sa tombe ?

Mouna, jeune prostituée irakienne, avait vendu son corps pour donner à manger à ses enfants. Décapitée par un dictateur, Monsieur 10%, la tête sous le bras, elle vous demandera quelle était la signification de vos marches « pour la paix » quand chaque jour perdu avant l’intervention américaine se soldait par l’exécution arbitraire de dizaines d’Irakiens. Elle s’interroge encore sur le sens qu’avait la démarche d’organisations « humanistes » qui ont retardé une opération d’élimination d’un despote sanguinaire. Mais l’entendrez-vous lorsque vous danserez sur sa tombe ?

Voyez Danielle, Yasmina, Béchir et Mouna, main dans la main. Ils connaissent désormais la dérision de l’existence et leurs cris étouffés ne pourront couvrir la sono de votre concert. Seule une oreille attentive pourra les entendre. Encore faudrait-il se taire quelques instants et cesser de danser sur des tombes.

Jean-Paul de Belmont



David Levy
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