Présence juive en IRAK hier et jadis

publié le dimanche 21 septembre 2003
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J’avais envopyé il y a quelques temps un article américain sur la présence juive en Irak, et sa signification profonde. Le voici traduit en Français grâce à notre ami Richard Treister

Norbert Lypsick


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Présence juive en IRAK hier et jadis : Un autre aspect de la guerre en Irak

Ecrit par Elliot B. Karp, aumônier américain du 1er bataillon, 320ème unité d’artillerie de la 101ème division aéroportée, rapporté par Carlos C. Huerta et traduit par R. Treister.

Je vous écris depuis Ninive, la ville du prophète Jonas. Son nom actuel est Mossoul. J’ai eu le privilège de voir ses murs antiques, de toucher ses pierres et de voir la tombe, selon la tradition musulmane, du prophète Jonas. Il y a actuellement une mosquée sur le site, mais il y a quelques siècles, il y avait un synagogue, d’après les Irakiens avec qui je travaille. D’après eux, la sainteté du lieu vient de la sainteté avec laquelle les Juifs le considéraient. Aujourd’hui, il n’y a plus aucune trace de l’ancienne synagogue.

Je suis l’aumônier de la 101ème division aéroportée immortalisée par Steven Spielberg dans son film ’Frères d’armes’ . Nous, les soldats de la 101ème , avons combattu depuis le sud, depuis le Koweit. Les batailles nous ont menés à Ur, la ville natale d’Abraham. Nous avons maintenu le contact avec l’ennemi, dépassant les sites des grandes académies talmudiques de Soura et de Poumpadita jusqu’à Babylone, lieu où fut amené le prophète Daniel.

Là, nous avons combattu la division blindée irakienne Nabuchodonosor et nous l’avons battue. Nous avons poursuivi la lutte jusqu’à Bagdad, où tant de Juifs ont vécu et ont été massacré durant l’été 1948.

Ce fut la ville de tant de Sages parmi lesquels Ben Ich ’Hai.

Maintenant nous sommes à Mossoul. Je me suis enquis des Juifs qui y vivaient et très peu d’habitants s’en souviennent. Beaucoup me disent que les Juifs n’y ont jamais vécu ; mais mon cœur me dit le contraire. Les anciens me rapportent qu’il y avait un quartier juif, une synagogue, des lieux d’étude et un cimetière.

Un jour, arpentant les rues de la vieille ville, je suis tombé sur un bâtiment en partie sans toit. Le lieu est un dépôt d’ordures et l’intérieur du bâtiment est aux trois quarts rempli d’ordures pourries, de déjections et d’effluents d’égout. La porte d’entrée est quasiment obstruée et pour y entrer, il m’a fallu me faufiler avec difficulté.

A l’intérieur, le bâtiment était éclairé par la lumière du jour passant à travers le toit à moitié détruit. Je remarquai des inscriptions gravées sur les murs : c’était de l’hébreu. Je sus alors que j’étais tombé sur l’ancienne synagogue de Mossoul-Ninive. Mon cœur se brisa lorsque j’escaladai le tas de détritus qui remplissaient la pièce, où pendant des siècles les prières des Juifs montaient vers le ciel. Je réalisai que j’étais le premier Juif à pénétrer dans ce lieu saint depuis 50 ans.

Plus de trois mètres cinquante de détritus emplissaient l’emplacement de la Téva et de l’armoire sainte ainsi que l’emplacement réservé aux femmes. La saleté m’empêchait de voir distinctement, mais je vis que les murs étaient couverts d’inscriptions en hébreu.

De nombreux Irakiens s’approchèrent de moi, me demandant ce que j’y faisais . Mon traducteur leur dit que l’armée américaine s’intéressait aux sites archéologiques de toute sorte. Je leur demandai s’ils savaient ce qu’était ce bâtiment ; ils me répondirent d’une seule voix : c’était la maison où priaient les Juifs.

Ils me dirent aussi que toutes les maisons des rues entourant la synagogue étaient habitées par des Juifs. Ils m’amenèrent à la Yechiva des enfants, un immeuble aux murs plaqués de marbre, sans toit, seuls restent des murs délimitant des pièces communicantes. Une famille réduite à la mendicité y vit et quand je leur demandai s’ils savaient où ils étaient, ils me répondirent que c’était une école juive pour les enfants.

Dans le quartier, on me montra la tombe du prophète Daniel, jadis site d’une synagogue. Je remarquai sur les montants des portes la sculpture du Lion de Juda.

Je ressentais la présence de notre peuple, leur vie quotidienne comme marchands, professeurs, Rabbis, docteurs de la Thora et tailleurs. J’imaginais leur ferveur à l’approche du Chabbat, je les voyais marcher vers la synagogue le jour de Yom Kippour ; je pouvais presque entendre leurs chants dans les cours des maisons sous la Souccah, pour y inviter les Uchpizin, leurs chants de Pessa’h tard dans la nuit.

Je devinais les ombres des enfants courant dans les ruelles, ânonnant Aleph Bet dans leurs Yechivot et se préparant à leur bar et bat mitsvah. J’entendais les bébés crier, les petites filles s’accrochant à la jupe de leur mère demander pourquoi de méchantes personnes les massacraient et les chassaient de leur maison où ils vivaient depuis des millénaires.

Les larmes me montaient aux yeux, mais je devais les retenir de peur de me mettre en danger. J’ai dû prétendre que j’étais peu intéressé par ce qu’ils me montraient.

Comment peut-on vivre une telle expérience ? comment retrouver notre histoire et rendre à ce lieu saint sa dimension spirituelle après une telle profanation ?

Depuis je suis revenu dans le quartier juif du vieux Mossoul avec les membres de ma congrégation, soldats juifs de la 101ème : les soldats de l’infantrie, de l’artillerie, du corps médical, de l’aviation, tous fiers d’être juif et de servir leur pays. Ensemble nous avons trouvé d’autres synagogues, d’autres Yechivot et beaucoup d’anciennes maisons juives. Ils ont été attristés par ce qu’ils ont vu, mais ont aussi ressenti la fierté liée à la riche tradition de cette ville historique de Ninive.

J’arpentais la vieille ville près des cimetières dans l’espoir de trouver le cimetière juif. J’ai trouvé un cimetière chrétien et un cimetière militaire britannique situés l’un à côté de l’autre. Le cimetière militaire britannique est maintenant utilisé comme terrain de football. Il est signalé comme un cimetière à la mémoire des soldats tombés au champ d’honneur pendant la 1ère et la 2ème guerre mondiale.

Il y a un monument dans le cimetière avec une inscription en anglais et en sanscrit à la mémoire des soldats hindous et sikhs de l’armée de Sa Majesté tués en service commandé. Il y a un autre monument avec une inscription en anglais et en arabe à la mémoire des soldats musulmans de l’armée de Sa Majesté tués en service commandé. Enfin un troisième monument n’a aucune inscription. Tous les trois ont plus de sept mètres de haut.

Le troisième avait dû avoir une inscription, lui aussi, mais elle avait dû certainement être détruite ou enlevée

. Ėparpillés sur toute l’étendue du cimetière, il y a des fragments de pierres tombales ; certains sont gravés de quelques mots anglais, d’autres avec une croix. En dehors des trois monuments cités plus haut, il n’y a plus une seule pierre tombale debout, que des fragments éparpillés aux quatre coins du cimetière. Celui-ci est entouré par un mur haut d’un mètre cinquante, percé d’une porte d’entrée. A un demi-mètre de l’entrée du cimetière, mon adjoint William Rodriguez remarqua un fragment de pierre tombale sortant à peine du sol. En travaillant avec moi ces derniers mois, il avait appris à reconnaître les lettre hébraïques.. Alors que nous creusions pour dégager le fragment, nous reconnûmes des caractères hébraïques et anglais.

J’étais enthousiasmé de cette découverte, mais à la fois très triste. Il y a plusieurs explications, mais celle que je retiens comme plausible est que ce fragment appartient à la pierre tombale d’un soldat britannique , un jeune homme prénommé Zev. L’armée britannique avait dû contacter la communauté juive locale afin qu’un tailleur de pierres puisse y graver son prénom en hébreu en plus du texte anglais. C’était leur manière de respecter et d’honorer leur camarade tombé au combat.

Si cette explication est vraie, ce cimetière contient les restes de soldats hindous, sikhs, musulmans, chrétiens et juifs, tous tombés au combat au service de leur pays. Une question me vient à l’esprit : est-ce que la mort est la seule voie pour ces grandes religions puissent coexister ? Nous espérons que non.

Je n’avais pas encore retrouvé l’ancien cimetière des Juifs de Mossoul-Ninive. Mon instinct me disait qu’il devait être là, mais qu’il avait certainement été profané et détruit. Un habitant de Mossoul à qui j’en parlais, m’a dit qu’une route l’avait recouvert. Je poursuivrai ma recherche aussi longtemps que ma mission militaire me le permettrait. J’ai pris la pierre tombale de Zev et le l’ai enterré à nouveau dans le cimetière . J’ai récité le Kaddich pour lui et toutes les autres âmes juives qui doivent être enterrées à cet endroit.

L’histoire de ce lieu est encore à écrire et je prie pour que, quand les portes seront ouvertes aux historiens, les restes de notre peuple, les Sefardim d’Iraq, soient encore là pour y être étudiés.

J’ai pris énormément de photos pour conserver une trace de ces lieux au cas où... J’espère que des Juifs de Mossoul vivent en Israel aujourd’hui et qu’ils puissent compléter oralement ce qui sera découvert ici, avec l’aide de D.

Je remercie D. de m’avoir permis d’apporter ma contribution à l’histoire de ce lieu en espérant que d’autres personnes, plus savantes, mieux armées techniquement et financièrement puissent écrire cette histoire avant qu’elle ne soit effacée.

Puisse la mémoire de nos frères et de nos sœurs - HaKahal HaKadosh de Ninivéh - la sainte communauté de Ninive - ne jamais être oubliée. Amen

Elliot B. Karp



David Levy
webmaster




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