Le calcul de l’OLP

PAR SHMUEL TRIGANO * [17 septembre 2003]
publié le jeudi 18 septembre 2003
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Où a-t-on jamais vu un État, sorti victorieux d’une guerre où il était menacé d’annihilation totale, remettre à son ennemi le plus implacable les gages de sa victoire, lui concéder une assise territoriale et le gratifier d’un embryon d’armée régulière avec comme seule demande de bien vouloir reconnaître... son existence ? Quand a-t-on vu une négociation internationale conclure un accord sans que les problèmes les plus importants qui l’ont rendue nécessaire aient trouvé une solution ? Où a-t-on vu un tel défaitisme se retourner contre ses auteurs devenus la cible d’une réprobation internationale ? Tout le monde a reconnu l’État d’Israël au sortir de dix ans d’Oslo. A l’heure où la « feuille de route » semble morte, un bilan s’impose pour ce qui restera dans les annales de l’histoire internationale un phénomène unique. Et erratique. L’exemple même d’une immense niaiserie politique (de fait concoctée par des universitaires israéliens inexpérimentés en politique) dont on espère qu’il n’aura pas été le premier acte d’un suicide collectif.

Il n’y a en effet jamais eu de processus de paix mais une ruse de guerre de l’OLP qui s’inscrivait dans une stratégie graduelle visant à la destruction de l’État d’Israël et alternant périodes de trêve et de guerre, selon les règles les plus classiques de la « guerre populaire » que les Palestiniens ont apprises, dans les années 1970-1980, auprès des Soviétiques, des Chinois, des Vietnamiens et des Algériens. Un géostratége, Joël Fishman, rappelle à ce propos la définition qu’en donne Stefan T. Possony : « Un conflit politique avec des opérations militaires comme forces d’appoint. »

C’est ainsi qu’il faut comprendre le « processus d’Oslo » côté palestinien, comme une étape, dans une guerre destinée à être longue. Ne fut-ce pas évident dès le lendemain de la signature de la « déclaration de principes » ? Trois mois après, l’OLP déposait une vingtaine de résolutions anti-israéliennes à l’assemblée générale de l’ONU et lançait une campagne de terreur contre les civils israéliens. Deux cent cinquante morts israéliens, de septembre 1993 à septembre 2000, 824 de septembre 2000 à juin 2003, des milliers de blessés et d’handicapés à vie : la « paix » d’Oslo a provoqué plus de morts que la guerre d’usure lancée par l’Egypte (1968-1970) et la sécurité intérieure d’Israël n’a jamais été aussi fragile. Tous les leaders palestiniens ont avoué qu’Oslo s’insérait dans un « plan par étapes », celui que l’OLP avait adopté en 1974. C’est ce que déclare en public Arafat de façon récurrente (mai et novembre 1994, juillet et septembre 1995, mai et novembre 1998). Ainsi que Fayçal Husseini, un homme célébré par les médias pour sa « modération », déclarait, un mois avant sa mort, au journal égyptien nassériste Al Arabi (du 2 juillet 2001) que les accords d’Oslo étaient « un cheval de Troie », destiné à pourvoir les Palestiniens d’une base territoriale pour conduire une guérilla permanente qui finirait avec la création d’un Etat palestinien sur les ruines d’Israël.

Hannah Arendt nous avait pourtant appris que, malgré leur fonctionnement à la façon de sociétés secrètes, les systèmes totalitaires déclarent toujours ouvertement leurs objectifs. L’Autorité palestinienne n’est-elle pas à ranger dans cette catégorie, issue d’un mouvement formé aux méthodes marxistes-léninistes et dont les seuls faits de guerre ne furent jamais que des actes terroristes commis sur des civils ? Après avoir été élu avec 87,3% des voix en 1994, autant que le parti communiste polonais en 1947, Yasser Arafat n’a jamais tenu d’élections générales malgré ses obligations en vertu de l’accord signé à Washington le 28 septembre 1995...

Que fut l’intifada sinon le passage à une nouvelle « étape », armée cette fois-ci, de la stratégie par étapes ? De septembre 2000 à juin 2003, on décompte 18 000 attaques réussies ou tenues en échec, soit 18 attaques par jour. Depuis quelques mois le Hamas va jusqu’à tirer des roquettes sur des villes du sud d’Israël...

Plusieurs déclarations d’officiels palestiniens confirment le caractère calculé de cette guerre new look qu’on appelle intifada pour occulter son vrai nom. Sa préméditation, dès Oslo, se vérifie par la préparation intensive au combat et au sacrifice de toute la société palestinienne, et notamment de sa jeunesse. Livres d’école et programmes de télévision, généreusement financés par l’UE, en témoignent avec une violence inouïe.

La négociation simulée avait pour finalité d’obtenir une reconnaissance internationale et d’endormir la vigilance et les réflexes des Israéliens, de sorte que la traîtrise du coup porté n’en soit que plus dure. La stratégie marxiste-léniniste de la guerre populaire se fonde en effet avant tout sur la propagande et la guerre psychologique. Ne pouvant pas se confronter à une armée du fait de ses forces limitées, ses adeptes s’attaquent à une société, à des civils, dans le but de les briser moralement, politiquement et économiquement. Sur le plan de l’action psychologique, le plan médias de l’OLP est une grande réussite. Elle a réussi à imposer sur la scène mondiale l’évidence de la version arabe de la guerre contre Israël en la maquillant sous la forme victimaire chère aux tiers-mondistes et capable d’émouvoir la conscience culpabilisée de l’Occident.

Les actes de terreur massifs, de surcroît perpétrés par une arme nouvelle, le jeune bombardier humain, ont visé quant à eux à démoraliser la population israélienne. Sur ce plan, cependant, la manipulation idéologique est encore plus sournoise. A travers des groupuscules pacifistes israéliens décérébrés (ou convaincus), l’OLP a tenté de briser le front intérieur israélien, en exploitant sur un plan international l’infime mouvement des déserteurs de l’armée israélienne ou les happenings médiatiques d’activistes d’extrême gauche qui ne représentent qu’eux-mêmes.

Enfin, l’OLP a tenté de se constituer en pouvoir alternatif de l’État d’Israël. C’est là en effet un autre objectif de la guerre populaire : saper la légitimité et l’autorité du pouvoir à abattre en rendant incontournable celui qu’on promeut. Son emprise sur les citoyens arabes d’Israël est probante.

Quel est le principal résultat d’Oslo ? Après avoir été chassée de Jordanie (« septembre noir » 1970) et du Sud-Liban (guerre de 1982), où elle avait tenté d’établir un pouvoir autonome et de construire une véritable armée, l’OLP a obtenu au coeur même d’Israël (15 km séparent Tulkarem de la mer !) une base territoriale pour mener une longue guerre de guérilla contre Israël et poser les infrastructures d’une armée (l’Autorité palestinienne avoue officiellement 10 000 « policiers » de plus que prévus par Oslo, mais il y a infiniment plus de proto-soldats ou de paramilitaires) avec, cette fois-ci, l’accord et les encouragements de l’Occident. Juste après son refus de Camp David, Arafat en tournée diplomatique mondiale aurait déclaré, à Djakarta, le 16 août 2000, au président indonésien Abdurahman Wahid qui le pressait de mettre un terme au conflit avec Israël : « Dans cent ans Israël disparaîtra. Alors pourquoi se presser de le reconnaître ? »

* Professeur des universités. Vient de publier aux PUF La Démission de la République, juifs et musulmans en France.



David Levy
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