Parasha Nitzavim-Vayelekh

Chabbat 20 Septembre 2003 - 23 Elloul 5763
publié le samedi 20 septembre 2003
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Lecture de la Torah : Deutéronome 29, 9 - 31, fin : Dernier appel à l’obéissance à la loi divine. Les derniers jours de MOISE.

Haphtara : ISAIE 61, 10 - 63, 9 : Le triomphe de SION et son salut.


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Commentaire de la Torah

« Alors l’Eternel ton D.ieu ramènera les captifs et aura compassion de toi, et il te rassemblera de nouveau d’entre tous les peuples parmi lesquels l’Eternel ton D.ieu t’aura dispersé. » (Deutéronome 30, 3).

Au moment de prendre congé des enfants d’Israël, et leur ayant montré les conséquences des fautes passées ou à venir, MOISE donne l’assurance qu’un jour viendra où Israël sera à nouveau réuni, malgré leur dispersion aux quatre coins du monde. C’est ce que vient nous confirmer le verset cité en introduction. Il est simple d’en mesurer la portée et l’authenticité. Il suffit de lire nos textes sacrés. Toutes les pages de notre Histoire montrent bien qu’après des périodes souvent très sombres, Israël a pu renaître de ses cendres. Il fut pourtant très fréquemment l’objet de persécutions graves ou de railleries, et sa renaissance a pu faire que certains en sont venus à se demander comment tous les drames vécus ont pu être possibles.

«  Est-il pour moi rien de trop difficile ? » (Jérémie 32, 27). Ce texte, destiné à calmer le prophète JEREMIE quant à la possibilité d’habiter JERUSALEM assiégée par les Chaldéens, nous donne la réponse qui permet de donner une explication à tous les miracles inscrits dans les pages de l’Histoire d’Israël. Nous savons qu’ABRAHAM, presque centenaire, engendra son fils ISAAC. Après lui, JACOB parvint à vaincre un ange venu le combattre. ISRAEL sortit d’Egypte alors qu’il ployait sous un dur esclavage et qu’il désespérait recouvrer un jour la liberté. Plus près de nous, nous avons été témoins de la catastrophe de la SHOAH qui s’est abattue sur notre peuple, et miraculeusement, nous avons survécu et une partie de notre peuple vit libre, sur sa propre terre, celle d’ISRAEL.

Cette rétrospective nous montre à l’évidence qu’à tout moment, il faut jeter un regard sur le passé de notre peuple pour mieux comprendre quel sera son avenir. Comparer le passé comme source d’enseignement pour le futur est surtout destinée à éviter de commettre toujours les mêmes fautes. Tel est, entre autres, le sens d’un passage de notre sidra nous disant : « Vois, j’ai placé devant aujourd’hui la Vie et le Bonheur, la Mort et le Malheur. » (Deutéronome 30, 15).

Un de nos commentateurs fait remarquer que selon la Tradition Juive, la vie est étroitement liée au Bonheur. C’est ce que ne semblent pas avoir compris, en raison d’une mauvaise lecture de leurs sources spirituelles, ceux qui osent semer la mort pour détruire des vies humaines comme cela se produit trop souvent de nos jours en ISRAEL mais aussi dans d’autres régions du globe terrestre où le dialogue de paix est combattu par les fanatiques du terrorisme.

Pour nous, il s’agit de bien se pénétrer de l’idée selon laquelle faire le bien, doit nous permettre de vivre une existence paisible, non seulement pour la possession de bien terrestres, mais aussi, et surtout, pour les valeurs spirituelles qu’une action morale et spirituelle est susceptible de mettre en relief. Par ailleurs, vouloir le mal c’est favoriser la destruction d’autrui et la notre en même temps.

Notre texte nous propose donc de choisir entre le bien et le mal, car telle est la vocation de l’homme. A partir de certaines erreurs du passé, en fonction de notre expérience, nous pouvons choisir de bâtir notre avenir, de manière à le rendre un tant soit peu meilleur. Certes, il faut bien admettre que notre passé laisse toujours en nous des traces profondes, telles que les erreurs dont nous n’avons pas toujours su discerner à temps les conséquences qu’elles entraîneraient. C’est pourquoi, le sens profond de notre sidra consiste à nous proposer un choix de vie, pour tenter d’améliorer le futur grâce à l’expérience du passé.

Notre sidra est lue quelques jours à peine avant ROCH-HACHANA. Cette solennité de notre calendrier hébraïque est toute indiquée pour la question soulevée plus haut, celle du choix entre le bien et le mal. Il est proposé à l’homme de se renouveler constamment. Et c’est parce qu’il est perfectible, capable de se remettre en question, que le choix lui est proposé à ROCH-HACHANA. L’on comprend ainsi que cette fête n’est jamais semblable à celle que nous avons vécue l’année précédente.

Chaque année, nous nous enrichissons d’une expérience nouvelle, nous changeons un peu et le retour de ce rendez-vous annuel avec notre Créateur et notre conscience ne doit pas nous laisser insensibles à notre devenir spirituel. Si la fête constitue une étape au terme de laquelle nous espérons voir se poursuivre une existence aussi paisible que possible, ROCH-HACHANA est avant tout l’occasion pour nous, d’une comparaison entre ce que nous avons fait et ce que nous aurions dû faire. De là apparaît la nécessité de se référer au passé sans pour autant désespérer en un avenir meilleur pour nous, et pour la société à laquelle nous appartenons.

HAPHTARA

Le ton de cette Haphtara trahit l’optimisme dont fait preuve le prophète. Sa vision s’étend très loin et prévoit le jour où les mérites d’Israël seront enfin reconnus par l’humanité et confirmées par l’éclatante résurrection de Jérusalem : «  Alors les nations verront la justice et tous les rois, ta gloire, et l’on t’appellera d’un nom nouveau que prononcera la bouche du Seigneur.  » (ISAIE 62, 2).

ISAIE 62, 6 : « Sur tes murailles, Jérusalem, je poste des gardes, ni le jour, ni la nuit, jamais ils ne doivent se taire.  » RADAK propose plusieurs explications. Les gardes dont il est question symbolisent la Providence divine qui ne cessera jamais de s’exercer. Une autre interprétation nous est offerte. Elle consiste à dire qu’il s’agit d’Israël qui, exilé, ne manque jamais d’appeler de ses vœux la reconstruction de Jérusalem, tel que cela ressort de la récitation bi-quotidienne de la Amida ou du Birkat-Hamazone.

Dans un sens plus large, on peut dire que les défenseurs d’Israël sont ceux qui se réclament de l’idéal qu’il prône, à travers les prophètes et les justes, prêchant pour la justice et la vérité. (MALBIM). Les ennemis peuvent désigner l’ignorance et la négligence des prescriptions du Judaïsme. Comme l’indiquait déjà le prophète à la fin de notre précédente Haphtara, le salut de notre peuple n’interviendra que « lorsque ton peuple ne sera composé que de justes », c’est-à-dire, semble-t-il, quand nous aurons fait l’effort de comprendre et connaître la Torah. Alors, lisons-nous encore, «  D.ieu restaurera Jérusalem et l’érigera en gloire au milieu de la terre.  »

A partir du chapitre 63, nous assistons à un dialogue entre D.ieu et le prophète. Nous sommes alors avertis de la manière dont s’exercera la justice divine, lorsque les peuples, par égoïsme et manque d’amour, auront fermé leur cœur à la parole sacrée. « Des peuples, nul n’était avec moi.  » (63, 5). En relisant ce passage, on a l’impression de revivre la cruelle solitude dans laquelle nous nous trouvions durant la sombre période de la SHOAH.

Malgré tout, il nous faut quand même savoir que l’homme a pour but de parachever l’œuvre de la Création et c’est la raison entre autres, pour laquelle D.ieu a mis Sa Loi à notre disposition. Or, quand les hommes refusent de s’associer aux projets du divin Créateur, alors, D.ieu en personne pourvoit à notre salut. Il exerce la Justice au profit des opprimés dont nous sommes, même si nous ne nous en apercevons pas toujours. Notre texte de la Haphtara vise surtout à nous faire comprendre que nous avons toujours et malgré tout des efforts à faire en premier lieu, avant d’espérer voir le reste de l’humanité assumer ses responsabilités dans le domaine de la justice entre touts les hommes.



Alain Goldmann
Grand Rabbin
, David Levy
webmaster




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