Parasha Ki Tsetse

Chabbat 6 septembre 2003 — 9 Eloul 5763
publié le samedi 6 septembre 2003
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Lecture de la Torah : Deutéronome 21, 10 - 25, fin : Lois concernant la vie privée et civile.

Haphtara : (5ème des « consolations ») : ISAIE 54, 1-10 : SION de l’avenir.


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Commentaire de la Torah

Nous avions vu dans les passages précédents, l’énoncé des règlements relatifs aux institutions de l’Etat, tel que le prévoit la Torah. A présent, notre texte traite de la vie de la famille, avec ses multiples aspects tant sociaux que moraux. On nous enseigne ainsi que la famille est l’élément essentiel de la communauté juive en particulier, mais aussi de toute la société en général.

Le premier pas vers l’établissement de la famille est évidemment le mariage. Il est bien entendu qu’un mariage au vrai sens du terme concerne un couple formé par un homme et une femme, désireux de vivre heureux ensemble, avec des projets dont le plus important est de donner par la suite naissance à des enfants. Ce ne peut être cas de deux personnes du même sexe vivant ensemble sans pouvoir procréer ou engendrer, même si comme cela parfois de nos jours, il y a une demande d’adoption que certains pays ont admis. L’image habituelle du père ou de la mère, dans notre cas de figure, laisse fortement à désirer, en raison de tous les problèmes psychologiques que cela entraîne. Il me semble inutile de préciser que la question de l’homosexualité, largement entrée dans les mœurs de nos jours, est d’ailleurs sévèrement condamnée par la Torah.

Pour nous en tenir à l’image classique du mariage, le Judaïsme impose un contrat entre époux dénommé KETOUBA, véritable acte juridique dans lequel sont prévues toutes les clauses de dot, d’apport personnel, essentiellement pour protéger la femme en cas de divorce ou de divorce. Contrairement à ce que l’on imagine, ce contrat ne signifie nullement que l’épouse fait l’objet d’une vente, puisque elle-même doit donner son plein consentement à l’élaboration de ce contrat, sans passer par un intermédiaire. La nature même de ce contrat laisse entendre qu’il y a accord mutuel, pour parvenir à un même et noble but : celui de sanctifier D.ieu, par le foyer qui va se bâtir. L’institution du mariage comporte donc deux objectifs, dont le second est la conséquence immédiate du premier.

Tout d’abord, il s’agit bien d’une union dans laquelle la femme est la véritable compagne. C’est d’elle que dépend en grande partie le bonheur et le bien-être du foyer. Qu’il nous suffise de rappeler le fameux chapitre 31 du Livre es Proverbes, dont nous chantons les versets chaque vendredi soir avant le KIDDOUCH. Dans ce texte, le Roi SALOMON chante les vertus de l’épouse, véritable reine au milieu de son foyer. C’est notamment à elle qu’incombe le rôle le plus délicat, celui de guider les premiers pas de ses enfants ; et c’est là le second objectif que prévoit l’institution du mariage. L’enfant représente l’avenir, et celui-ci doit être minutieusement préparé par les parents.

Nous en venons alors à parler du cas tout à fait exceptionnel, très caractéristique, envisagé dan notre sidra. Il s’agit du fils rebelle, qui refuse d’obéir à ses parents alors que ceux-ci ont trop de raisons de lui faire des remontrances, comme c’est leur devoir. Ceux-ci viennent alors le présenter aux anciens de la ville, qui, considérant la gravité des actes commis par cet enfant rebelle, sont chargés de le faire lapider. Menace cruelle en soi, mais de fait, elle n’a jamais été mise en pratique nous rapporte le Talmud.

Quelle raison y a-t-il alors de citer cette triste éventualité ? Nos Sages répondent qu’il s’agit plutôt de mettre les parents en garde quant à leurs obligations d’éducation, avant d’envisager l’exécution de leurs enfants. En effet, les conditions nécessaires pour prononcer une telle condamnation sont en vérité très difficiles à réunir. Avant que les parents ne puissent accuser leur enfant d’une faute grave telle que la désobéissance aux injonctions paternelles, ils doivent être en mesure de prouver qu’ils vraiment épuisé toutes les mesures propres à remettre leur enfant dans le droit chemin et qu’ils ont tout mis en œuvre pour accomplir pleinement leur mission d’éducation.

C’est là que réside la difficulté quand on prétend comme c’est souvent le cas, avoir accompli son devoir de père ou de mère, par l’exemplarité d’une conduite sans faille. Nous savons qu’en matière d’éducation, il suffit parfois d’un détail, d’une légère erreur de comportement ou de parole. L’enfant est alors perplexe, et cela peut avoir des conséquences fâcheuses pour la suite. C’est donc en raison des difficultés liées à ce genre de situation, que selon le Talmud, jamais un fils désobéissant ne fut amené devant les anciens de la ville. Le texte de notre sidra nous montre également qu’il ne s’agit pas de rechercher les fautes de l’enfant dans des dispositions innées échappant au contrôle des parents. Il convient avant tout pour les parents, de savoir se remettre en question pour mieux apprécier les erreurs éventuellement commises. Telle est donc la grande leçon qui se dégage de notre texte. Il nous montre bien que dans le domaine de l’éducation, où nombre de nos contemporains semblent découvrir un monde nouveau, il faut se montrer extrêmement prudent. C’est aux parents, sans pour autant chercher à les culpabiliser, qu’il appartient, à la fois avec patience, amour et fermeté, de trouver le chemin de l’esprit et du cœur de leurs enfants, pour que soit assurée la transmission de nos valeurs, aux générations à venir, sans que cela ne provoque un conflit grave.

HAPHTARA

Notre texte accompagne d’une part la lecture de la sidra NOAH, nous parlant du déluge et de la reconstruction. C’est également cette image de destruction et de réhabilitation que nos rabbins ont vue à propos du commentaire de la haphtara que nous lisons cette semaine et qui accompagne la sidra KI TETSE que nous venons de commenter. Comme nous sommes dans cette période dite de consolation, après avoir marqué par un grand jeûne le rappel de la destruction du Temple, le prophète ISAIE nous parle de SION. C’est un symbole très fort. Après que SION ait eu la douleur d’être abandonnée de ses enfants à la suite de l’expulsion des Juifs vers la Babylonie (586 avant J.C.), elle a été détruite ainsi que le Temple. Pendant quelques décennies, ISRAEL disparaît en étant dispersé parmi les nations.

Comme pour le Déluge à l’époque de NOE, d’où devait sortir une humanité nouvelle et régénérée, la catastrophe nationale que constituait la destruction du Temple devait être le signe précurseur de la rédemption d’ISRAEL, le but de la GALOUTH (dispersion) devait lui permettre de se purifier de ses fautes et de se racheter. En conséquence, l’objet recherché par notre Haphtara est d’apporter la consolation. Du mal sort généralement le bien, si toutefois, nous sommes convaincus que D.ieu est le Maître absolu de l’Histoire.

Dans un autre passage de notre Haphtara nous trouvons encore une idée consolatrice. En effet, nous lisons au verset 3 : « Car de droite et de gauche tu déborderas, et tes enfants recueilleront l’héritage des nations, peupleront des villes devenues solitaires. »

En relisant ce texte, nous sommes curieusement frappés. En effet, nul ne saurait douter qu’à la suite de tous nos malheurs, dont le plus tragique fut incontestablement celui de la SHOAH, on peut considérer sans se tromper, que les dures épreuves de la Diaspora ont forgé notre caractère et contribué à une meilleure prise de conscience de notre Judaïsme. Il s’agit là d’un phénomène curieux et paradoxal, fondé sur une expérience aisément vérifiable chaque jour.

Nous constatons sans cesse un véritable retour à nos sources spirituelles, et pour beaucoup, ce retour s’apparente également à un intérêt plus marqué pour l’Etat d’Israël. Aussi, ne doutons pas de voir se réaliser un jour, cette promesse biblique nous assurant que : « dans un transport de colère je t’ai, un instant, dérobé ma fac ; désormais je t’aimerai d’une affection sans bornes, dit ton libérateur, l’Eternel. » (ISAIE 54, 8).



Alain Goldmann
Grand Rabbin
, David Levy
webmaster




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