Après les derniers attentats

Hamas : bas les masques

Par Nissim Zvili [02 septembre 2003]
publié le mercredi 3 septembre 2003
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Vingt morts, 120 blessés dont de nombreux enfants, handicapés à vie pour la plupart : c’est le bilan macabre de l’explosion d’un bus au coeur de Jérusalem, en plein mois d’août. Question : l’organisation qui revendique cet attentat est-elle une organisation terroriste ou une oeuvre à vocation sociale ? Réponse évidente, pensez-vous... Pas pour tout le monde, semble-t-il.

Pas pour les Européens qui, réunis ces prochains jours en Italie, devront déterminer si le Hamas, qui a donc revendiqué, entre autres, ledit attentat, est un mouvement à caractère terroriste ou social. Car certains, la France en tête, voudraient faire admettre une distinction entre une « branche armée » et une « branche politique » du Hamas. Comme si le bras qui agit n’était pas commandé par le cerveau qui ordonne.

Le costume croisé rend évidemment plus respectable le dirigeant (« branche politique ») qui revendique l’acte ignoble sur tous les écrans alors même que la ville tremble encore de la déflagration. Plus respectable que la cagoule et l’arme brandie par celui (« branche armée ») qui se fait sauter au milieu d’une foule d’innocents. Mais qui se laisse leurrer ?

Lorsqu’une « trêve » est signée par le « politique », la « branche armée » ne la respecte-t-elle pas immédi atement ? C’est donc bien d’une seule et même organisation qu’il s’agit, avec répartition interne des tâches.

Dix ans, presque jour pour jour, après la signature d’Oslo, l’idéologie du Hamas n’a pas évolué d’un iota : elle avait alors rejeté en bloc toute idée de paix avec Israël, et n’a eu de cesse depuis d’en ébranler les fragiles fondements.

Parallèlement au processus de paix, elle a entretenu un processus de guerre, remettant à chaque fois en cause les acquis du rapprochement entre Israéliens et Palestiniens, minant la confiance, fragilisant la naissante Autorité palestinienne et, finalement, remettant à zéro le compte à rebours vers l’accomplissement de la paix.

Supermarché, école, café, restaurant, autobus, centre commercial : le « politique » envoie ses bombes humaines dans les lieux de vie pour répandre la mort. Mouvement social ?

Le modus operandi de cette organisation est clair : en se substituant à un système social défaillant, elle se rend indispensable, provoque l’empathie, enrôle puis embrigade. Elle distille la haine et déverse la violence. Il suffit pour s’en convaincre de lire sa « littérature » ou d’écouter ses prêches dans les mosquées.

Mettre en exergue ses « oeuvres sociales » c’est feindre de ne pas voir leur finalité, c’est ignorer le but que sert cette infrastructure complexe : faire capoter la paix, faire revenir les Palestiniens à la négation d’Israël et, in fine, établir à sa place un Etat islamique fondamentaliste.

Soutenir les « projets sociaux » du Hamas, c’est lui donner une marge de manoeuvre au sein de la population palestinienne, exploiter le malheur des nécessiteux, lui permettre d’infiltrer et d’embrigader les milieux modérés. Mais c’est surtout tolérer son idéologie fanatique et donner un certificat de légitimité au terrorisme.

Prétendre que le Hamas est une organisation sociale, c’est se résoudre à laisser une génération supplémentaire de jeunes Palestiniens s’abreuver de haine, de désespoir et de violence. C’est laisser cette organisation enseigner le culte de la mort plutôt que les valeurs de la vie.

Aujourd’hui, l’Europe doit prendre ses responsabilités. Déclarer le Hamas organisation terroriste, c’est mettre fin à la duperie : c’est appeler un chat un chat. C’est refuser de prêter la main aux actions subversives d’un mouvement terroriste en quête de légitimité.

A Riva del Guarda, l’Europe doit restituer à l’Autorité pal estinienne les commandes de sa propre société, éviter le renforcement du Camp du refus, permettre au premier ministre palestinien de jouer son rôle actif et cardinal pour parvenir à la paix.

Le temps presse : il y a dix ans, Yitzhak Rabin déclarait sa détermination à progresser vers la paix comme s’il n’y avait pas de terrorisme, et à combattre le terrorisme comme s’il n’y avait pas de processus de paix. Plusieurs milliers de morts et de blessés plus tard, la confiance s’étiole de part et d’autre, le dénouement semble incertain, le peuple endeuillé d’Israël est sceptique et perd confiance.

En mettant un terme en Italie à une ambiguïté qui heurte profondément une opinion publique israélienne qui ne cesse de panser ses plaies, l’Europe se redonnera les moyens de jouer le rôle actif auquel elle prétend, dans la recherche d’une véritable paix durable pour notre région bouleversée.

* Ambassadeur d’Israël en France.



David Levy
webmaster




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