Lettre de Claude Bensoussan à Nicolas Sarkozy

PRIMO EUROPE
publié le lundi 24 mars 2003
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STRASBOURG
Le 24 Mars 2003

Monsieur Nicolas SARKOSY
Ministère de l’Intérieur
Place Beauvau
75008 PARIS

Monsieur le Ministre,

La France est devenue folle. La France est entrain de perdre son âme. La France est à l’agonie. Pourquoi ? Je m’en vais vous le dire. On s’aperçoit qu’un pays entre en décadence, lorsque l’Autorité de l’Etat est bafouée. Lorsque ses lois sont à ce point piétinées, il est déjà presque trop tard... Mais lorsque la République laisse faire, malgré les centaines de lois édictées, dont les « lois Pasqua » de 1986, condamnant le racisme et l’antisémitisme de la façon la plus rigoureuse qui soit, alors cette République est en danger de liquéfaction...

Pour ce qu’a pu représenter pour la France, dans le passé, la croix gammée : la défaite, l’occupation, l’humiliation, la dignité perdue, la collaboration enfin, cette insigne est devenu, dans notre pays, souvenir d’horreur et synonyme d’apologie de crimes de guerre, et toute inscription de ce genre punie de la plus sévère manière. Surtout lorsque, contrairement aux profanations de cimetières, anonymes elles, on connaît et peut retrouver les auteurs de telles inscriptions...

Savez-vous, monsieur le Ministre, que dans presque toutes les manifestations soit disant pour la Paix, à coté du drapeau américain, figure un drapeau israélien, et que sur ce même drapeau, certains ont rajouté le symbole de notre, de votre malheur, le malheur de la France ?

Savez-vous, monsieur le Ministre, que jamais depuis la Libération, il n’y a eu autant de profusions de croix gammées, sur cette terre bénie de France ?

Savez-vous, monsieur le Ministre, que même lors de l’Occupation, les français n’ont jamais autant maltraité les juifs ? Et je ne parle pas des rafles et des lois raciales voulues et décidées par un régime à la solde des allemands. Non, du simple français moyen, comme celui qui défile actuellement dans les rues de nos villes...

Savez-vous, monsieur le Ministre, que longtemps, très longtemps, n’ayant pas l’âge pour l’avoir vécu, j’ai essayé de m’imaginer ce que devait représenter pour mes coreligionnaires juifs, le fait de se cacher ou de raser les murs, pour n’être pas reconnus ? Je le sais maintenant, grâce à l’atmosphère de haine antijuive, et je dis bien antijuive, qui règne dans ce pays, dans mon pays. Il m’a fallu faire des efforts pour imaginer une mère ou un père, dans les années noires, dire à son enfant, avant de l’envoyer à l’école -« fais bien attention dans la rue et ne réponds surtout pas aux provocations ! Va mon fils, à la Grâce de D.ieu... ». Je le sais à présent, puisque je me prends à dire la même chose à mes propres enfants...

Savez-vous, monsieur le Ministre, que le sang juif est versé à nouveau sur le sol français ? Savez-vous, monsieur le Ministre, que Samedi 22 Mars 2003, soixante deux ans jour pour jour après le décret de Pétain de faire construire le chemin de fer transsaharien par une majorité de détenus juifs, savez-vous qu’une agression sauvage, digne de celle qui a presque failli coûter la vie au gendarme Nivel lors de la Coupe du Monde de football de 1998, a été commise contre de jeunes juifs en kippa, à quelques encablures de votre bureau ?...

Savez-vous aussi que ceux qui l’ont perpétrée, figurent sur un document filmé par une caméra indiscrète, document dont n’ont pas voulu les télévisions d’Etat, au motif que cet « incident en marge de la manifestation n’était pas assez important et de nature à modifier les programmes », alors que l’on diffuse le moindre témoignage amateur filmé, lorsqu’il s’agit de rixes en marge d’un match de football, ou d’un banal accident de la circulation provoqué par un chauffard au volant ?

Savez-vous, monsieur le Ministre, que ces agresseurs, jeunes et moins jeunes, d’origine maghrébine, car c’est d’eux dont il s’agit, ne se comportent pas ainsi dans leur pays d’origine, et que les juifs y sont plus en sécurité. Malgré les évènements dans le Golfe, on n’a pas connaissance de bastonnades de juifs au Maroc ou en Tunisie, pays où il en reste quelques milliers...Est-ce à dire, que dans ces pays là, on protège mieux les ressortissants de confession mosaïque ? Ou bien que les beurs en France se permettent, ce qu’ils n’auraient pas pu se permettre s’ils étaient encore citoyens de leur pays ?

Monsieur le Ministre, que veulent dire les mots « la France ne saurait tolérer la moindre menace sur les juifs de France », mots que vous avez prononcés il y peu ? Les faits qui contredisent ces belles paroles, sont-ils la résultante de l’inefficacité des Renseignements Généraux, ou l’aveu d’impuissance d’une nation qui ne peut plus maîtriser la violence de certains des siens ? Car enfin, si malgré les propos de monsieur Yves Bertrand, patrons des RG, on ne peut, ou ne veut, pas retrouver les coupables, je peux vous donner les noms de certains, comme monsieur Mohamed Latrèche, demeurant à Strasbourg, rue ...non, je vous en ai assez dit, vous le retrouverez... Cet individu, dont le public crie « mort aux juifs », tombe sous le coup de la loi, et, est passible des peines les plus dures, n’est-ce pas ? Alors pourquoi n’est-il pas arrêté et mis en examen ? Pourquoi parler de heurts intercommunautaires, lorsque vous savez pertinemment que jamais un seul juif de ce pays, trop respectueux des lois de la République, n’a porté atteinte à une mosquée, à un magasin arabe, et que jamais des inscriptions racistes n’ont été l’¦uvre d’un individu ou d’un groupe d’individus issus de la communauté israélite de France ? Loin de moi l’idée de vous dicter votre devoir, mais il me semble, que devant l’urgence absolue que constitue cette situation intolérable, plutôt que de condamner régulièrement ces actes, vous devriez vous adresser à la nation par le biais de la télévision, lors d’une émission solennelle ou depuis l’Assemblée Nationale, fustiger ceux qui sont entrain de précipiter la France dans le chaos du racisme, et leur montrer votre détermination, et non pas en convoquant les présidents de l’une ou l’autre communauté, pour ensuite faire un communiqué qui n’a qu’une portée réduite... A ce propos, si le président du CRIF a parlé d’émotion suite aux évènements du 22 Mars, laissez moi vous dire, que nous la base si j’ose dire, ne sommes pas d’accord avec ces propos volontairement apaisants donc quelque peu détachés du réel, car il ne s’agit pas d’émotion, monsieur le Ministre, mais de révolte et de dégoût, pour des actes dignes des pires « chemises brunes » de sinistre mémoire. Et puis, décrire les victimes de samedi comme des jeunes d’un mouvement de Gauche prônant le dialogue israélo-palestinien, comme monsieur le Président de la République à propos du rabbin Farhi, en laissant entendre que de plus ce sont des militants de la Paix, peut donner lieu à une interprétation erronée, pour ne pas dire vicieuse : les autres, ceux qui sont contre un certain genre de dialogue ou carrément contre un Etat palestinien seraient « matraquables » à souhait...

Attendez-vous, monsieur le Ministre, la mort d’un homme, pour que défilent dans les rues ce genre de banderoles ridicules sur lesquelles on a pu lire pour l’un ou l’autre fait divers « plus jamais çà ! » ? Attendez-vous, que notre communauté, excédée par les exactions quotidiennes, en vienne à prendre les armes qui nous protègerons, comme celles que l’on peut trouver dans les banlieues de nos villes... Attendez-vous que l’on retrouve le corps d’un juif dans l’une ou l’autre rivière de France comme par le passé, récent, sur un certain quai de Seine ?... Un dicton talmudique prétend que quiconque sauve une vie, c’est comme s’il avait sauvé un monde... Agissez, monsieur le Ministre, et préventivement, sauvez une vie. Vous aurez sauvé le monde, et la France avec.

N’entrez pas dans l’Histoire comme celui qui n’a pas su éviter le désastre. N’entrez pas dans l’Histoire, comme ces journalistes, ces hommes politiques et ces soi disant pacifistes, qui pour avoir falsifié l’évènement présent, auront des comptes à rendre aux générations futures. N’entrez pas dans l’Histoire qui s’écrit sous vos yeux, comme ces médias, disais-je, brandissant l’arme de l’image déformée et du reportage tronqué, pour matraquer à longueur de journées, des esprits fragiles, qui s’identifient à une cause qui n’est pas la leur, n’ayant plus de racines, ni vision d’avenir, pour les pousser au crime et ainsi à leur perte. Il ne s’agit pas d’une guerre de religions sur notre sol, mais la guerre d’une religion contre elle-même, car les seuls cris qui furent entendus Samedi 22 Mars étaient « Allah ou Akbar ! », résonnant à nos oreilles comme le « Heil ! » des hordes nazies. Les juifs de France, comme le peuple juif dans son ensemble, ont toujours recherché la Paix, et les juifs dans tous les pays où ils étaient dispersés, ont toujours recherché le bien du pays qui les avait accueillis. Jamais la Marseillaise n’aurait été sifflée, si le stade de France avait vu s’y dérouler un match France- Israël...Ne faites pas d’amalgame, monsieur le Ministre, jusqu’à preuve du contraire, ce sont des juifs qui sont battus, insultés, montrés du doigt et maintenant, obligés de se cacher... Entrez dans l’Histoire, comme le Ministre, qui aura défendu ses citoyens français de confession juive, vous honorerez la France, et entrerez dans le « club » restreint des hommes qui n’auront pas fait de mal au peuple juif ainsi que le dit la Bible : « L’Eternel ton Dieu, fera retomber toutes ces malédictions sur tes ennemis, sur ceux qui t’auront haï et persécuté ».(Deutéronome XXX/ 7)

Vous remerciant de votre attention, vous priant de me pardonner si par moments j’ai semblé vous dicter votre conduite, mais toujours avec l’assurance de mes sentiments distingués et

Respectueusement,

Claude Bensoussan







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  • Lettre de Claude Bensoussan à Nicolas Sarkozy
    1er mars 2006, par mr serre 57 ANS

    Le 01/03/2006

    Cher monsieur, Merci pour cette lettre qui révèle tellement nôtre mal de vivre en France mais aussi dans toute l’Europe pour une majorité de gens qui ne comprennent plus ce qu’est devenu l’état républicain Français, hélas ce mal qui nous ronge tel un cancer ne semble pas être entendu par le ministre de l’intérieur et par toute la classe politique. L’antisémitisme semblait endormi mais il se réveille depuis déjà de nombreuses années et revient plus fort que jamais. Le martyr subit dernièrement par ILAN perpétré par des bêtes crapuleuses, barbares, sanguinaires en est le triste exemple et que les médias osent parler de caïds me donne la nausée et l’envie de les punir par les mêmes méthodes que celles utilisées par ces primates. Celle lettre que vous avez envoyé date déjà de 3 ans et le pire est quand même arrivé, car tous les politiques quel que soit les clivages n’ont rien fait. J’ai 57 ans et chaque fois qu’un membre de ma famille s’absente je suis inquiet, j’entends et je constate partout autour de moi une indifférence quasi totale de beaucoup de personne pour tous ces évenements qui émaillent nôtre quotidien, ceci me révolte au plus haut point. Encore merci pour le contenu de votre lettre, j’adhère complètement à toutes les vérités qu’elle véhicule. Veuillez croire monsieur à ma profonde reconnaissance et à tout mon respect.

    Jacques SERRE



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