« Le Nutella est-il si casher que cela... ? »

BILLET DU 11 NOVEMBRE 2012
publié le dimanche 11 novembre 2012
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Bonjour,

Il y a, dans le flot des actualités, certaines qui apparaissent mineures, et pourtant. En l’espace d’une semaine le gouvernement a annoncé taxer à 300% l’huile de palme. On a alors découvert que ces graisses sobrement appelées « matières grasses végétales » étaient à la fois hautement nocives et toxiques mais également présentes dans de nombreux produits d’alimentation courante. Ainsi cette taxe se voit-elle déjà appelée par certains la « taxe Nutella » tant le producteur de pate à tartiner devient l’emblème de ces produits en contenant sans que cela soit explicitement mentionné. Dans la foulée, la société italienne Ferrero, détentrice de la fameuse marque, a annoncé ne pas entendre changer sa recette. Si l’on se penche sur la recette miracle, un pot de Nutella contient pas moins de 55% de sucre, suivi dans sa composition de 17% d’huile de palme. Interviennent ensuite dans la composition en plus petite quantité du cacao et les fameuses noisettes piémontaises.

Pourquoi donc prendre la plume pour vous parler de cela ? Que le produit soit hautement calorique ne le disqualifie pas même s’il est présenté dans les publicités comme s’adressant en premier aux enfants en guise de complément au petit-déjeuner ou lors des gouters. On peut penser que tout cela est bon pour leur croissance alors qu’en y regardant de plus près la pate à tartiner est composée à 70% de graisse et de sucre. Soit. Mais il ne s’agit pas de n’importe quelles graisses. L’huile de palme, outre les désastres écologiques portés sur les forêts de Malaisie et d’Indonésie contient une graisse riche en acides gras saturés qui augmente sensiblement le taux de cholestérol et les maladies cardio-vasculaires jusqu’à inquiéter les pays occidentaux qui en sont de gros consommateurs. Il y a donc un impact réel sur la santé et une dangerosité avérée. Pour autant, l’huile de palme est casher. Tout au plus la question se pose sur son mode de transport qui pourrait, dans certaines circonstances, la rendre impure à la consommation. Mais l’exemple de l’huile de palme soulève une véritable question sur une casherout qui pourrait être élargie à des aliments nocifs. Certes, la cuisine juive n’est pas un modèle de diététique mais si l’on peut s’épargner des risques avérés, pourquoi ne pas le faire ? En son temps, Maïmonide s’était avancé sur la question des graisses en relevant, dans le mélange carné-lacté, un apport significatif en acides gras. On s’accordera à dire que la casherout n’est pas un ensemble de règles alimentaires de bien-être mais tout de même, puisque nous avons intégré la privation de certains aliments, ne pourrions-nous pas y ajouter ceux qui, aujourd’hui autorisés, représentent une toxicité réelle ?



Gabriel Farhi
Rabbin
AJTM - Alliance pour un Judaïsme Traditionnel et Moderne
Aumônier israélite des hôpitaux de l’AP-HP
Chroniqueur sur Judaïques FM 94.8




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